Le passage de la prédation à la production


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Au Néolithique, il y a 12 000 ans environ, se sont formées les bases de la société moderne. L'apparition de l'agriculture et de l'élevage a profondément bouleversé les rapports qu'entretenaient les humains entre eux et avec la nature. Cela a eu des répercutions qu'aujourd'hui encore nous avons bien du mal à maîtriser et à comprendre. Dans ce dossier nous mettrons en évidence le caractère bien particuler de cette (R)évolution et de ses implications sociales et environnementales à travers l'Histoire.

1- Fin d'une glaciation
2- Le passage de la prédation à la production
2- La révolution néolithique

Fin d'une glaciation

Carte du monde à la dernière glaciation
Limite des glaces et des côtes au plus fort de la dernière glaciation, il y a 20 000 ans.

Dernière glaciation Les ères glaciaires sont marquées par la présence de calottes glaciaires aux pôles. Ces périodes froides sont plutôt minoritaires dans l'histoire climatique de la Terre. La dernière période glaciaire a commencé il y a 35 millions d'années lorsque les premiers glaciers sont apparus en Antartique.
Depuis 2 millions d'années, le climat de la Terre est particulièrement froid, même si périodes glaciaires froides et interglaciaires chaudes (que nous vivons aujourd'hui) continuent à se succéder. Notons qu'au sein de cette alternance, les périodes froides (environ 100 000 ans) sont 10 fois plus longues que les chaudes (environ 10 000 ans).

Migration

Au dernier maximum glaciaire, il y a 21 000 ans, les températures étaient en moyenne inférieur de 6°C à celles que l'on connaît actuellement. Le climat était alors rude, et dans de telles conditions nos ancêtres étaient tous nomades. Ils vivaient de la chasse et de la cueillette, et un tel rythme de vie demandait une importante dépense en énergie pour survivre, les migrations étaient régulières et innévitables, elles suivaient les cycles de la nature et permettaient à la biosphère de se régénérer.



La révolution du paléolithique supérieur

Homme préhistorique

Parmis les différentes espèces d'hommes préhistoriques vivant à l'époque, l'une des dernières à avoir occupé la Terre au côté de Sapien, fut l'homme de Néandertal. Son cerveau était plus gros que le notre, il savait maîtriser le feu, ses traditions comportaient les rites funéraires bien avant l'arrivée de Cro-Magnon (le "Sapiens" d'Europe) sur le continent européen, et sa capacité d'adaptation physique et culturelle l'a conduit au Moyen-Orient, en Asie et en Europe.
Il y a 40 000 ans le long succès évolutif des Néandertaliens commence à s'essoufler, et au cours des 10 000 ans qui suivirent les Néandertaliens disparaissent d'Europe, laissant le champ libre à Sapiens qui l'occupera immédiatement après. La cohabitation de ces deux espèces aura duré plusieurs millénaires sans que l'on sache si les contacts qu'ils entretenaient étaient davantage pacifique que guerrier, ou proche plutôt que distant. Les causes de leur disparition sont encore mal connues mais on pense que le climat qui commençait à se réchauffer rapidement et l'isolement l'ont conduit peu à peu vers l'extinction.

Dernière glaciation
Le monde et l'Europe sous le froid au début du recul des glaces.

Le paléolithique supérieur c'est aussi une accélération des innovations et des changements culturels chez Sapiens. Les habitats se diversifient, se multiplient et s'adaptent mieux aux ressources locales. L'usage du feu devient de plus en plus important et perfectionné. Les premiers hommes modernes sont capables de produire des températures de combustion élevées. Dans les régions dépourvues d'arbres, il remplacent le bois par des os ou de la tourbe. Le feu s'utilise aussi pour obtenir des colorants pour les peintures et les teintures, ainsi que pour la cuisson des figurines d'argile. L'art fait ainsi son apparition, il y a 30 000 à 50 000 ans, selon les régions et d'après les traces qui ont pu traverser les âges.

Avec l'arrivée de l'art et de la culture symbolique de profonds changements sociaux vont survenir. Déjà avec les sépultures (qui furent pratiquées tout d'abord par Néandertal) et les offrandes, on voit naître l'idée que le destin de l'Homme ne peut être confondu avec celui des autres animaux. Une disctinction claire faisant voir que l'Homme échappe aux lois de la nature, même au-delà de son décès.

Se poursuit ainsi une complexification croissante du langage, une pensée élaborée, subtile et forte qui permet, il y a 40 000 ans, au monde mystique d'"éclater" sous la forme d'image sur les parois des grottes ou sur les rochers. Les humains donnent aux mythes une consistance visuelle. Car ces mythes sont aussi portés par le chamanisme, les transes, ainsi que les visions et sensations associées.

« QUAND SURGISSENT LES DIEUX À VISAGES HUMAINS

Parmi de nombreux autres, le bouleversement le plus radical qui affecta l'histoire de la pensée religieuse fut certainement le basculement idéologique aux origines de l'agriculture. L'homme donna d'abord sa propre image aux forces naturelles, pour en faire les premiers dieux, puis il s'aventura grâce à cette nouvelle assurance dans la maîtrise des milieux naturels : flore, faune, bientôt astres et saisons eux-mêmes seront mis au service de la survie humaine selon une action toujours plus conquérante, poussée par un besoin démiurgique - concurrencer les dieux. Comme toute invention, à ses débuts, l'aviation n'avait d'autre objectif que la réalisation d'un rêve. La mythologie néolithique sera donc anthropomorphe et le reste des forces naturelles précédents en fourniront les "attributs" jusqu'aux ères classiques, d'où toute pensée moderne surgit.
Bien considérée, la véritable « histoire » des religions se fonde sur des centaines de millénaires, en transformation perpétuelle mais logique et cohérente. Les strates ainsi accumulées ne s'excluent d'ailleurs pas complètement, car les fonctions religieuses sont parmi les plus stables, en témoigne de l'universelle stabilité des vérités qu'elles véhiculent. Le dieu celte Cernunos porte des ramures comme les sépultures à la grotte Chauvet ; Diane chasse à l'arc depuis le Mésolithique et la Bible récupère le Veau d'or contre la loi écrite, et recommande le cannibalisme rituel du pain et du vin. Les deux mécanismes opposés et complémentaires évoqués plus haut fonctionnent toujours comme le moteur de cette perpétuelle transformation. Il se fait que, chez les hommes, cette "maladie de l'esprit" impose la recherche perpétuelle de causes à un univers qui ne cesse de lui échapper. »

Marcel Otte, professeur de préhistoire à l'Université de Liège, spécialisé dans l'étude des civilisations paléolithiques d'Eurasie.
[Dossiers des Sciences Humaines N°5 - décembre 2006/janvier-février 2007]

Avant de passer au prochain chapitre, je souhaite revenir brièvement sur l'histoire des grandes avancés de la préhistoire avec ce schéma où sont bien représentées celles dont on a pu retrouver des traces.

Les avancés de la préhistoire
La préhistoire - Vision d'ensemble [hominides.com]

Le passage de la prédation à la production

Le feu est l'un des éléments importants de la transition vers l'agriculture et le réaménagement de l'environnement. Cet "outils" provoqua des dégâts considérable lorsqu'il était employé à grande échelle (voir notre dossier : Homo Sapiens et son milieu).

Nos lointain ancêtres utilisaient le feu principalement pour se protéger du froid et des prédateurs. Mais ils l'employaient aussi pour rabattre le gibier, aider les jeunes pousses d'herbe tendre à se développer pour attirer les herbivores, et faire mieux pousser les espèces qu'ils cueillaient. Même si chez certains groupes on va semer les graines sauvages après avoir déclencher les incendies ce n'est encore qu'une étape transitoire et l'on parle de proto-agriculture.

Fourmis et pucerons



Note : depuis environ 100 millions d'années certaines espèces de fourmis pratiquent la culture des champignons et l'élevage des pucerons. On a même découvert récemment que certaines fourmis vont jusqu'à secréter des herbicides, pour empêcher l'envahissement de leurs « champs » par les mauvaises herbes.

Proto-agriculture

Récolte du blé Tous les chasseurs-cueilleurs du monde connaissaient les plantes à la perfection. Seuls quelques savants peuvent être meilleurs botanistes qu'eux ! Nos lointains ancêtres savaient parfaitement comment une graine donne une plante une fois semée, et ce des milliers d'années avant la naissance de l'agriculture. Ils pouvaient rendre commestible des végétaux qui ne le sont pas à la base, ils savaient traiter et utiliser à leurs avantages les substances toxiques présentes dans les plantes vénéneuses. Les chasseurs-ceuilleurs n'ont donc pas eu à inventer de toutes pièces l'agriculture, celle-ci faisait déjà un peu partie de leur quotidien et ils en maîtrisaient parfaitement les mécanismes. Mais la généralisation des techniques d'agriculture n'étaient soit pas possible à cause d'un climat trop rude, soit inutile dans un environnement favorable.

Il faut bien se rendre compte que l'agriculture demande beaucoup de travail. Défricher, ameublir le sol, l'ensemencer, protéger les pousses des prédateurs de toute sorte, etc. Cultiver requiert des efforts considérables, des efforts inutiles lorsque l'on dispose de ce dont on a besoin à portée de la main. Sapiens ne cultivait donc que dans certaines circonstances des plantes rares auxquelles ils tenaient (ex : le tabac chez les peuples paléolithiques américains).

Premiers villages

À la veille de la naissance de l'agriculture, la Terre comptait entre 5 et 10 millions d'habitants. Des groupes s'étaient déjà sédentarisés surtout avec le radoucissement du climat et l'extansion des zones tempérés. Dans quelques régions de savanes arborées ou de forêts à clairières on pouvait trouver des ressources en abondance permettant de faire survivre de petites communautés sédentaires de moins d'une centaine de personnes.

L'une des régions les plus propices à ce mode de vie était le Croissant Fertile au Proche-Orient, qui va de l'Irak actuel au delta du Nil.

Le Croissant Fertile

« – [...] On y trouvait en abondance des céréales et des légumeuses ressemblant à celles que l'on consomme actuellement. On y chassait le mouton, la chèvre, le porc, l'âne, la vache... Les animaux que l'on élève aujourd'hui y étaient presque tous présents, à l'état sauvage. Dans les limons de la Chine du Nord également, la sédentarisation semble avoir été totale. Au sud du Mexique, elle n'a été que partielle : les hommes revenaient tous les ans s'installer au même endroit, le temps des récoltes, mais ils repartaient ensuite.
Ce n'est donc pas l'agriculture qui a entraîné une sédentarisation, mais l'inverse...
– Oui. En tout cas, au Proche-Orient, c'est très net. L'histoire des plantes cultivées ne commence pas par une pénurie mais par une abondance. Les hommes cessent de nomadiser parce qu'ils ont assez de ressources à portée de main. Et cela se traduit par un accroissement démographique d'autant plus rapide que le village constitue alors un environnement mieux protégé que le campement, où la vie est plus facile, où les femmes perdent moins d'enfants qu'en voyageant. On constate qu'en moins de 1 000 ans les villages dans lesquels va naître l'agriculture ont grandi considérablement.
Dans quelles proportions ?
– Dix fois. Leur surface passe de 2 500 m² à 2 ou 3 hectares. Et les cases ronde, séparées, ont fait place à des cases quadrangulaires, jointives. Cela signifie que la surface des villages a augmenté, mais aussi leur densité. Certains devaient compter 1 000 habitants, une population devenue impossible à nourrir avec ce que l'on récoltait alentour, même dans un environnement favorable ! »

Marcel Mazoyer, professeur à l'Institut national d'agronomie de Paris-Grignon, il répond ici aux questions du journaliste Jacques Girardon.
[La plus belle histoire des plantes]

À la fin de la glaciation les populations commençaient à croître de plus en plus, mais même dans un environnement favorable il fallait trouver de nouvelles sources de nourriture plus abondantes et plus nutritives. Au Moyen-Orient les humains cueillaient déjà depuis longtemps des graminés poussant entre les arbres : le blé et l'orge. Ils disposaient déjà de meules à grain plates et de pilons pour en faire de la farine qui, mélangée à l'eau, leur permettait de réaliser des galettes. Ils utilisaient aussi les lentilles et les pois sauvages, ainsi que le lin pour les textiles. Toutefois il semblerait que ce ne fut pas la pression démographique qui poussa ces communautés à pratiquer l'agriculture de façon importante et régulière mais la survenue d'un nouveau bouleversement climatique.

Le retour du froid

Il y a 12 500 ans le climat devient extrêment instable. Le lent processus de dégel qui avait mis fin à la dernière ère glaciaire s'inversa brutalement. Les températures chutèrent dans le monde entier et le climat revint à des conditions glaciaires. La Terre devint plus froide et plus sèche.

Nouvelle glaciation

Le Moyen-Orient subit alors un désastre environnementale, les troupeaux d'animaux disparurent ainsi que beaucoup d'arbres et de plantes. La sécheresse dura plus de 1 000 ans. Les populations furent forcées de migrer plus loin et la recherche de nourriture exigea davantage d'efforts. Pourtant malgré les difficultés ces peuples vont adopter un mode de vie qui va transformer la face du monde.

Le blé et l'orge, ainsi que d'autres graminés céréalières présentes dans le Croissant Fertile, étaient assez robuste et ont pu résister à la sécheresse. En se déplaçant près des sources d'eau et en semant leurs graines, les humains ont su adapter leur environnement pour le rendre plus favorable, même dans des conditions difficiles. Cette fois il ne s'agissait plus de cultiver quelques plantes rares mais de cultiver de façon plus intensive pour nourrir une communauté.

La culture avant l'agriculture

Dans les foyers où l'agriculture est née, on trouve toujours remplies trois conditions :
1 - les hommes étaient sédentarisés en village ;
2 - ils savaient semer pour récolter ;
3 - ils étaient très spécialisés dans la cueillette d'espèces qui seront ultérieuremet domestiquées.

Avant l'agriculture existait donc déjà des embryons de civilisations. C'est quand les ressources locales ont commencé à devenir insuffisante, suite aux développements des premiers villages, qu'il a fallu pratiquer l'agriculture pour pallier au manque de nourriture. Outre le bref mais brusque changement climatique, la vraie difficulté a du être socio-politique.

« – [...] Il fallait mettre de côté une partie de la récolte pour semer à la saison suivante et s'assurer que personne ne mange les réserves. Les premiers semis ont dû être effectués autour des maisons. Mais ensuite ils ont cherché d'autres endroits privilégiés : clairières, alluvions de cours d'eau qui débordent chaque année... Il a donc fallu imposer un droit de propriété sur la récolte, au beau milieu de la nature. Là où, précédemment, tout le monde avait le droit de cueillir. Ce qui a dû être le plus difficile à inventer, ce n'est pas l'agriculture, c'est la société qui allait avec. »
Marcel Mazoyer
[La plus belle histoire des plantes]

La profonde réorganisation sociale et morale qui suivit l'adoption de l'agriculture engendra une autre façon de voir le monde. La notion de "propriété" sur la nature amène au non respect de celle-ci. Pour les collons partis des premiers villages pour chercher d'autres terres, c'est peut-être cela qui a rendu légitime le fait de s'approprier les terres de ceux qui ne les cultivent pas en permanence. Ainsi naîtra l'opposition classique entre le sédentaire et le nomade, celui pour qui le travail est une valeur à l'opposé de celui pour qui c'est un besoin.
Et justement cette période de notre histoire est marquée par une soudaine généralisation et une intensification des conflits entre communautés, pour le contrôle des ressources. Il ne faut donc pas ignorer que ce "progrès" que sont l'agriculture et l'élevage est devenu rapidement une forme d'exploitation de la nature par l'homme, une exploitation qui sera vite complétée par une autre : celle de l'homme par l'homme.

Voir aussi : Homo Sapiens et son milieu

Ainsi au Moyen-Orient les hommes de l'âge de pierre sont devenus des agriculteurs, mais ce ne sont pas les seuls. On recense plusieurs foyers indépendants d'origine de l'agriculture.

Foyers d'origines

En même temps, ou peu après le Moyen-Orient, c'est au tour de la Nouvelle-Guinée où les Papous domestiquèrent le taro, une sorte de gros navet qui pousse dans la forêt tropicale. Les habitants du Pacifique ont vécu essentiellement de ce légume, ainsi que de la noix de coco et de la patate douce, qui aurait traversé le Pacifique on ne sait comment, puisqu'elle est originaire d'Amérique du Sud. Plus tard, cette agriculture d'origine papoue a été noyée par l'agriculture d'origine chinoise, avec le riz, et la multitude de plantes du Sud-Est asiatique.

Difussion de l'agriculture
Diffusion de l'agriculture au néolithique.

Contrairement à ce que l'on aurait pu s'attendre, la grande ancienneté de l'agriculture papoue n'a pas conduit, comme ailleurs, au développement d'une civilisation prospère. Tout d'abord les plantes cultivées sont très différentes de celles que l'on trouve au Moyen-Orient. Contrairement aux graminés, les légumes ne peuvent pas être stockés. De plus les pieds de taros sont moins nutritifs que l'orge ou le blé et doivent être plantés un par un, ce qui demande beaucoup de travail pour un retour en énergie nutritive plutôt relatif. De ce fait les agriculteurs Papous n'ont pas pu obtenir des résultats aussi bon que s'ils avaient pu bénéficier de plantes d'aussi bon rendements et aussi facile d'exploitation que les céréales.

Inégale répartition des plantes et des animaux

À l'évidence l'agriculture avait joué un rôle central dans l'hitoire des inégalités humaines, mais tout aussi important avait été le type d'agriculture pratiquée. Les hommes qui avaient accès aux cultures les plus productives sont devenus les agriculteurs les plus productifs. Mais les végétaux n'expliquent pas tout.

Pour analyser la révolution néolithique dans le Croissant Fertile il faut aussi tenir compte d'un atout majeur de cette région : la présence de nombreuses espèces domesticables. Il y a 9 000 ans environ on assiste à une transformation remarquable des interractions entre humains et animaux. On voit s'amorcer un processus de domestication des animaux. Ce qui signifie que les humains maîtrisent les déplacements des animaux, leur alimentation et leur reproduction. Au lieu de devoir partir à la chasse, on dispose toute l'année d'une réserve de viande sur pied plutôt que de dépendre des variations saisonnières du gibier sauvage. En plus de la viande les animaux peuvent aussi fournir du lait pour la nourriture, des poils pour le tissage, de la peau pour des vêtements, etc.

On sait que les communautés qui avaient été les premières à domestiquer les animaux avaient déjà des champs de céréales. Donc la combinaison de ces animaux et des plantes constitue un ensemble très intéressant puisque les deux sont complémentaires. Après la période de récolte on pouvait envoyer les animaux sur le chaume et ils mangeaient le reste des céréales. En retour on récupérait les crottes des animaux pour fertiliser le sol. Donc l'ensemble était récoproquement avantageux, aussi bien pour les animaux que pour les plantes, et pour les humains bien sûr.
Le cas du loup suit aussi cette logique d'échange réciproque : c'est en suivant les humains et en se nourrisant des carcassses laissées par les nomades que le loup s'est rapproché de l'homme. Et il y a environ 16 000 ans, en à peine 11 générations de domestications, le loup est devenu un chien. Il aide les hommes à la chasse mais aussi dans les habitations où il chasse les rongeurs qui s'attaquent aux réserves de grains (le chat ne sera domestiqué que 9 000 ans plus tard).

Avant la révolution industrielle les bêtes de sommes étaient les plus puissantes machines au monde. Un cheval ou un boeuf attelé à une charue pouvait démultiplier la productivité d'une terre, permettant ainsi aux agriculteurs de produire plus et de nourrir plus de gens. Or en Nouvelle-Guinée, et dans bien d'autres régions du monde, les cultivateurs n'ont jamais utilisé de charue car ils n'avaient pas d'animaux capables de les tirer. La seule force musculaire que l'on trouve en Nouvelle-Guinée pour le travail des champs est celle de l'homme.

Avec l'invention de la charue les animaux de grandes tailles devinrent très précieux pour aider les humains aux champs. Le chercheur Jared Diamond s'intéresse entre autre à l'histoire de l'environnement, il a essayé de répertorier toutes les espèces domestiquées par l'homme.

Sur 148 espèces herbivores terrestres de plus de 50 kg, le nombre d'espèce de grandes tailles que l'homme a réussi à domestiquer est de 14 : la chèvre (il y a 10 000 ans), le mouton (10 500 à 8 500 ans), le Boeuf (10 000 ans), le porc (9 000 ans), l'âne (7 000 ans), le cheval (6 000 ans), le buffle des Indes (6 000 ans), le lama (5 500 ans), le yak (5 500 ans), le chameau (5 000 ans), le dromadaire (4 500 ans), le renne (3 000 ans), le bison indien (?) et le banteng (?).

Seulement 14 espèces en 16 000 ans de domestication. Et d'où viennent les ancêtres de ces animaux ? Aucun ne se trouvait en Nouvelle-Guinée, ni en Australie, ni en Afrique sub-saharienne, il n'y en avait pas non plus sur tout le continent Nord-Américain, et en Amérique du Sud ne vivait que le Lama. Les 13 autres espèces sont toutes originaires d'Asie, d'Afrique du Nord ou d'Europe. Et parmi elles les 4 principaux animaux de bétails – vaches, porcs, moutons et chèvres – se trouvaient au Moyen-Orient. Ainsi la région qui avait les meilleurs produits agricoles possédait aussi certains des meilleurs animaux. Il n'est guère étonnant que l'on ait appellé cette région le "Croissant Fertile".

Troupeau de moutons

Or depuis bien longtemps le Croissant Fertile n'a plus grand chose de fertile. Ces régions ont un équilibre fragile et sont trop sèches pour permettre une agriculture intensive plus de quelques siècles. À force de récupérer l'eau et de couper les arbres les premiers agriculteurs de cette région ont surexploité et détruit leur environnement.

Expanssion de l'agriculture Les populations du Proche-Orient ont été contraites de migrer. Les avantages qu'elles avaient accumulés après plusieurs siècles de domestication risquaient d'être perdus, mais une fois encore la géographie a joué en leur faveur.
Comme le Croissant Fertile se situait à proximité du centre du continent eurasien et de l'Afrique du Nord, l'agriculture pouvait se propager dans beaucoup de régions voisines situées à peu près sur le même parallèle. Cela est important car sur le même parallèle les végétaux recevront toujours autant de lumière que dans leur région d'origine, ce qui facilitera leur adaptation, de plus on trouve bien souvent une végétation assez similaire.

La révolution néolithique

« Une extraordinaire accélération. Ce qu'il est convenu d'appeler la révolution néolithique a constitué, à partir d'il y a une dizaine de milliers d'années, une rupture considérable, par son contenu comme par sa rapidité, dans l'histoire de l'humanité. Durant des centaines de milliers d'années, les hommes avaient vécu des modifications à la fois très lentes et extrêmement chaotiques, souvent liées à des catastrophes naturelles et non totalement détachées d'une évolution proprement biologique. Soudain, en quelques millénaires sinon en quelques siècles, étaient inventées, « de toutes pièces » pourrait-on presque dire, des réalités si fondamentales qu'elles nous apparaissent souvent comme constitutives de toute vie sociale: l'agriculture bien sûr, mais aussi l'écriture, la monnaie, la ville et l'Etat. L'entrée dans le néolithique constitue sans doute le premier évènement historique au plein sens du mot, dans la mesure où c'est fondamentalement à l'action humaine qu'il est dû. [...]

Cela ne signifie d'ailleurs pas que les dynamiques naturelles, climatiques notamment, ne se trouvent pas en arrière-plan. On a affaire à des groupes humains dotés de technologies frustes, dont l'efficacité est globalement faible. Qu'on change, même marginalement, l'environnement naturel, et le seuil qui sépare un investissement efficace d'une dangereuse perte de temps sera franchi dans un sens ou dans l'autre. Les apparents « effets » des faits de nature n'ont de signification que dans un contexte historique précis, dont certains éléments ont pu être stables sur la longue durée (le pas de l'homme, la puissance du cheval ou du bœuf) tandis que d'autres sont plus changeants (les labours profonds et les céréales de printemps atténuent le poids des aléas climatiques). Notons à cet égard le rôle particulièrement variable de la forêt dans l'émergence de l'Europe. Comme le note Christian Grataloup, les espaces boisés correspondent d'abord à la possible humanisation de terres anciennement occupées par les glaciers. Puis, encore très présents autour des quelques clairières cultivées, ils servent de remparts aux invasions. Au cours du Moyen Âge, le développement de l'agriculture, sous la pression démographique, affaiblit cette protection et rend l'Est de l'Europe plus fragile tandis que l'Ouest est déjà assez fort pour ne plus être menacé. Différents rôles, différents mythes : forêt-ennemie, forêt-refuge, forêt-mémoire – forêt peuplée d'esprit plus ambivalents que ceux du Japon, où l'opposition avec les espaces socialisés par l'agriculture est plus nette, plus univoque.

Suivons André Leroi-Gourban : au moment de ce basculement dans l'histoire, les innovations sont sans doute ainsi, pour une part, réactives à des changements environnementaux qui rendaient difficile le maintient des modes de vie antérieurs. Parvenir sans migration majeur à faire survivre une population malgré la raréfaction de l'eau ou le refroidissement de l'air que provoquent les cycles climatique : tel a pu constituer le problème, longtemps insoluble, maintes fois posé aux sociétés de cueilleurs-chasseurs. La réponse constituera, dans un petit nombre d'endroits d'abord et initialement au Proche-Orient, de passer de la prédation à la production. Contrairement à ce qu'une vision évolutionniste pourrait laisser croire, cela ne signifie pas forcément, dans un premier temps, une amélioration des conditions de vies des habitants. Beaucoup de travail, de rendements médiocres, une absence de maîtrise technique des conditions de productions qui font des famines et des épidémies des preuves encore plus terrible pour une population densifiée et rivée au sol par la sédentarisation, tel sera le lot de ces civilisations jusqu'à une période proche de nous.

L'apparition de la production ne se produit pas partout en même temps : on observe des ondes de diffusion de l'innovation à partir des oasis fluviales d'Asie occidentale, et notamment vers l'ouest, l'Atlantique étant atteint vers -5000, la mer du Nord mille ans plus tard. Il ne se produit pas non plus partout. Pas de néolithique précoce là où les températures ou les précipitations trop faible empêchent, avec les moyens techniques du moment, toute production : régions continentales arides de la zone tempérée, zones polaires, haute montagne. Mais la non plus là où il est possible de continuer à vivre sans effectuer la rupture prédation/production. C'est le cas dans les zones où la croissance spontanée de la végétation est suffisante pour nourrir sur le long terme et sans risque d'anéantissement brutal une population peu nombreuse. Des formes souples d'association avec les activités faiblement productives (culture itinérantes, élevage très extensif) ou d'importance limitée (« jardin ») se rencontrent alors. C'est le cas de la plus grande partie des régions intertropicales, dans ses trois grands types de milieu bioclimatique (forêt denses, forêts claires et savanes, formation arides et semi-arides) et ce, parfois jusqu'à aujourd'hui. Il y a donc des lieux du monde qui ne connaissent pas la révolution néolithiques parce qu'elle ne correspond pas, comme ailleurs, à une nécessité vitale.

On retrouve ici les intuitions originales de Pierre Gourou, pour qui l'interprétation pratique par les hommes des « messages » naturels était comme inversée par rapport à leur lecture au premier degré : un excès de « clémence » se traduit par une faible mobilisation du travail humain et par une stagnation, tandis que les situations précaires au départ peuvent être retournées par une accumulation des outils de maîtrise permettant de repousser les contraintes et de valoriser les ressources. La prévalence différentielle de la révolution néolithique dessine donc une carte du monde. À part quelques exceptions tardives et fragiles (en Amérique précolombienne, par exemple), les zones concernées suffisamment tôt pour que les conséquences en aient pu se faire sentir se trouvent toutes dans l'« Ancien Monde » euro-afro-asiatique. Elles forment un vaste arc allant de l'Atlantique au Pacifique en passant par la méditerranée, le Proche-Orient, le Nord de l'Inde, l'Est de la Chine et le Japon. Celui-ci entre en scène en dernier, vers le IIIe siècle avant J.-C. ; quand aux autres régions, l'agriculture y fonctionne déjà au troisième millénaire.

L'Europe apparaît dès lors comme membre d'un club relativement restreint de régions ayant « divergé » du reste des groupes humains. Cette inflexion, que nous avons perçue dans ses aspects matériels, sera confortée dans sa dimension idéelle par la construction dans les sociétés néolithique, de conceptions du monde profondément nouvelles. »

Jacques Lévy
[Europe, une géographie]

Explosion démographique

Démographie de l'espèce humaine de -65 000 ans à aujourd'hui
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Sources documentaires

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