L'écologie sort de la forêt


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Les Kaïapos sont, parmi les peuples écrabouillés d'Amazonie, ceux, qui, prenant les armes, ont obtenu un territoire qui n'est pas qu'une réserve. Voici en 1983 le discours de leur chef, Rauni.

« Un jour, Ipréré (Dieu) a dit à l'Indien: "Vas voir là-bas, dans la forêt. Il y a un type qui vient d'arriver, et qui se cache. Pourquoi il se cache ? Et reviens me raconter, pour qu'on arrange tout ça". L'Indien a donc été voir les hommes qui se cachaient. L'Indien lui a dit: "Pourquoi tu te caches avec ce corps blanc ?" Un des hommes lui a répondu : « Le Blanc est le fils de Dieu ». Et l'Indien l'a cru ! "Si tu es le fils de Dieu, pourquoi tu te caches alors ?" Le Blanc lui a répondu : « J'ai peur de toi. » l'Indien s'est étonné: "Dieu, mon père, s'occupe de tout le, monde, des animaux, des Blancs, des Indiens. Ne reste pas caché comme ça. Ce n'est pas bien de se cacher." Le Blanc est sorti. Puis il a attaqué, attaqué. Mon père m'a raconté comment les Blancs sont venus dans un bateau poussé par un tissu, en tirant du canon, sur la plage où les Indiens habitaient alors. Il racontait comment nos flèches ne suffisaient pas, comment les Kaïapos ont dû se replier dans la forêt pour fuir les mauvais Blancs, et leurs cubanjuju (les maladies). C'était terrible. Avant les Portugais, nos morts se réveillaient et rejoignaient la tribu. Les Indiens étaient toujours les mêmes. Puis ils ont reculé, reculé, de bataille perdue en bataille perdue. Un jour la lune est descendue toucher les cadavres des Indiens et leur a dit qu'ils étaient morts pour de bon, à cause des Portugais. Ce jour-là, l'Indien a su qu'Ipréré, Dieu ; l'avait quitté. À l'époque de mon père, le Blanc commençait déjà à arriver jusqu'à notre village. De plus en plus, ils voulaient de la terre. On à commencé à avoir des problèmes. Quand j'étais gamin, les Kaïapos se battaient beaucoup avec les seringueiros (*) qui nous tuaient.

Kaïapos

J'étais adolescent quand j'ai vu un Blanc pour la première fois. J'étais parti avec mon frère, à "Bevia de Alagoas". Mon frère m'avait dit: "Le Blanc a beaucoup de décision. Il va droit et il tue sans hésiter ceux de notre couleur." J'étais avec mon frère quand j'ai rencontré le Blanc qui montait à cheval. Nous étions assis là où la brousse n'est pas nettoyée. En nous voyant, le Blanc a crié. Alors, mon vieux, il a fallu courir. Courir. Le Blanc nous donnait la chasse avec son cheval. On court. On court (...) Plus tard, j'ai emmené mon peuple dans le Xingu, à trois cents kilomètres de marche, chez les amis des Indiens, les frères Villas Boas. Au Xingu, nous avons la terre et nous sommes restés des Indiens purs. Ailleurs, avec les choses du Blanc, l'Indien change. Mon peuple ne connaît pas assez le Blanc. L'Indien veut la femme du Blanc et l'argent du Blanc. On voit des Indiens avec des cheveux aplatis comme ceux du Blanc. Ils oublient la vie du père, la vie du grand père. À part sa terre, son arc et sa massue, le pauvre Indien ne demande rien. Il veut marcher dans la forêt. N'importe quand. Chasser. Emmener la famille. Elever les enfants. Et faire la fête, marcher, faire la fête. Un avion va passer, ou un moteur quelconque, et l'histoire de l'Indien se brise : les jeunes pensent trop aux choses du Blanc, les paroles du Blanc s'enroulent, comme un serpent. Les jeunes se font tromper avec le café du Blanc, ses biscuits, son alcool, ils se font prendre leurs terres et quand il n'y en a plus, ils doivent mendier la nourriture du Blanc, et les chefs deviennent peureux. Chez les Blancs, il faut toujours de l'argent. Ils paient même l'eau. Le Blanc est différent. Il a un autre corps, il souille l'eau de l'Indien, tue le gibier de l'Indien, il fouille comme un cochon la terre de l'Indien.

De l'or. Oui, il y en a beaucoup sur la terre des Kaïapos. Les gens vont commencer à prendre les terres, pour sortir l'or. Alors le fils, le petit-fils ne pourront même plus s'alimenter. Pourquoi le Blanc doit-il tout écrire sur des papiers ? Parce qu'il prépare toujours des entourloupes, parce qu'il oublie toujours ses promesses. Le gouvernement voulait toute la terre, mais le gouvernement n'est ni le père ni le grand-père de l'Indien et l'Indien fut le premier sur cette terre. Rauni leur a donc dit: "Les Blancs ont déjà tué le père, le frère, le grand-père, la grand-mère, si vous continuez, nous allons devenir fous. Nous n'aimons pas la colère, ça finit mal". Les Blancs l'ont entendu, car le Xingu s'est battu (...). L'Indien veut grandir. Alors le Blanc déclinera. »

J.P. Dutilleux
[Almanach 2001 d'Actuel]
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