Action Mondiale des Peuples


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Histoires et perspectives sur l’Action Mondiale des Peuples en Europe
People’s Global Action (PGA) ou l’Action Mondiale des Peuples (AMP). Il est possible que ce nom ne vous soit pas inconnu. Mais il se peut aussi que vous ne situiez pas exactement les dynamiques politiques et structures qu’il recouvre. Voici donc un petit retour en arrière, avec comme perspective le développement de la structure d’échanges pour les mouvances anti-autoritaires, écologistes et anti-capitalistes. Ce texte se centre surtout sur une présentation de l’AMP en Europe, mais aussi parfois mention de l’histoire et de la dynamique globale… Le terme AMPe réfère à l’AMP Europe.

Action Mondiale des Peuples

Des origines aux contre-sommets

A la suite de l’insurrection zapatiste en janvier 1994 au Mexique, un certain nombre de rencontres ont eu lieu, dont les fameuses « intergalactiques contre le néolibéralisme et pour l’humanité », d’abord au Chiapas et ensuite en Espagne. Dans le contexte du marasme politique (post chute Mur donc triomphe de la pensée unique) les indigènes zapatistes et leur rébellion avaient su créer un électrochoc d’espoir, un peu partout dans le monde. A l’issue de ces rencontres, on a vu apparaître, d’abord dans les réflexions théoriques puis concrètement, l’idée d’un réseau mondial de coordination d’actions et d’échange d’informations, notamment pour s’attaquer à l’existence même de l’Organisation Mondiale du Commerce. En février 1998 se tenait à Genève la 1ère conférence globale de l’ « Action Mondiale des Peuples contre le néolibéralisme et l’Organisation Mondiale du Commerce ». Plusieurs centaines de représentants de mouvements populaires du monde entier s’y retrouvèrent : travailleurs de la poste canadienne, écologistes de Earth First, militants anti-nucléaires et fermiers français, indigènes maori, U’wa, peuples ogonis, syndicalistes coréens, réseau des femmes indigènes d’Amérique du nord, écologistes ukrainiens radicaux et des représentants de mouvements paysans des quatre coins de la planète… Ils s’accordèrent sur un manifeste politique, sur l’utilisation de l’action directe comme moyen de lutte, sur une philosophie organisationnelle basée sur la décentralisation et l’autonomie, ainsi que sur la construction d’alternatives basées sur la démocratie directe. Le tout dynamisé par 12 mouvements, répartis régionalement tout autour de la planète et qui avaient un rôle particulier, « les convenors ».

Les convenors...

Les convenors sont des collectifs qui agissent en tant que points de contact, d’information, de coordination. Ils co-organisent les conférences mondiales ou régionales de l’AMP. Ils peuvent aussi initier des journées globales d’actions décentralisées notamment par le passé à l’occasion de sommets de l’OMC. Ils changent régulièrement, à chaque conférence « régionale ». Lors du premier comité de convenors, il y avait 3 convenors d’Amérique latine, 2 d’Europe et 2 d’Asie. Ils sont actuellement souvent plusieurs par région, notamment en Amérique latine, et leur travail se partage avec d’autres collectifs. Les premiers convenors européens furent « reclaim the streets » qui, partant de l’écologie radicale et des road protest, avaient partcipé à faire évoluer les modes d’actions directes anticapitalistes, notamment par la pratique des fêtes de rue comme bloquages ou les liens créés avec des mouvements de travailleurs comme les dockers de Liverpool ou les employés du métro londonien. En Asie, des tâches de convenors ont été assumées par le KRRS, syndicat regroupant plusieurs millions de paysans indiens et connu pour sa pratique d’incendie des champs d’OGM Monsanto, ou l’alliance nationale des mouvements populaires. Le convenor actuel d’Asie est la fédération krisholk (le mouvement des paysans sans terre et précaires du Bengladesh). En Amérique latine, l’AMP a été la croisée de cultures et histoires très diverses, depuis la CONFEUNASCC, un syndicat de petits agriculteurs en Equateur, le mouvement des jeunes kuna, le mouvement des planteurs de coca boliviens, des groupes du mouvement des sans-terres ou des jeunes anarchistes urbains du Brésil.

Et la résistance devint aussi transnationale que le capital

En mai 1998, les premières initiatives issues de l’AMP furent quatre jours de résistances partout dans le monde à l’occasion du sommet du G8 au Royaume-Uni et de celui de l’OMC à Genève. Il s’agissait de la seconde conférence ministérielle depuis la création de l’OMC, et la célébration annoncée de 50 ans de GATT et de règne capitaliste depuis la seconde guerre mondiale. Ce fut en fait l’inauguration d’une longue série de contre-sommets par des protestations parmis les plus enfiévrées qu’ait connu Genève, la fuite des participants au G8 hors de leur cénacle de Birmingham après l’envahissement de la ville, et 200 000 paysans indiens manifestant pour réclamer la mort de l’OMC. En tout, des actes de résistance pendant quatre jours. A l’époque la dynamique était encore très centrée sur des initiatives locales et des journées mondiales d’actions décentralisées et initiées par des appels de l’AMP. Une des plus retentissantes fut la journée anticapitaliste du 18 juin 1999 (J18), toujours pour le sommet du G8, à Cologne cette fois. Il y eut des actions organisées dans 72 lieux différents, l’arrivée à Cologne de la Caravane InterContinentale (formée de quelques centaines de représentants de collectifs d’Inde et d’autres pays du sud), l’occupation festive de la City de Londres et la mise à sac d’un centre boursier par quelques milliers de manifestants. Cette période amena la réapparition massive du terme « anticapitaliste » dans les milieux militants et les médias, et la concrétisation du slogan « notre lutte est aussi transnationale que le capital ».

A Seattle en novembre 1999, la fermeture de la conférence interministérielle de l’OMC fit la démonstration de l’efficacité d’une multitude d’actions directes organisées par petits groupes d’affinitaires (et quelquefois extrêmement coordonnées comme les blocages des axes routiers). Des actions se répartirent dans plus de 70 pays. La « bataille de Seattle », guidée par les groupes radicaux, fut cependant bien vite récupérée par la gauche citoyenniste, qui chercha à en faire un mythe fondateur de ses nouvelles stratégies de cogestion du pouvoir. En septembre 2000, le sommet du FMI et de la Banque mondiale, à Prague, fut l’occasion pour l’AMP-Europe de tester la complémentarité de diverses tactiques de luttes, festives, transgenres et mouvantes (le Pink block), basées sur le sabotage (le Black bloc) ou l’offensive non-violente (le Yellow block). Il y eut aussi des multitudes d’initiatives préparatoires, à l’instar de la « caravane anticapitaliste », actions nomades initiées par le réseau sans-titre en espace francophone.

Les contre-sommets, transformés en nouvelles grandes messes militantes, s’enchaînèrent ensuite, malgré le coup de glas répressif de Gênes. Si ces contre-sommets regroupent aujourd’hui un spectre de groupes, partis politiques, associations ou ONG « citoyennes », beaucoup plus large que ceux se reconnaissant dans l’AMP, on oublie souvent que la base de cette dynamique est directement issue du travail des groupes radicaux (Paysans et ouvriers du Tiers-monde, écologistes radicaux et anarchistes…entre autres) et d’un refus clair du lobbyisme, de l’Etat et de la « démocratie » parlementaire.

Action Mondiale des Peuples

Les « Hallmarks de l’AMP

L’objectif des échanges AMP et du réseau AMP est de connecter des groupes locaux qui s’accordent avec les hallmarks de l’AMP.

People Global Action n’a pas de membres et n’aura pas de représentation juridique. Nul organisation ou personne ne peut représenter l’AMP.

Evolution politique et autre formes d’actions

En dehors de ces manifestations de masse guidées par l’agenda des institutions capitalistes, la dynamique AMP a été à l’origine d’autres initiatives plus ou moins retentissantes. La Caravane Intercontinentale a par exemple permis à quelques 400 représentants de mouvements paysans de l’Inde et à 50 mouvements populaires du « Sud » de venir manifester directement au pied d’institutions (OMC, FMI, OCDE, OTAN, etc.) ou de sièges de multinationales en Europe, de détruire des champs d’OGM et un laboratoire de recherche d’Etat ou d’échanger avec des mouvements européens.

Les journées mondiales d’actions furent aussi l’occasion de développer des pratiques d’actions créatives, même en petit groupe : fêtes de rues, blocages, occupations, carnavals anticapitalistes, etc. Cette décentralisation et l’accroissement des contacts entre les groupes permis de mettre en place divers outils de communication publique participatifs comme Indymedia (il y a maintenant plus de 130 sites Indymedia à travers le monde – Indymedia a été appelé la « plus grande organisation bénévole du monde »). D’autres sont plus internes comme les listes mail de l’AMP-Europe, carrefour d’annonces d’actions ou d’analyses aux quatre coins du monde.

En juillet 2002, le campement international « No Border » de Strasbourg marqua une rencontre entre les modes d’organisation et approches anticapitalistes de l’AMPe, et des actions sur l’immigration et pratiques de campement offensifs propre au réseau international No Border. Il en résulta une expérience nouvelle (et encore hésitante) d’autogestion, de démocratie directe et d’action décentralisée à 2000 pendant 8 jours. Cette expérience allait cependant très rapidement devenir une base pour d’autres campements de ce type qui se propagèrent lors des manifestations contre le G8 de mai 2003 en France et en Suisse.

La deuxième conférence mondiale de l’AMP eut lieu à Bangalore en Inde en août 1999 et fut l’occasion pour le réseau, d’affirmer, au-delà du « libre échange », une volonté d’attaque générale contre le capitalisme et les autres formes de domination comme le sexisme et le racisme. La décision y fut prise par ailleurs de démarquer plus clairement le réseau de l’AMP de groupes opposés à la mondialisation, mais dont les idées divergent fondamentalement des nôtres comme les groupements d’extrême droite, les partis politiques ou ONG réformistes. La troisième conférence de l’AMP eu lieu à Cocha Bomba en Bolivie et mis notamment l’accent sur l’importance des processus régionaux et locaux. La quatrième conférence mondiale de l’AMP se déroula en Inde.

Malgré ces divers aspects positifs et après quelques années d’activisme effréné, un certain nombre de critiques sur les modes d’organisation et les objectifs politiques de l’AMP se firent de plus en plus visibles. Les mettre à plat, pour le réseau européen tout au moins, était l’un des enjeux de la conférence AMPe de Leiden, en août 2002.

La deuxième conférence européenne de l’AMPe

La première conférence européenne de l’AMPe avait eu lieu à Milan en 2000 sous l’hospice du mouvement « Ya basta ! » pour la désobéissance civile et sociale. La deuxième eu lieu en septembre 2002 dans la petite ville de Leiden au Pays-bas et fut accueillie par EuroDusnie, collectif anarchiste, et co-convenors européen avec le Movimiento de Resistencia Global de Catalogne. Moultes personne des quatre coins de l’Europe avaient convergé pour partager analyses et discussions, 500 au total furent répertoriées à l’inscription. Un des premiers intérêts d’une réunion de ce type se trouvait tout simplement dans la rencontre individuelle et le fait de rendre visible, notamment aux yeux des participants eux-mêmes, l’existence d’une mouvance, d’un état d’esprit commun. C’est aussi l’occasion de faire un état des lieux des forces et des luttes en présence, des questionnements communs et ensuite de chercher à avancer sur le couplet « qu’avons-nous à proposer ? ».

Tout cela dans une ambiance de recherche de nouveaux déclics après la secousse de Gênes et du 11 septembre : menaces nouvelles liées à l’hystérie sécuritaire et guerrière des « global leaders » et apeurement des populations. Deux enjeux principaux avaient été formulés pour les discussions : la structuration du réseau et les stratégies de changement social.

Les hôtes néerlandais avaient assuré une organisation visant un processus participatif des personnes présentes. Celles-ci étaient invitées à s’impliquer dans la cuisine, le ménage, la modération et la préparation des ateliers de discussion, la création d’un journal quotidien rendant compte des ateliers et débats. Un dispositif avait également été mis en place pour favoriser le déplacement de membres de collectifs des pays situés à l’Est de la frontière de l’UE (avant l’élargissement de 2004 – 2007), par une redistribution de la participation aux frais des habitants de la zone occidentale.

La question des critères d’admission avait été posée, sur la base des hallmarks de l’AMP. Il n’y avait cependant pas de mode de sélection coercitif, seul un questionnaire de motivation a été proposé à l’inscription.

Les personnes avaient été vivement encouragées à préparer localement la conférence. Les journées de discussion furent très chargées et studieuses, principalement en petits ateliers consacrés aux nombreuses thématiques proposées par les participants, à des débats stratégiques généraux pour le « mouvement », ainsi qu’à des groupes de travail sur les structures de l’AMPe. La question des formes de discussions et de décision fut l’objet de vifs débats guidés par la volonté de favoriser des formes participatives, égalitaires et de neutraliser les prises de pouvoir (notamment par les facilitations, gestes, petits groupes, recherche progressive de consensus...).

De la tyrannie de l’absence de structures

L’équilibre entre le formel et l’informel dans le fonctionnement de l’AMPe en tant que réseau était donc point important à l’ordre des débats de structure. L’AMPe est mue par un fort penchant pour les modes de relations organiques et affinitaires. Mais il apparaissait également que le fait de ne pas savoir formellement « qui s’occupe de quoi » rend flou le partage des responsabilités et les lieux de prise des décisions. Cela peut amener au final à la création de hiérarchies informelles et d’autant plus difficiles à déconstruire qu’invisibles. Tout le défi consiste donc à rendre plus explicite le mode de fonctionnement, sans rigidité crispée ni retour de flamme de nos réflexes conditionnés, autoritaires et bureaucratiques. Au final, le travail sur les structures de l’AMPe (listes, sites web, relais d’informations et de contacts, organisation des conférences) devrait se faire de manière beaucoup plus formelle et ouverte…en espérant que beaucoup plus de monde s’y investisse. Face à l’absence de nouveaux convenors et au besoin de préciser le travail sur les structures du réseau, une nouvelle réunion de travail de l’AMPe fut accueillie à l’espace autogéré des tanneries de Dijon, en mars 2003. C’est à ce moment là que DSM, regroupement anticapitaliste de Belgrade, se proposèrent comme convenors.

Les points d’infos

Pour faire avancer la dynamique de l’AMPe plus largement et favoriser sa prise en main localement, la mise en place de « points d’infos » a été prise en charge, depuis Leiden, par une série de groupes locaux impliqués dans l’AMPe.

Il s’agit de relayer l’info, sur les conférences, l’histoire et les projets du réseau pour les personnes intéressées. Ces points d’infos ne constituent en aucun cas des « membres » de l’AMPe, mais doivent servir à rendre plus visible un réseau qui ne s’exprime finalement jamais en tant que tel. Une liste de contacts est disponible sur le net.

Les convenors européens et le groupe de processus

Le rôle des convenors européens a été défini à Leiden comme l’organisation de la conférence européenne, la dynamisation et la visibilisation du réseau, ainsi que le maintien des infrastructures (site web, liste, contacts) et des contacts avec le reste du globe. Depuis Dijon, il a été décidé que ces tâches seraient partagées avec différents collectifs (en particulier les points d’infos) souhaitant s’impliquer dans le processus et les structures de l’AMPe. Ces collectifs constituent le « groupe de processus ».

Un des outils forts du réseau est le site web de l’AMP qui propose un grand nombre de textes historiques, annonces et compte-rendus d’action, compte-rendus issus des conférences de l’AMP. Un autre outil en développement est le site global.so36.net, un projet d’archives globales thématiques du mouvement sur lequel vous pouvez publier des articles sur des thèmes et actions.

Eté 2004 - La troisième conférence européenne de l’AMP à Belgrade

Action Mondiale des Peuples

En termes d’actions communes, quelques grandes actions fédératrices furent discutées hors des groupes thématiques comme la mobilisation contre le G8 et une journée aux luttes pachaméricaines (qui s’emploient à radicaliser le mouvement social notamment au Vénézuela). De nouvelles formes furent pensées comme l’Estafette, qui se veut un relais d’actions thématiques suivies entre des groupes à travers l’Europe. Malheureusement, on a pu noter encore une fois le décalage entre l’énergie créée pendant les conférences, et une continuité dans l’implication bien moindre pour maintenir les structures des réseaux et concrétiser les projets hors des gros événements fédérateurs.

A l’heure actuelle, le convenorship a été repris par Stamp, un groupe de militants de la zone francophone, issus pour partie du réseau sans-titre (qui s’articule notamment autour des lieux squattés en ville et de projets collectifs ruraux) et qui réfléchissent actuellement entre autre à des formes de conférences décentralisées, d’autoconstructions des structures logistiques, et une focalisation sur des échanges pratiques et réalisations concrètes lors de la rencontre européenne qui a eu lieu pendant l’été 2006.

Liens

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