En novembre 1989, le Père Ignacio Martín-Baró, psychosociologue, fit un exposé en Californie sur « Les conséquences psychologiques de la terreur politique ». Dans son dicours, il offrit une définition bien plus précise du terrorisme, une définition que l'on aurait tord d'ignorer. Noam Chomsky résume ses propos (p. 386) :
Il [Martín-Baró] souligna plusieurs points importants, faisant remarquer que la forme de terrorisme de loin la plus répandue était le terrorisme d'état – c'est-à-dire « le fait de terroriser toute la population en faisant exécuter des actions méthodiques par les forces de l'état ». Il explique que ce type de terrorisme faisait partie intégrante d'un « projet sociopolitique imposé par le gouvernement » visant à satisfaire les besoins de quelques privilégiés.
Aussi dérangeante soit-elle, la definition de Martí-Baró est validée par l'histoire. La plupart des
exemples de terrorisme à travers les siècles ont connu des commanditaires dans les sanctuaires de la
bureaucratie, au sein même de l'institution gouvernante.
Le terrorisme est une guerre de substitution, une crise fabriquée de toutes pièces en vue d'induire un
changement de société. Ses combattants font la guerre de façon consciente ou inconsciente dans l'intérêt
de puissances supérieures aux desseins beaucoup plus vastes. Que ses adeptes en soient conscients ou non,
le terrorisme sert toujours les ambitions d'autres personnes que ses exécutants.
Le premier exemple date de 1962. Le président des chefs d'État-major Interarmées Lyman L. Lemnitzer
(photo ci-contre) et ses collègues souhaitaient débarrasser Cuba de Castro. Les intérêts précis que
défendaient Lemnitzer et ses va-t'en-guerre sont flous. Toutefois, une chose est claire : ces militaires
considéraient Castro comme un obstacle dont il fallait se débarrasser par le biais d'une guerre déclarée.
Selon James Bamford, l'ancien producteur d'une émission d'investigation sur ABC, à Washington, les Chefs
d'État-major Interarmées planifiaient plusieurs actes terroristes afin de fomenter la guerre (p. 82) :
Selon des documents tenus secrets pendant longtemps et découverts dans le cadre de la production de
Body of Secrets, les Chefs d'États-major Interarmées ont élaboré et approuvé des plans de ce qui est
peut-être le programme le plus corrompu jamais conçu par le gouvernement américain. Au nom de l'anticommunisme,
ils ont proposé de lancer une guerre terroriste secrète et meurtrière contre leur propre pays en vue d'amener
par la ruse le peuple américain à soutenir le conflit fallacieux qu'ils prévoyaient de lancer contre Cuba.
Portant le nom de code Operation Northwoods, ce plan, qui avait reçu l'approbation écrite du président
et de chacun des Chefs d'États-major Interarmées, prévoyait d'assassiner des civils innocents en pleine rues
aux Etats-Unis, de faire couler en haute mer des bateaux de réfugiés fuyant Cuba et de lancer une vague
d'attaque terroristes violentes à Washington, DC, Miami et ailleurs.
On aurait attribué à certains la paternité des attentats qu'ils n'auraient pas commis ; on aurait détourné
des avions. À l'aide de fausses preuves, on aurait fait endosser la responsabilité de tout cela à Castro,
donnant ainsi à Lemnitzer et à sa cabale le prétexte, ainsi que le soutient national et international, dont
ils avaient besoin pour lancer leur guerre.
L'Opération Northwoods appelait même les miliaires à s'en prendre à eux-mêmes (p. 84) :
Parmi les actions préconisées figurait « une série d'incidents parfaitement coordonnés devant se produire
à l'intérieur même et autour » de la base de Guantanamo Bay, à Cuba. Cela consistait par exemple à habiller
des Cubains « amis » avec des uniformes de l'armée cubaine et à les faire « manifester devant les grille
principale de la base. On ferait exploser des dépôts de munitions, on déclencherait des incendies, on saboterait
des avions et on tirerait des mortiers au sein même de la base, en prenant bien soin d'endommager les
infrastructures ».

Tirées du livre de Paul David Collins The Hidden Face of Terrorism : The Dark Side of Social Engineering.
From Antiquity to September 11 (La Face cachée du terrorisme : le côté obscur de la machination sociale.
De l'Antiquité au 11 septembre).
[Nexus – juillet/août 2003]
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