L'impasse énergétique


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- Partie 3 -

« La catastrophe a ceci de terrible que non seulement on ne croit pas qu'elle va se produire alors même qu'on a toutes les raisons de savoir qu'elle va se produire, mais qu'une fois qu'elle s'est produite, elle apparaît comme relevant de l'ordre normal des choses. Sa réalité même la rend banale. Elle n'était pas jugée possible avant qu'elle se réalise [...] »
Jean-Pierre Dupuy, polytechnicien, ancien professeur à l'Université de Stanford et à l'École polytechnique, il enseignait la philosophie sociale et politique et l'éthique des sciences et techniques.
Pour un catastrophisme éclairé, Paris, Le Seuil 2002, p.84-85

Déstabilisation de la structure de la société industrielle

Revenons rapidement sur la fin des énergies fossiles, en particulier le pétrole, pour étudier les conséquences du manque de ressources.

Avant même que la production de pétrole ne retombe brutalement, son prix ira en augmentant de plus en plus rapidement jusqu'à ce que même les riches clients, les pays de l'OCDE, ne soient plus en mesure d'assurer leur approvisionnement en matière première.
Cela se traduira par un accroissement fulgurant des prix de tous les produits et services.

« Cette dépression va également s'accompagner d'une inflation de plus en plus importante sur les matières premières, puis sur l'ensemble des produits manufacturés et, plus grave, sur les produits alimentaires, inflation qui a déjà commencé, comme chacun peut le constater dans ses achats courants. La raison est que le pétrole intervient dans la production de quasiment tous les produits, que ce soit dans leur fabrication ou leur transformation, comme source d'énergie, de chaleur et surtout comme carburant pour les transports.
En outre, les pays importateurs vont voir les déficits commerciaux augmenter de manière dramatique, les investissements vont diminuer, le chômage va devenir massif et le budget des États va se contracter par la réduction des revenus issus des taxes. Dans les pays pauvres importateurs de pétrole, la situation est déjà très tendue.
Quant aux entreprises, elles vont avoir du mal à transférer dans un premier temps l'augmentation des coûts de transport à leurs clients à cause du jeu de la concurrence fragilisant les plus faibles et les plus petits, tandis que les grandes entreprises bénéficieront de davantage de marges de manoeuvre grâce à des stocks et à des réserves monétaires plus importants. (...) Résultat, seuls les gros poissons résisteront. Aussi le pic pétrolier ne signifie-t-il pas la fin des multinationales mais l'inverse, leur renforcement et même leur hégémonie. »

Emmanuel Broto, journal La Décroissance n°44 - Novembre 2007.

Le barils qui est à 110$ aujourd'hui peut aisément grimper à 300 ou 400$ en quelques semaines, surtout avec les tensions géopolitiques qui annoncent de nouvelles guerres au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie.

L'impact d'une telle augmentation des prix peut être amortit, à très court terme seulement, pas plusieurs leviers :
- sacrifices ou privatisation des services "non rentables" de l'Etat (assistance sociale et médicale, éducation, retraite, etc.) ;
- sacrifices des individus "non rentables" de la société (chômeurs, rmistes, personnes âgés, contestataires et autres insoumis,...) ;
- allègement des taxes sur les carburants ;
- briser la demande en énergies des autres pays (guerres, embargos,...).

Les premières phases de ce processus ont déjà commencé depuis plusieurs décennies avec le développement des télécommunications, la libéralisation et l'avènement de la logique de marché du capitalisme au sein des instances politiques.
La fin des services publics, par leur privatisation et/ou leur suppression pure et simple, va anéantir progressivement le pouvoir d'achats des masses de consommateurs qui ne pourront plus acheter les produits fabriqués par l'industrie.

« Si le capitalisme avait été laissé à lui-même il se serait effondré cent fois, il y aurait eu crise de surproduction tous les ans. Pourquoi il ne s'est pas effondré ? Parce que les travailleurs ont luttés, ils ont imposé des augmentations des salaires, donc ils ont crée des énormes marchés de consommation interne. Ils ont imposé des réductions du temps de travail, ça a absorbé tout le chômage technologique. (...) Alors les néolibéraux viennent et disent : "il faut faire confiance au marché etc. etc." Enfin ce que disent maintenant les néolibéraux, ce sont les économistes académiques eux-même qui l'ont réfuté pendant les années 30. Ils ont montré qu'il ne peut pas y avoir d'équilibre dans le capitalisme. Ce n'était pas des révolutionnaires, ce n'était pas des marxistes. (...) Tout cela sa a été démontré. Sa n'a pas été refuté ! »
Cornelius Castoriadis, philosophe et politologue français d'origine grec, invité à l'émission "Là-bas si j'y suis" de Daniel Mermet sur France Inter.

Ainsi pour se maintenir en place le capitalisme va encore une fois recommencer à scier la branche sur laquelle il est assis (les consommateurs) et provoquer une crise. Sauf que cette fois ci il n'y aura ni les ressources suffisantes ni les moyens techniques lui permettant de se relever comme ce fut le cas par le passé.

« Concernant le processus de mondialisation, celui-ci risque de s'arrêter puis de s'inverser. En effet, au fur et à mesure que les prix du transport vont augmenter, il va devenir de moins en moins rentable de faire importer des biens sur de longues distances. Ainsi, le commerce international va progressivement se réduire, provoquant une relocalisation de l'économie. Cependant, la relocalisation nécessite un processus de réapprentissage, de rééducation et de transformation sociale qui ne peut s'improviser. Il est difficile de savoir comment ce processus va s'articuler avec le renforcement des grandes entreprises et avec le chômage massif.
Il est fort probable que l'on passe par plusieurs phases. À la suite de la première phase de dépression économique et de chaos, je pense que l'on va assister à un véritable bouleversement des occupations humaines. Des métiers, actuellement très valorisés, vont dépérir très rapidement, surtout dans les zones urbaines liées à l'activité commerciale et financière ainsi que dans les administrations. En revanche, les métiers manuels, actuellement mal considérés, vont être régénérés et vont retrouver les faveurs sociales. La débrouillardise et l'habileté manuelle, les connaissances pratiques, pour certaines anciennes, vont devenir cruciales et pourront parfois déterminer la survie des uns et la mort des autres... Enfin, une grande partie de la population va retourner aux champs, pour produire de la nourriture qui deviendra de l'or. »

Emmanuel Broto, journal La Décroissance n°44 - Novembre 2007.

Superposition de multiples crises énergétiques

À moyen terme même les mesures anti-sociales ne pourront masquer bien longtemps un fait avéré : sans pétrole bon marché nos économies n'ont plus aucun avenir. Sans une substitution "facile" et surtout très rapide au pétrole, la civilisation industrielle n'aura plus les capacités de conserver sa structure en place.
Les moyens de transport sont dépendants à 90 % du pétrole. L'effet le plus visible de la hausse des prix va se faire sentir à la pompe, or les habitants des zones péri urbaines, déjà chassés des villes par la flambée des prix de l'immobilier, sont devenu très dépendants de leur voiture... Ensuite l'augmentation des prix va se répercuter sur l'ensemble la chaîne de distribution. Au final, on peut s'attendre à une hyperinflation générale des prix pour l'ensemble des produits. Quant aux transport aérien il deviendra inaccessible même aux classes moyennes et se réservera aux plus riches.

Des domaines vitaux comme l'agriculture sont très dépendant du pétrole pour la production d'engrais, de pesticides, pour l'approvisionnement en carburant des machines agricoles, le transport, l'irrigation, la transformation des aliments, etc. Comment maintenir une production industrielle sans pétrole bon marché ?! De plus l'agriculture intensive provoque désertification, appauvrissement et destruction des sols et des couches arables, puis leur érosion. La perte des connaissances paysannes d'autrefois, l'étalement sans fin des zones urbaines et la pollution par les OGM ne font qu'aggraver sans cesse ce problème.
Dans ce contexte le pic pétrolier devrait littéralement provoquer un séisme dans l'organisation mondiale de la production alimentaire, déjà bien mal en point comme l'illustre le graphique ci-dessous.

Réserves mondiales de nourriture en consommation journalière de céréales, 1960/1961 - 2006/2007
Réserves mondiales de nourriture en consommation journalière de céréales, 1960/1961 - 2006/2007.
Tous les pays font des réserves de nourriture pour prévenir à tout moment une crise alimentaire. On place une limite de sécurité pour ces réserves à environ 62 jours de consommation, c'est-à-dire que pendant environ 2 mois il faut pouvoir alimenter la population en attendant les secours et la reprise de la production. Comme nous le voyons sur le tableau, la moyenne mondiale est passé brusquement en dessous de cette limite de sécurité à partir de 2005/2006.

Survivre au pétrole ça ne s'improvise pas

Nous le voyons ici : les crises énergétiques sont multiples. De nombreux secteurs sont touchés. Dans les pays du Sud ces problèmes se font déjà sentir depuis de nombreuses années et leur aggravation est dramatique et clairement visible.
Certes dans les pays riches la structure de la société industrielle est en train d'être allégée par des mesures anti-sociales, accompagnées d'une répression et d'un totalitarisme grandissant. Mais à terme cela conduira aussi à l'éclatement de la civilisation industrielle : conflits sociaux de grande ampleur, émeutes, pillages, autoritarisme et répression à grande échelle...

Pour qu'un tel scénario n'arrive pas il faudrait que les sources d'énergies alternatives soient déjà misent en place pour que le passage des énergies fossiles aux autres énergies ne soit pas trop brutal et puisse réellement se faire sans trop de casse. Cela tient du bon sens : en plein désert vous n'attendez pas d'être à sec pour commencer à vous inquiétez et à chercher de l'eau. Et bien pas pour les maîtres de la finance, car après tout le bon sens n'est pas commercialement attractif, et donc n'a aucun intérêt économique. Et puis pour eux le manque ne peut tout simplement pas exister, sinon cela reviendrait à avouer que la croissance continue n'est pas compatible avec les lois physiques de notre univers.
Alors plutôt que de réfléchir sur notre avenir on préfère espérer vainement que, comme par le passé, on ne sait quel savant va tout naturellement trouver une nouvelle source d'énergie, encore plus rentable que la précédente, encore plus fiable et toujours moins cher. La réalité est plus compliqué que ça, car comment mettre au point et diffuser assez rapidement toutes les alternatives nécessaire ? C'est oublier là un point crucial : encore faut-il avoir le temps de découvrir, expérimenter, et maîtriser ces nouvelles énergies. Pour rappel, le pétrole et le charbon étaient connu des humains depuis l'antiquité...

« Le contenu énergétique d'un litre d'essence c'est le même contenu énergétique que le travail de 10 à 100 personnes pendant une journée. Quand on va devoir produire cette même énergie à la main, par exemple avec les énergies renouvelables, des énergies diffuses et beaucoup moins performantes, là on va voir la différence. Le problème c'est qu'on a cru que l'énergie allait rester à bas prix pour l'éternité. Quelques économistes, quelques écologistes ont bien annoncés la crise actuelle, mais tout le monde s'en foutait.
Question : y a-t-il une alternative ? La réponse est claire : non, pas dans les délais impartis, pas dans le peu de temps qu'il nous reste. Il faut 50 ans pour installer une nouvelle filière énergétique, il faut 50 ans et des milliards de dollars pour mettre en place un nouvel outils industriel, un nouveau réseau de distribution et de maintenance. Or dans 30 ans, 40 tout au plus, nous n'aurons plus de pétrole. Qu'est-ce qu'on va faire pendant les 10 ou 20 ans qui vont manquer ? On va se tenir derrière nos volets, une winchester à la main en train de surveiller nos plants de tomates ? Ce qu'on préparer à nos enfants c'est un bain de sang, un futur de récessions, d'émeutes, de guerres. La crise de 1929 à côté se sera un bon souvenir.

En 1929 c'était la dépression, en 2029 sa sera la guérilla. »

Yves Blanc dans son émission de radio La Planète Bleue.

Solutions inadaptés et délires technologiques

Cette illusion du progrès est soigneusement entretenue par une sur-médiatisation de fausses solutions : réacteur nucléaire ITER, agrocarburants, voiture à hydrogène et à pile à combustible, centrale au charbon "propre", etc. des alternatives qui ont encore besoin de 15 à 60 ans de recherches poussées et très coûteuses avant qu'elles puissent peut-être devenir sûr et aussi assez rentable pour que leur commercialisation puisse avoir lieu. Il faudrait ensuite encore plusieurs décennies avant que ne soit remplacées les anciennes technologies.

Revenons les alternatives industrielles que les lobbys présentent comme des solutions aux problèmes du déclins des énergies fossiles et du réchauffement climatique, mais qui sont surtout là pour préserver leurs intérêts. Quant aux mass-médias, ces sous-produits des groupes financiers, ils les relaient sans même analyser la dangerosité et le réalisme de ces sois-disants "solutions".

Agro ou necro-carburants
On savait déjà que les agrocarburants, pas plus bio qu'une usine pétrochimique, n'allaient pas nous sortir d'affaire mais on se doutait moins qu'ils allaient au contraire aggraver l'impact écologique de l'Homme sur la nature en continuant de polluer l'eau, la terre et l'air, aggraver les crises alimentaires dans les pays du sud et l'exploitation des ouvriers.

« Les programmes sont d’ores et déjà ambitieux. En Europe, il est prévu que ces combustibles issus de la biomasse couvrent 5,75 % des besoins en carburants routiers en 2010 et 20 % en 2020. Les Etats-Unis visent trente-cinq milliards de gallons par an. Ces objectifs dépassent de loin les capacités de production de l’agriculture des pays industrialisés de l’hémisphère Nord. L’Europe serait tenue de mobiliser 70 % de ses terres arables pour tenir son pari ; la totalité des récoltes de maïs et de soja des Etats-Unis devrait être transformée en éthanol et en biodiesel. Une telle conversion mettrait sens dessus dessous le système alimentaire des nations du Nord. Aussi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) s’intéressent-ils à l’hémisphère Sud pour couvrir leurs besoins.
[...]
A l’échelle de la planète, les personnes les plus pauvres dépensent déjà 50 à 80 % de leur revenu familial pour leur alimentation. Elles souffrent quand les prix élevés des cultures pour carburants font monter le prix des aliments. L’International Food Policy Research Institute (Ifpri, Institut international de recherche sur les politiques de l’alimentation) de Washington a estimé que
le prix des aliments de base s’accroîtra de 20 % à 33 % en 2010 et de 26 % à 135 % en 2020. Or, chaque fois que le coût de la nourriture augmente de 1 %, 16 millions de personnes tombent dans l’insécurité alimentaire. Si la tendance actuelle continue, 1,2 milliard d’habitants pourraient souffrir chroniquement de la faim en 2025. Dans ce cas, l’aide alimentaire internationale ne sera probablement pas d’un grand secours, nos surplus agricoles allant... dans nos réservoirs d’essence.
[...]
Toute technologie dont le potentiel permet d’éviter les pires impacts du changement climatique doit être commercialisée à grande échelle dans les cinq à huit ans qui viennent. Perspective très peu probable dans le cas de l’éthanol issu de la cellulose, produit qui, jusqu’à présent, n’a démontré aucune réduction d’émission de carbone. L’industrie des agrocarburants est en train de parier sur des miracles.

L’Agence internationale de l’énergie estime que, dans les vingt-trois ans à venir,
le monde pourrait fabriquer jusqu’à 147 millions de tonnes d’agrocarburants. Un tel volume produira beaucoup de carbone, d’oxyde nitreux, d’érosion, et plus de 2 milliards de tonnes d’eaux usées. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il ne compensera que l’accroissement annuel de la demande mondiale de pétrole, actuellement évaluée à 136 millions de tonnes par an. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Pour les grandes sociétés céréalières, certainement. Qu’elles s’appellent ADM, Cargill ou Bunge, elles sont les piliers de l’agroalimentaire. elles sont entourées d’une cohorte tout aussi puissante de transformateurs de matières premières et de distributeurs, eux-mêmes associés à des chaînes de supermarchés d’un côté et, de l’autre, aux sociétés de l’agrochimie, des semences et du machinisme agricole. Sur 5 dollars consommés pour la nourriture, 4 dollars correspondent à l’activité de l’ensemble de ces sociétés. Or, depuis un certain temps, la partie production a souffert d’une « involution » :
des quantités croissantes d’investissements (intrants chimiques, ingénierie génétique et machinisme) n’ayant pas augmenté les taux de productivité de l’agriculture, le complexe agroalimentaire doit dépenser plus pour récolter moins.

Les agrocarburants sont la réponse parfaite à cette involution. Subventionnés et en phase de croissance alors que le pétrole recule, ils facilitent la concentration entre les mains des acteurs les plus puissants des industries de l’alimentation et de l’énergie. »
Eric Holtz-Giménez, Monde diplomatique - juin 2007 (lire l'article).

Réacteur à fusion nucléaire
Une centrale nucléaire fonctionne comme les autres centrales thermique dans le principe : faire chauffer de l'eau et envoyer la vapeur faire tourner des turbines. L'effet dynamo fait le reste. Dans les centrales nucléaires on utilise pas du bois, du charbon, du gaz naturel ou du pétrole pour produire de la chaleur, on prend carrément de l'uranium (la France se fournie surtout au Niger où la situation est déplorable dans les villages tout proche des usines d'extraction). Avec l'uranium on déclenche une réaction en chaîne contrôlée de la fission des noyaux et sa fournit énormément de chaleur pour très peu d'uranium utilisé.
Une réaction en chaîne non contrôlée c'est justement le principe d'une bombe nucléaire : on utilise l'énergie de l'atome produite, soit par la fission d'atomes lourds (uranium-plutonium dans le cas des bombes A), soit par la fusion d'atomes légers (hydrogène dans le cas des bombes H). P'tite précision aussi : pour amorcer une bombe H il faut la puissance d'une bombe A.
Ce qu'il y a de nouveau avec le prototype EPR c'est qu'il va utiliser de l'uranium enrichi à 5% et du combustible nucléaire MOX (avec l'objectif d'un cœur 100% MOX, alors que les réacteurs de ce type sont chargés avec environ 33% de MOX en 2006). Sa devrait être plus rentable et soit-disant plus sûr. Mais l'objectif finale des centrales nucléaires est la maîtrise du processus de fusion, celle-là même qui fait luire le Soleil et exploser les bombes nucléaires (sa donne envie hein ?). La fusion fournit bien plus d'énergie que la fission mais c'est surtout très dangereux et bien plus cher.
À quand la première centrale à fusion nucléaire ? Officiellement, les premiers réacteurs industriels seront construits aux alentours de 2050 mais ne nombreux scientifiques repoussent l’échéance à la fin du XXI° siècle voire jamais... (source : nucleaire-info.com)

Hubert Reeves, astrophysicien et directeur de recherche au CNRS, entreprend, dans son livre Mal de Terre, d'établir différentes hyptohèses sur le bouquet énergétique en 2050, alors que la consommation d'énergie aura théoriquement doublée si la croissance se poursuit au rythme actuel. En voici un extrait :
« Hypothèse 2. Le nucléaire s'est imposé partout et fournit la moitié de la demande. Les réacteurs conventionnels s'arrêteront faut de combustible (réserves actuelles d'uranium-235 : 300 TW-an [TeraWatt/an ; 1TW-an = énergie produite par 1 000 réacteur de 1 gigawatt pendant 1 an] ; l'uranium océanique ne compte pratiquement pas).
On aura mis au point des surgénérateurs ou d'autres réacteurs innovants utilisant comme combustibles l'uranium-238 et le thorium-232 (réserve actuelles totales : 80 000 TW-an, soit quatre mille ans d'utilisation).
La Terre sera recouverte alors de l'équivalent de dix mille réacteurs d'un gigawatt (probablement de type surgénérateur analogue à Creys-Malville, mais dont le prototype est encore à l'état expérimental). Ils devront être sécurisés (« fuite en avant ») et acceptés par les citoyens (longue fuite en avant). On les aura construits et rendus opérationnels à un rythme supérieur à cent par an ! Il faudra les démenteler après moins d'un siècle. Ne parlons pas du terrorisme, des déchets nucléaires et des transports ferroviaires, pas plus que du réchauffement des eaux fluviales.
Quatre mille ans, peu de choses à l'échelle de l'espèce humain, c'est la période écoulée depuis l'Empire égyptien. Dans un laps de temps équivalent dans le futur, la fission se terminera faute de combustible et en ayant laissé derrière elle à nos descendants des centaines de milliers de réacteurs à démanteler. Ici l'expression « après moi le déluge » prend tout son sens.

Hypothèse 3A. On a rentabilisé la fusion contrôlée (fuite en avant) avec le mélange deutérium-tritium, dont la durée est limitée par les réserves de lithium-6, un élément presque aussi rare que l'uranium.

Hypothèse 3B. On a rentabilisé la fusion contrôlée avec le deutérium (fuite très en avant). La solution est valable pour des milliards d'années...
Dans les deux cas de figure on aura toujours environ dix mille réacteurs d'un gigawatt à remplacer après une durée bien inférieur à un siècle. »

Hubert Reeves avec Frédéric Lenoir, Mal de Terre, seuil, collection Science Ouverte, 2003.

Moteur à hydrogène
Avant tout il faut dire que ce n'est pas une source d'énergie mais un vecteur, elle n'augmente pas nos possibilités en énergie, elle permet de les distribuer autrement : la combinaison de l'hydrogène en eau ne fait que rendre l'énergie qu'on a dépensée pour, au départ, séparer l'eau en hydrogène. Ainsi L'hydrogène nécessite d'être d'abord produit, et pour en produire on utilise... de l'énergie fossile (gaz naturel). Effectivement l'hydrogène doit être comprimé fortement pour le stocker dans des conditions acceptable. Cette compression consomme la moitié de l'énergie que contient l'hydrogène et nécessite du gaz naturel et de l'électricité qui justement manque. De plus, le stockage de l'hydrogène utilise des matériaux lourd et couteux.
Encore une fois on veut nous faire accepter l'idée que nous avons sous la main une alternative pratique. Or les moteurs à hydrogène génèrent sûrement autant de problème qu'ils ne semblent en résolver.

Centrale au charbon "propre"
Les centrales au charbon dites "propres" (ne rejetant pas ou peu de CO2 grâce au procédé de séquestration du gaz en sous-sol, ce qui n'est pas forcément une bonne idée) n'existent qu'au stade expérimentale et coûtent encore très chère. D'après les spécialistes la première centrale commerciale de ce type ne sera pas opérationnelle avant 2015 ou 2025.

Les solutions : la décroissance, l'investissement dans les énergies renouvelables et la relocalisation

Ces solutions que sont la décroissance et les EnR (Energies Renouvelables) ne sont pas du tout des solutions "parmi tant d'autres". Nous n'avons pas d'autres solutions crédibles. Les EnR ne pourront jamais remplacer totalement les énergies fossiles, ces dernières se caractérisant par une rentabilité exceptionnelle. Les éoliennes et les panneaux solaires ne rivaliseront pas avec elles avant sûrement 60 ans, enfin s'il existe encore une industrie de pointe dans 60 ans.

Quand à la décroissance et la relocalisation de la production d'énergie et de l'économie, elle arriveront inévitablement faute de ressources. La question est maintenant de savoir si cela se fera par la contrainte en s'y prenant trop tard, comme bien souvent, ou par la préparation volontaire et organiser de citoyens conscients et responsables... (on a le droit de rêver non ?)

Etat des lieux des énergies renouvelables (ou EnR)

Ce terme de "renouvelable" ne doit pas être obligatoirement être associé à celui de "écologique". Les grosses centrales hydroélectriques utilisent la force de l'eau, une ressource renouvelable, pour faire tourner des turbines et, par effet dynamo, produire de l'électricité. Or les barrages sont des infrastructures qui balafrent le paysage, inondent des zones immenses, empêchent les poisons et les autres animaux de remonter les cours d'eau, détériorent la qualité de l'eau, augment l'érosion des deltas... bref ils perturbent les écosystèmes et de ce fait n'ont rien d'écologique. On notera justement que l'énergie hydraulique, en majeur partie absolument pas "écolo", c'est toujours 90% de l'électricité produite à partir des EnR (15% du bouquet énergétique mondiale). Outre les barrages, les panneaux solaires eux non plus n'ont pas l'air si vert que ça.

Ensuite il faut comprendre la réalité des EnR. Elles font face à deux gros problèmes techniques : leur faible densité énergétique (elles sont très consommatrices d'espace), et leur intermittence (la nuit, le solaire ne fonctionne plus ; sans vent, l'éolienne s'arrête ; les arbres ne peuvent être coupés et replantés toute l'année ; les barrages ne se remplissent pas aussi rapidement au printemps qu'en hiver), les agrocarburants vont occuper les terres jusque là consacrer à la production de nourriture, etc.
Illustration ci-dessous avec une représentation de la surface nécessaire si l'on voudrait alimenter en électricité la ville de Paris uniquement à partir de solaire, d'éolienne, de barage ou de biomasse (il est bien évident que l'objectif n'est pas de choisir une seule de ces sources d'énergie mais bien de prendre des exemples pour une comparaison purement statistique). Par exemple, par rapport aux 0,2km² d'une centrale nucléaire, on comprend que recouvrir 91km² de panneaux solaires (soit une surface encore plus importante que la ville elle-même!), des panneaux qu'il faudrait en plus $changer tout les 8 ans, sans parler du problème des batteries et de l'absence de Soleil la nuit, et bien sa ne nous semblent pas très intéressant.
En ce qui concerne l'intermittence elle serait très difficile à gérer car un réseau ne peut supporter que 30%, 50% grand maximum, de puissance installée d'origine intermittente.

Les deux principaux points faibles des énergies renouvelables
Les deux principaux points faibles des énergies renouvelables

Ici nous voyons bien que penser les énergies renouvelables comme une alternative aussi simpliste que pratique est totalement illusoire. Le modèle de consommation énergétique que nous nous efforçons de maintenir debout est bien trop gourmant et fragile. Ainsi nous nous retrouvons incapable de nous passer des ressources minérales et gazières. Pourquoi ? Car nous avons la fâcheuse habitude d'attendre qu'une crise survienne, et s'aggrave, pour enfin se décider à réagir, à prendre des mesures. Ce conservatisme nous perdra c'est certain.

Mais plutôt que de me lancer dans des prévisions hasardeuses, je trouvais intéressant de revenir sur le dossier des EnR de Science & Vie (revue peu objective à la vulgarisation parfois très discutable) où l'on trouve les deux scénarios retenu par le magazine. Deux cas extrêmes sont choisis parmi les prévisionnistes : « le scénario "vertueux" de l'AIE (Agence Internationale de l'Energie), réputée conservatrice, et le scénario dit "[r]évolution" de la radicale et antinucléaire Greenpeace. » La différence de scénario quand à la quantité d'énergies produit par les EnR n'est pas conséquente : 100 000 pétajoules (PJ), soit 10^15 joules par an dans le premier, et 122 000PJ dans le second. La différence est donc négligeable. Par contre en ce qui concerne les économies d'énergies « les prospectives de l'AIE et de Greenpeace divergent beaucoup plus nettement : le premier scénario prévoit 70 000PJ d'économies, quand le seconde mise sur 310 000PJ. L'essentiel du débat porte donc bien sur nos capacités à économiser l'énergie. Même dans le scénario le plus optimiste, les fossiles continueront à fournir plus des deux tiers de notre production énergétique en 2030. ».

Le bouquet énergétique

Dans leur scénario les experts de Greenpeace envisagent que l'intégralité de la hausse de la consommation énergétique sera absorbée par une baisse drastique de la consommation ! Sa serait bien la première fois dans l'histoire de la civilisation industrielle que la consommation mondiale d'énergie n'augmente pas pendant 30 ans !
Bon admettons, mais d'ici à ce qu'on y parvienne il restera toujours la question de la disponibilité des énergies fossiles qui, comme nous l'avons vu précédemment, est devenu urgente en ce qui concerne le pétrole (le maximum de production à déjà été atteint), pressante pour le gaz naturel (pic de production déjà atteint pour l'Amérique du Nord et l'Europe) et incertaine pour le charbon (pic de production prévue pour 2030-2050).

"Le compte n'y sera pas"

« chaque année, d'aujourd'hui jusqu'à 2030, l'équivalent de 550 Mtep (MégaTonne Equivalent Pétrole) d'installations nouvelles seront construites, que ce soit pour remplacer des équipements en fin de vie, ou pour accroître l'offre. Il suffirait, pour respecter la contrainte climatique, qu'environ 75% de ces installations, soit à peu près 400 Mtep annuelles, utilisent des énergies renouvelables. Mais voilà : en pratique, ce chiffre apparaît totalement hors de portée. (...)
Au final, Global Change [un groupe d'expert français à la solide réputation, indépendant des divers lobbies] estime que l'éolien pourrait fournir environ 20 Mtep, le solaire thermique 10 Mtep, et le photovoltaïque entre 2 et 19 Mtep selon l'évolution technologique. Soit un total général, pour toutes ces énergies (en ajoutant 95 Mtep de biomasse, les 15 Mtep d'hydro et 2 Mtep de géothermie), d'environ 150 Mtep par an... là où il en fallait 400 !
Déception ? Sans doute. Mais au fond, il n'y a rien d'étonnant : outre leurs handicaps naturels, les EnR sont parties trop tard et de trop loin pour fournir plus du tiers de la solution au problème climatique d'ici à 2030. »

Yves Sciama et Nicolas Chevassus, Science et Vie n° 1086 - Mars 2008.

Alors bien sûr d'ici 2030 la technologie aura encore évoluée, les prix baisseront, etc. bien que l'on nous disait déjà la même chose il y a une ou deux décennies... Mais ce progrès technologiques ne rendra les EnR plus rentable que dans 20 à 60 ans, (et encore pas toutes) et cela reste une période bien trop longue pour que l'on puisse régler à temps ces problèmes d'approvisionnement en énergie qui se pose depuis bien des années déjà :

« Ce qui en tout cas fait consensus, c'est qu'aucun miracle énergétique ne parviendra à faire surgir 60% de Mtep supplémentaire en une génération sans dégoupiller la grenade climatique. Même en obtenant le maximum possible des énergies renouvelables - ce qui est une nécessité - un demande qui croît de 1,8% par an rend l'équation énergétique... tout simplement insoluble. »
Science et Vie - Mars 2008.

Voilà un tableau dans lequel nous avons essayer de rassembler toutes les principales sources d'énergies primaires pour comparer leur capacité, les possibilités d'exploitation à l'horizon 2030 et leurs impacts sur l'environnement. Il s'agit d'une sorte de récapitulatif de ce dossier. Cependant on ne pourra pas mettre tous les détails dans les cases d'un tableau et je conseil aux lecteurs de jeter un oeil sur les pages précédentes et les liens proposés, notamment sur le forum de notre site.

Tableau des sources d'énergie et de leur utilisation à l'échelle industrielle
Tableau des sources d'énergie et de leur utilisation à l'échelle industrielle
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Conclusion.

Face aux faits, le titre de notre article "L'impasse énergétique" prend tout son sens. Car nous ne parlons pas d'une impasse dont l'individu ne pourra jamais sortir, mais bien de l'impasse dans laquelle se trouve bloquée la civilisation industrielle tout entière.

Ce genre de constat a de quoi laisser septique. Et puis quoi de plus simple pour résoudre un problème qui nous est posé que de le balayer d'un revère de la main et de quelques lieux commun comme "ils trouveront bien quelque chose" ? Or cet espoir tient plus de la croyance religieuse dans le progrès technique que d'une étude rigoureuse des faits. Bien sûr l'on pourrait me retourner ces arguments en affirmant que moi-même je laisse transparaître une croyance en un inéluctable "chaos" (terme qui reste à définir), ce qui j'en conviens serait tout aussi irrationnel. Mais comment parler d'un problème sans précédent dans l'histoire, qui remet en question des siècles de pratiques agricoles, industrielles et sociales sans rencontrer une vive opposition ? Même si les faits montrent clairement que nous nous dirigeons droit dans un mur, il y a très peu de chance pour que cela entraîne une réaction visant à éviter l'obstacle tant que celui-ci n'est pas immédiatement visible. Sauf qu'à la vitesse où nous allons, le mur arrivera si rapidement que la réaction aura lieu de toutes façon trop tard.

Ainsi plutôt que d'attendre une réaction nous préferons aller au devant de cet immobilisme. La prochaine étape pour nous consiste à diminuer nos besoins en énergie, à entrer dans la décroissance. Mais la décroissance n'est pas une fin en soit comme le sont la croissance et le profit pour les capitalistes. Il s'agit de nous orienter vers l'autosuffisance, entre autre énergétique (utilisation des ressources locales), à essayer de retrouver un mode de vie plus respectueux de l'environnement sans chercher à gérer les ressources de notre planète comme on gère une entreprise.
Or autosuffisance ne veut pas dire autarcie, autogestion ne veut pas dire isolement. C'est malheureusement ce que beaucoup s'imaginent par ignorance, par peur ou par un amalgame volontairement simpliste qui coupe court à tout dialogue.

Ce sujet mérite une longue reflexion, c'est pourquoi il fera l'objet d'un dossier prochainement publié dans la partie "Pespectives écolibertaires" du site : En route pour la décroissance et l'autosuffisance énergétique
Toutefois le temps nous manque parfois pour construire des dossiers aussi complet que celui que vous venez de lire. Aussi je vous propose d'aller faire un tour sur notre forum (et bien d'autres!) pour avoir un premier aperçu de ce que signifie l'autogestion : IDEAL ECOLIBERTAIRE & AUTOGESTION

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