« Ils sont inconscient ces économistes : ils annoncent fièrement la progression prodigieuse et
prolongée du produit national brut de la nation. À ce taux, disent-ils, nous doublerons notre
consommation d’énergie à l’échelle mondiale en moins de 10 ans ! Ils n’ont pas l’air de réaliser
qu’à ce rythme nous consommerons dans cent cinquante ans autant d’énergie que le Soleil et dans
mille ans autant que toutes les galaxies de l’univers ! »
Philip Morrison, professeur de physique à l’université Cornell aux États-Unis.
- Pétrole : 37 %
- Charbon : 27 %
- Gaz naturel : 24 %
- Énergie nucléaire : 6 %
- Autres (dont renouvelable) : 6 %
Source : British Petroleum
- Charbon : 40 %
- Gaz naturel : 20 %
- Energie hydraulique : 16 %
- Energie nucléaire : 15 %
- Pétrole : 7 %
- Autres (dont renouvelable) : 2 %
Source : EDF ; Institut Mondial du Charbon (World Coal Institute)
Sur le graphique ci-dessous on dispose d'un bon aperçu de l'histoire de la production mondiale en énergies fossiles depuis 1850, date à laquelle toute l'Europe connaît une révolution industrielle. On retrouve aussi la forte croissance du taux de CO2 dans l'atmosphère qui résulte de cette course à l'énergie et engendre un emballement climatique global. Les prévisions concernant l'extraction des ressources fossile sont quelques peu optimistes, surtout pour le pétrole.


Nous allons tout d'abord parler de la principale ressource énergétique mondiale : le pétrole. Le pétrole prit la place du charbon et devient la première source d'énergie en 1970. Il a la caractéristique d'être d'une rentabilité exceptionnelle car très facile à extraire, à transformer, à transporter, et compte de très nombreux dérivés (essence, gazole, kérosène, plastiques, parfum, etc.). Il est (ou plutôt était) très bon marché tant que l'offre peut subvenir à la demande, c'est-à-dire tant que les réserves sont conséquentes et surtout facilement exploitable pour que cela soit rentable.




> L'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole fut crée en 1960 à l'initiative du Venezuela, son siège est à Vienne. Les membres fondateurs sont le Venezuela, l'Arabie Saoudite, l'Irak, l'Iran et le Koweit. Ces pays gèrent une partie du jeux de l'offre et de la demande et font en sorte de s'aligner sur une limite de production prédéfinie afin de toujours garder de bonnes marges bénéficiaires.
> Les principales réserves de pétrole se trouvent au Moyen-Orient. Les données sont approximatives et dépendent des techniques d'exploration, mais globalement elles ne devraient pas beaucoup changer. Toutefois il faut savoir qu'une grande partie du territoire irakien reste largement inexploré.


> La quantité de pétrole disponible chaque année pour chaque habitant de la planète a nettement diminuée depuis la fin des années 70. La demande qui ne cesse de grandir a jusqu'ici pu être compensée par une augmentation de la production, or depuis 2005-2006 la production mondiale connaît un déclin de 0,6 %/an et cette situation devrait empirer dans les années venir. Pour beaucoup d'observateurs le point de rupture entre l'offre et la demande a été franchi ou le sera très prochainement dans les mois à venir.

Les routes du pétrole.
La prospection pétrolière, les enjeux stratégiques, et l'émergence de nouveaux gros consommateurs (Chine et Inde)
ont poussé les pays à diversifier leurs fournisseurs et leurs clients. En pointillé on retrouve les projets d'approvisionnements.
Le pétrole fait de plus en plus parler de lui depuis que son prix s'est envolé ces dernières années
(+200 % entre 2001 et 2006). Il est passé d'environ 20$ dans les années 1990 à 100$ fin 2007 !
Comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent les causes de cette brutale augmentation sont multiples
mais il en est une qui tient certainement la première place, alors même qu'elle brille par son absence
presque totale dans les médias : la production pétrolière stagne et commence à décliner !
Ainsi le pétrole commencerait tout juste à manquer, et contrairement aux crises pétrolières précédentes, cette fois
ci la diminution de la production n'est pas volontaire, c'est un phénomène purement géologique : les gisements
s'épuisent. Mais cette notion de manque est incompatible avec la recherche d'une croissance infinie, alors on
préfère écarter et étouffer le problème en espérant qu'il se résolve de lui-même...
« Les compagnies ont intégré que le pétrole était plus difficile à trouver, et que
les coûts allaient augmenter pour le sortir de terre. Mais beaucoup de gens préfèrent simplement ne pas
regarder la réalité et disent : notre travail est de trouver du pétrole et nous le faisons de mieux en mieux ;
nous en laisserons de moins en moins dans le sous-sol. Et beaucoup de gens baissent la tête, si bas qu'ils ont
presque la tête dans le sable. »
Lord Ron Oxburgh, ancien président de Shell en Grande-Bretagne.
Déclaration lors de la VIe conférence de l'Association pour l'étude du pic pétrolier (ASPO), à Cork (Irlande),
les 18 et 19 septembre 2007.
Du côté de l'industrie énergétique on commence à en prendre conscience même si quelques illuminés
continuent à nier l'évidence, tel Christian Balmes le président de Shell France :
« Il faut bien cerner les contre-vérités. Le Peak Oil n'existe pas. Personne ne verra
la fin du pétrole. » (14 février 2007)
Ce processus de déclins était tout à fait prévisible. L'extraction de pétrole, comme de tout autre
ressource, finit forcément par atteindre à un moment ou à un autre un maximum, un pic de production pour
ensuite retombée plus ou moins vite selon les circonstances (consommation, moyens techniques,
climat, etc.). Sur un graphique la courbe moyenne de production prend bien souvent la forme d'une cloche, on
l'appelle la courbe de Hubbert.
Elle tient son nom du géophysicien américain Marion King Hubbert qui déduisit par le calcul que la
production de pétrole aux États-Unis passerait par un maximum en 1970. À l'époque peu de personne le
prirent au sérieux jusqu'à ce qu'en 1971 on constata que ces prévisions étaient exactes et que la production
ne pourrait effectivement jamais se redresser (la production américain est depuis retombée à son niveau de 1950).
Nous avons un exemple ci-dessous avec un graphique de 2002 (source inconnu) où de multiples courbes s'additionnent pour
former une cloche de la production globale (amorce du déclin). Ces chiffres se rapportent à la production
pétrolière de pays, hors OPEP et Russie, ayant déjà atteint leur pic de production (les dates de ces « pic »
sont près des noms des pays).

Les pics pétroliers déjà passés :
- Pic pétrolier des pays de l'OCDE : 1997
- Pic pétrolier mondial, hors OPEP et Russie : 2002
- Pic pétrolier des principaux producteurs de pétrole (dans l'ordre décroissant des réserves) :
Autres (classés par date) :
Sur ces 32 pays, seul 8 devraient pouvoir encore accroître leur production de pétrole, dont 4 sont
membres de l'OPEP. Pouvons-nous compter sur 8 pays, pour beaucoup à proximité d'une région instable,
pour porter la croissance mondiale indéfiniment en attendant mieux ?
Le tableau suivant illustre bien le rapport entre production et consommation avec dans le haut du
classement les derniers pays encore capable de mettre du pétrole sur le marché une fois leurs besoins
comblés.

Voyons maintenant l'état de la production pétrolière au cours de ces dernières années au niveau mondial et pour les pays de l'OPEP en particulier.


« Quand on connait l'augmentation des prix du pétrole depuis deux ans, il est
difficile de croire que cela soit volontaire. Cependant, la clé de la réponse est l'Arabie Saoudite. Seul ce
pays prétend posséder une capacité de production supplémentaire. Les autres pays de l'OPEP prétendent à
eux tous seulement 0,5 mb/j de capacité supplémentaire de production en mai 2007 selon l'EIA. L'Arabie
Saoudite prétend avoir entre 1,9 et 2,4 mb/j de capacité supplémentaire de production. Or, il semble bien
que la baisse de production de 1 mb/j de l'Arabie Saoudite depuis mi-2006 ne soit pas volontaire. Par
conséquent, il est très probable que cette soi-disante capacité supplémentaire de production n'existe pas.
Donc, Il est de plus en plus probable que les pics de production de mai 2005 et juillet 2006 ne soient plus
jamais dépassé. Les 6 à 12 prochains mois seront cruciaux pour confirmer cet état de fait. »
Emmanuel Broto, TerreDeBrut.org (17/06/07)
Nous avons vu que la production de pétrole a amorcée son déclin depuis plusieurs années. Et vraisemblablement, à moins d'un miracle, cette situation ne pourrait pas se redresser :
« Pour satisfaire les estimations de production faites par l'Agence Internationale de
l'Energie à l'horizon 2030, il faudrait trouver 4 à 5 nouvelles Arabie Saoudite. »
James Schlesinger, ex-secrétaire d'Etat à l'Energie du gouvernement Carter (1977-1979), Président de Mitre Corporation.
Conférence ASPO - 2007
Les optimistes du pétrole pas cher et miraculeux placent leurs espérances dans les réserves pétrolières en eaux profondes. Tout l'Arctique regorgerait de gisements que le réchauffement climatique rendrait accessible, d'où l'intérêt, certes humainement immoral mais économiquement intéressant, pour les compagnies pétrolières surtout, de continuer à polluer et à envoyer un maximum de gaz à effet de serre pour accroître le réchauffement. Les experts estiment que 25 % des réserves mondiales de pétrole et de gaz s'y trouve mais ne sont pas encore exploitable...
À ce propos : les soit-disant « énormes » réserves de pétroles trouvées en Alaska dans des parcs naturels, et que l'administration Bush souhaiterait léguer à l'industrie pétrolière au prix d'un nouveau massacre environnementale et humain. Ces réserves ne sont pas "énorme", surtout si on les compare avec l'inextinguible soif en énergie des américains. Ainsi la consommation actuelle des USA s'élève à 19 millions de barils/jour. La quantité de pétrole exploitable en Alaska est estimée entre 2 et 12 milliards de barils selon les estimations. Soit, dans le meilleur des cas, et en admettant que toutes les infrastructures soient mis en place à temps (ce qui n'est pas facile vu les conditions météo), à peine plus de deux ans de répit...
« Nous sommes tous piquistes* maintenant. Conceptuellement, la bataille est terminée,
les piquistes ont gagné. Vous pouvez crier victoire. Vous avez mis tout le monde d'accord. »
James Schlesinger
* piquiste : personne pensant que la production pétrolière a atteint ou atteindra très bientôt son maximum.
Qu'il reste du pétrole en grande quantité est une certitude, mais la rentabilité de ce type d'exploitation est beaucoup plus discutable. Bref, quoi qu'il en soit ce ne sont pas ces découvertes qui changeront la donne, le prix du baril ne fléchira pas car pour exploiter les gisements du Grand Nord des moyens considérables doivent être mis en oeuvre. Il arrivera un moment où sa ne sera plus rentable :
« Pour extraire du pétrole, du charbon ou des sables bitumineux, on a besoin
d'énergie (pompes, engins, etc), et donc de pétrole. En d'autres termes, il arrive un moment où
l'extraction n'est plus rentable, et ceci quel que soit le prix du marché. S'il faut brûler un baril pour en
récupérer un, on ne le fera pas, même à 10 000 $ le baril. C'est un concept que les économistes de le Terre
plate ont beaucoup de mal à comprendre... De nombreuses réserves d'hydrocarbures fossiles sont donc
"hors de portée" et ne seront jamais utilisées sauf, peut être, comme source de matières premières. »
[oleocene.org]
Les compagnies pétrolières annoncent le pic pour 2015, ce qui change des discours rassurant de ces dernières
décennies quand on disait encore qu'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter avant 2040. Pour les analystes de
l'ASPO le pic se produira plutôt entre 2010 et 2012 à cause des problèmes d'augmentation des coûts de production,
qui ont doublé ces quatre dernières années, du manque de plates-formes pétrolières, du manque de main-d'oeuvre,
mais aussi à cause des taux de déclin, très importants sur certains gisements, pouvant atteindre 18 % par an.
Mais pour de plus en plus d'observateurs, la certitude selon laquelle nous aurions déjà passé le pic pétrolier en
2005-2006 est en train de se renforcer considérablement. Nous sommes pour l'instant sur un "plateau déclinant"
de production comme l'illustre les courbes plus haut. Ce plateau devrait commencer à plonger notablement d'ici
2008-2010, avec un déclin de plus en plus important dès la décennie 2010.
Principales réserves pétrolières prouvées :
- Moyen Orient : 62 % (principalement l'Arabie Saoudite, l'Irak, le Koweit, les E.A.U., et l'Iran).
- Russie : ~ 9 %
- Venezuela : ~ 6 %

Le pétrole commence à manquer. Soit. La première alternative réaliste, car ne nécessitant pas
d'adaptation particulière des infrastructures (moteurs, engins...), serait à première vue le gaz naturel.
Dans l'immédiat le gaz pourrait remplacer le pétrole dans tout ces domaines d'applications, à l'exception du
transport aérien, mais il faut savoir que les réserves de gaz sont elles aussi très limitées, et ce produit est
difficilement transportable par mer (le transport par méthaniers est dangereux et coûte très cher).
De ce fait, la géostratégie du gaz
est avant tout continentale et non internationale comme le pétrole. Pour comprendre les tensions
géopolitique autour de cette ressource, comme récemment avec la Russie, c'est la date du pic
gazier par continent qu'il est important de déterminer.
Principales réserves gazières prouvées :
- Ex-URSS : 36 % (principalement Russie et Turkménistan)
- Moyen-Orient : 36 % (essentiellement Iran et Qatar)
Les pics gaziers déjà passés :
- Amérique du Nord : 2001
- Europe Occidentale : 2004

Depuis toujours l'Europe Occidentale avait besoin du géant Russe pour assurer un approvisionnement correct en plus de sa propre production. Depuis 2004 la production gazière européenne est en baisse ce qui n'a fait qu'accroître la demande en Russie. Or ce pays subit déjà une pression de plus en plus importante de la part de ces voisins d'Asie du Sud-Est (Inde, Chine, Japon, Corée du Sud), il est certain que ce conflit entre clients et fournisseurs va engendrer un emballement diplomatique à moyen terme.
En Amérique du Nord la situation est elle aussi de plus en plus critique. Le Canada dispose de réserves de gaz naturel moindre que son gourmand voisin du Sud, pourtant les États-Unis réclament toujours davantage de gaz canadien pour assouvir la demande. Mais le Canada a besoin de son gaz pour chauffer ces habitants mais aussi et surtout pour extraire ces précieux sable bitumineux. Le processus de récupération de ces hydrocarbures enfermés dans des couches de sables s'appelle retorting : il consiste en un chauffage du minerai pour en récupérer les hydrocarbures ; cette opération nécessite du gaz naturel et de l'eau ; d'autres sources d'énergie que le gaz naturel sont à l'étude, dont l'électricité d'origine nucléaire.
L'extraction des sables bitumineux est donc extrêmement gourmande en énergie. Il faut brûler
l'équivalent de deux barils pour en produire trois ! Pour le moment c'est le gaz canadien qui est utilisé pour
chauffer le minerai (vendu en bonne partie aux USA, premier client du Canada).
Seulement par rapport à la production de gaz naturel de 2003 il ne resterait au Canada qu'à peine 10 années
de réserves ! (source : bulletin 2003 de la Canadian Gas Association) Du coup ils sont en train de
réviser leur contrats avec leurs gourmands voisins du sud tout en prévoyant de construire des centrales
nucléaires pour prendre le relais du gaz qui sera réservé à un usage surtout domestique. Cela n'est pas pour
améliorer ni les relations diplomatiques ni l'avenir de l'environnement naturel.
Pays dépendant du gaz naturel pour la production d'électricité :
- de 100 à 90 % : Qatar et Bahreïn (à 100 % !), Turkménistan, Trinité-et-Tobago, Algérie, Moldavie, Bélarus et E.A.U.
- de 90 à 70 % : Tunisie, Bangladesh, Oman, Malaisie, Iran, Ouzbékistan, Thaïlande.
- de 70 à 50 % : Égypte, Azerbaïdjan, Côte d'Ivoire, Myanmar, Luxembourg, Nigeria.
(source : Banque Mondiale)
Le charbon marqua le début de l'ère industrielle. Depuis l'avènement du pétrole et les fermetures d'usines à tour de bras, beaucoup l'ont oublié en pensant que jamais plus nous n'en entendrions parler dans nos pays dit « développés ». Seulement le charbon est resté une énergie de premier plan au niveau mondial, surtout en ce qui concerne la production d'électricité.
Pays dépendant du charbon pour la production d'électricité :
- à plus de 90 % : Pologne, Afrique du Sud, Estonie.
- de 90 à 70 % : Inde, Australie, Chine, Israël, Maroc, République Tchèque, Kazakhstan.
- de 70 à 50 % : Zimbabwe, Grèce, Serbie, Allemagne, Etats-Unis, Bosnie-Herzégovine.
(source : Banque Mondiale)
Beaucoup restent obnubilés par le pétrole, celui-ci monopolise nombre d'analyses et de prospectives géostratégiques. C'est oublié que le charbon occupe et occupera à l'avenir une place de premier plan comme ce fut le cas lors de la révolution industrielle. Ce minerais de base reste disponible en grande quantité et est bien mieux répartis à la surface du globe que le pétrole et le gaz, qui sont d'ailleurs tout deux sur le chemin du déclin (côté production ou approvisionnement) à plus ou moins court terme.
D'un point de vue écologique totalement désastreux, mais d'un point de vue technologique parfaitement capable de remplacer le pétrole pour les transports, le charbon peut être une alternative (sic!). On peut tout d'abord rappeler que le charbon fournissait une part importante du carburant de l'armée nazi qui, alors sous embargo, et faute de ressources pétrolières, fut forcée de répandre l'usage d'essence synthétique pour alimenter ces machines de guerre. C'était certes plus cher mais sa fonctionnait parfaitement.
Les liens entre le charbon et pétrole ont marqué les guerres et l'évolution des marchés financiers. Les compagnies pétrolières d'aujourd'hui se sont en partie forgées sur ce minerais. De même la dictature nazi et les groupes industriels étrangers qui travaillaient activement avec elle, exploitèrent les détenus des camps de concentrations pour extraire le charbon des mines allemandes, et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, aujourd'hui encore l'extraction de l'énergie génère la misère et la guerre partout dans le monde.
« C'est dans les années 2000 et l'augmentation du prix du pétrole que le procédé retrouve
un intérêt économique. Ainsi le département de la Défense a préconisé en septembre 2005 le développement d'une
industrie pétrolière basée sur l'exploitation des ressources énergétiques des États-Unis en charbon en vue de
produire du carburant par le procédé Fischer-Tropsch et ainsi de ne pas être dépendant de ressources naturelles
extérieures pour ses propres besoins.
Depuis 2006, un B52 de l'US Air Force réalise des essais avec avec du carburant Fischer-Tropsch, en mélange à 50 %
ou pur. Pour l'instant, c'est un succès qui va permettre à l'armée américaine de retrouver une indépendance
stratégique pour son carburant militaire.
Le principe général de la réaction Fischer-Tropsch s'est beaucoup enrichi depuis l'origine, et a donné naissance
à des procédés et appellations plus génériques, telles que CTL (Coal to Liquids), GTL (Gas to Liquids), BTL
(Biomass to Liquids), parfois décrits génériquement par "XTL".
Les difficultés croissantes d'approvisionnement en pétrole, ainsi que la tendance à la hausse du prix de cette
matière première, laissent envisager un renouveau d'intérêt pour cette application dans les pays où le charbon
est abondant. Elle présente le désavantage d'un bilan CO2 très lourd qui pourrait cependant être limité en mettant
en place des solutions de captage et de stockage de ce CO2. Le rendement énergétique global de cette technologie
demeure également un point faible. »
Wikipédia
Concernant le charbon il semblerait que nous soyons encore loin du pic de production tant les réserves
sont importantes. Actuellement les réserves de charbon sont estimées, à niveau énergétique équivalent au
pétrole soit 10 000 kcal/kg, à 375 milliards de tonnes selon l'Agence Internationale de l'Énergie (les
ressources totales étant de 10 000 milliards de tonnes). Cela correspond environ à 230 années de
consommation de 2005 selon l'ASPO, ou à moins de la moitié si l'on cherchait à remplacer presque
totalement le pétrole par le charbon. Toutefois le charbon que l'on extraira dans 20 ou 30 ans n'aura
rien à voir avec celui qui sortait des mines en 1920. Il sera de bien plus "mauvaise" qualité (beaucoup
moins de carbone) et aura donc un rendement moins important, ce qui ne fera qu'accroître encore la production
afin d'obtenir un rendement continu et donc accélèrera l'épuisement des réserves.
Ainsi, pour les États-Unis (première réserve mondiale de charbon) si la production de charbon dans son ensemble est encore à de longues décennies du pic de production, la production d'anthracite, le charbon de plus haute qualité qui fut exploité en priorité et qui ne représente qu'une toute petite partie des réserves, donne une courbe de Hubbert assez précise, avec un pic de production remontant à 1920.
Le charbon peut être une alternative mais il faut avoir en tête deux choses :
- pour produire 1 tonnes d'hydrocarbures il faut tout de même 4 tonnes de charbon !
- il y a un délai incompressible de 6 à 7 ans pour mettre en place ce genre de filière : le temps de
construire les mines de charbon, les usines de liquéfaction, les moyen de transport...
De ce fait l'idée que le charbon est une ressource "beaucoup plus abondante" que le pétrole, et aussi
facilement exploitable, prend pas mal de plomb dans l'aile. Il y en a plus, certes, mais il en faut aussi
beaucoup plus pour un même résultat.
Faut-il craindre une soudaine reprise de la production du charbon à court terme ?
« Jusqu'ici, c'est la croissance économique qui a été le moteur de la production
d'énergie, et non l'inverse. Par effet de cliquet, on peut très bien imaginer que la décroissance des
ressources énergétiques provoque une récession durable, et qu'il n'y aura aucune "ruée" sur le CTL. Le
CTL a été développé en dernier recours par des économies soumises à un véritable blocus : l'Allemagne
nazie et l'Afrique du Sud.
Le pétrole ne disparaitra pas au niveau mondial d'un seul coup : il va juste devenir graduellement plus rare
et cher. Ce ne sera peut être tout simplement pas assez brutal pour qu'on développe massivement un
produit de substitution.
Autre problème : les investissements en CTL coutent cher et il faut avoir l'assurance que le baril de brut
restera élevé. Or rien n'est moins sur, une récession pourrait faire diminuer fortement la demande et un
baril qui redescendrait momentanément a 30 ou 40 $ n'a rien d'impossible. Ce serait trop temporaire pour
relancer la croissance de manière durable (qui buterait impitoyablement sur les limites de production), mais
suffisant pour couler tous les investissements dans des énergies de substitution... »
Tiré du forum de Oléocène.org (lien)
Ensuite, les catastrophes écologiques qu'engendrerait cette possible ruée vers le charbon sont énormes. Les centrales au charbon dites "propres" (ne rejetant pas ou peu de CO2 grâce au procédé de séquestration du gaz) n'existent qu'au stade expérimentale et coûtent encore très chère (la première centrale commerciale de ce type sera opérationnelle vers 2015), alors même que le procédé de liquéfaction du charbon (CTL) est lui aussi déjà coûteux (équivalant à un baril à 60$).
Si les pays riches parviennent à contenir leur demande en pétrole (alors qu'ils hurlent tous à plus de croissance), si les dirigeants de ces pays prennent tout de même conscience de la raréfaction du pétrole et si leur volonté politique est réelle, alors il est à craindre que le charbon redevienne une source d'énergie à grande échelle dans les années à venir (chauffage, transport, électricité...).
Des groupes de recherches annoncent un pic de production pour 2025 ou 2030 ce qui surprend beaucoup de monde. Base du raisonnement : les réserves déclarées n'ont jamais été actualisées par les pays asiatiques alors qu'ils tapent dedans à fond depuis une décennie. La Chine devrait donc "piquer" d'ici 5 à 15 ans, enfin si le manque de pétrole ne l'a pas fait plier avant... Il ne s'agit pas de certitude absolue mais ce scénario est possible, surtout avec l'explosion de la demande (+84 % depuis 1980).
« Depuis plusieurs décennies la production de charbon a augmenté en Chine et augmente encore
mais maintenant, nous sommes aussi à cours de charbon. Cette année [2007], la Chine est devenue importatrice de
charbon. Notre production de charbon n'augmente pas assez vite par rapport à la croissance de notre économie. »
Xiongqi Pang, vice-président de l'Université chinoise du pétrole à Pékin.
Principales réserves de charbon prouvées :
- Asie Pacifique : 29 %
- Amérique du Nord : 25 % (USA surtout)
- Europe : 19 %
- Russie : 15 %
Tous les secteurs de l'énergie serait-il en crise ?! On dirait bien que oui, et cela n'a rien de surprenant
quand on observe la succession d'incohérences qui nous ont conduit jusqu'ici : croyance quasi religieuse en
la croissance infinie, non préparation à la fin des énergies fossiles, mauvaises gestion, libéralisation et
dérégulation des marchés de l'énergie, catastrophe écologique et humaine, etc.
Ainsi au problème des énergies fossiles il faut maintenant ajouter les risques grandissants d'un "black out"
électrique au niveau européen et américain depuis que les investissements dans ce secteur ont beaucoup
diminué alors que la consommation ne cessait, elle, d'augmenter.
La gestion des réseaux d’énergie et de production d’électricité devient alors de plus en plus difficile et
instable comme en témoigne la grande coupure à la fin de l'année 2006. Les marges de manœuvres ne
cessent de diminuer. Or plus l'écart entre production et consommation est fragile, plus grand est le risque
d'une coupure généralisée qui durerait dans le temps.

L'extrait du magazine très néo-libéral "Capital" nous dresse le tableau.
"EDF a frôlé trois fois la panne en 2006, faute de capacité"
« Le patron d'EDF tire la sonnette d'alarme : n'ayant pas construit de nouvelles
centrales, les électriciens européens arrivent aux limites de leur capacité. En perspective : 500 milliards
d'euros d'investissement.
Capital : Il y a peu de temps encore, l'Europe était en surcapacité électrique. Aujourd'hui, elle
ne peut plus répondre aux besoins. Que s'est-il passé ?
Pierre Gadonneix : Nous avons longtemps vécu dans une insouciance collective, due au pétrole
bon marché et à l'importance de notre programme nucléaire. Mais nous avons fait des erreurs de prévision.
Entre 1975 et 1990, la France a construit cinq ou six tranches nucléaires par an parce qu'elle anticipait une
trop forte croissance... qui n'est pas venue. Nous nous sommes dont retrouvés avec un parc surdimensionné.
Ensuite pendant douze ans, EDF n'a pas investi dans un seul kilowattheure supplémentaire. C'est vrai pour
nos collègues européens. Facteur aggravant : les centrales thermiques à charbon, les plus polluantes, ont
été fermées. Il y a trois ans, il a fallu se rendre à l'évidence : la consommation d'électricité augmentant de 2
à 3 % par an, le Vieux Continent allait atteindre les limites de ses capacités de production.
Si on veut rattraper le temps perdu, il va falloir investir en Europe 500 milliards
d'euros dans les quinze prochaines années pour construire l'équivalent de trois fois le parc nucléaire
français.
Capital : Les pannes risquent-elles de se multiplier ?
Pierre Gadonneix : L'an dernier, en France, nous avons frôlé trois fois l'incident de production,
notamment quand les barrages étaient au plus bas. Nous avons alors dû acheter du courant à l'étranger. Les
difficultés se posent en période de pointe, l'hiver à cause du chauffage, l'été à cause de la climatisation.
Pour faire face à ces pics, nous avons besoin de centrales thermiques, qui peuvent être mises en route
facilement [Note > comprenez : surtout des centrales au gaz naturel et au charbon]. Contrairement au nucléaire. Donc les deux tiers de nos futurs investissements se feront dans le thermique et, dans une moindre mesure, dans l'éolien. »
[Capital - février 2007]
Allons-nous accuser le patron de EDF d'essayer de nous faire peur ? Et bien en tout cas il ne serait certainement pas le seul. Dans le "Science&Vie" n°1072 de janvier 2007 il y a le détail de ce qui c’est passé le 4/11/06 en Europe, l’historique des black out, les technique de stockage de l’électricité, le tableau des investissements (en chute libre) et les marges de sécurité des pays européennes (on apprend que la Suède et la Finlande sont en black out assuré en cas de panne d’interconnexion), et enfin, une carte des interdépendances (clairement, la France est le poids lourd en exportation).
« Les black-out européens depuis 1965 :
04/11/2006 : À 22h10, 10 millions d’européens (dont 5 millions de Français) privés d’électricité.
Le Black-out est évité de justesse, notamment par la France : entre autres, les usines hydroélectriques
(50 min de black out).
28/09/2003 : panne géante en Italie pendant 24 heures : 57 millions d’habitants.
23/09/2003 : 4 millions de suédois et danois sans électricité pour cause de tempête.
14/08/2003 : 50 millions d’américains au nord est des USA dans le noir (panne du réseau).
29/12/1999 : 3,6 millions de français dans le noir (double tempête).
19/12/1978 : une partie de la France dans le noir (défaillance d’un câble haute tension), entrainant
l’effondrement du réseau Paris/Est du pays.
9/12/1965 : 30 millions d’américains au nord des USA et du canada dans le noir (panne du réseau). »
Dans l'article de Science&Vie le réseau européen est jugé très faible, et mériterait 1 000 milliards
d’euros d’investissement d’ici 2030. Par comparaison, EDF fait un chiffre d’affaire de 51,1 milliards
d’Euros... Or depuis l’ouverture des marchés énergétique par la Commission Européenne en 2000 les investissements
dans le secteur de l'électricité sont en chute libre, les opérateurs cherchant à conquérir des marchés
extérieurs plutôt que la sécurisation de leur réseau intérieur. Tel un paysan qui laisserait pourrir ses
réserves de grains en s'en allant voler ("acheter") ceux de ses voisins... Ce point est intéressant,
on retrouve là l'incohérence classique du modèle capitaliste :
> L'accumulation du capital, en tant que finalité, par la production
effrénée et la rentablité des moyens de production déjà existants en maintenant un investissement minimal
(temporaire), voire nul.
> La prédation sur les autres moyens de production concurrents, motivée
par la seule recherche du profit, suivit de leur abandon lorsque les possibilités d'en tirer des bénéfices
sont épuisés.
La chute des investissements concerne aussi la prospection de l'uranium :
« La consommation mondiale d'uranium est de 67.000 tonnes par an, la production est de
42.000 tonnes. La différence de 25.000 tonne provient des stocks civils et militaires qui seront épuisés en 2015.
Depuis 1989, la consommation d'uranium est supérieure à la production. Tandis que la consommation continuait d'augmenter,
la production a diminué avant de commencer à augmenter vers l'an 2000. Des stocks d'uranium civil et militaire (estimés à
200.000 tonnes en 2006) permettent de compléter la production pour satisfaire aux besoins des réacteurs nucléaires.
Cependant, ces stocks seront épuisés en 2015.
D'un autre côté la production (42.000 tonnes) n'augmente pas assez pour atteindre le niveau de la consommation (67.000 tonnes).
L'utilisation de combustible MOX (mélange d'uranium et de plutonium) dans certains réacteurs a une faible influence.
La prospection, chaque année plus intense depuis 2003, ne donne guère de résultats. La mise en exploitation d'une mine
d'uranium prend de nombreuses années en études et préparatifs, souvent plus de dix ans. La capacité de production des
nouvelles mines sera insuffisante pour augmenter la production de 25.000 tonnes d'ici 2015, sans compter la perte due
aux mines en fin de vie et devant fermer au cours des prochaines années.
L'augmentation rapide du prix de l'uranium, dont le prix a été multiplié par dix en quatre ans et continue d'augmenter
montre bien l'existence d'un sérieux problème d'adaptation des ressources minières aux besoins des centrales électriques
nucléaires. Entre janvier 2003 et avril 2007, le prix du kilogramme d'oxyde d'uranium (U3O8 yellow cake) est passé de 22
dollars à 249 dollars. »
Source : Energy Watch Group
sur travail-chomage.site.voila.fr
Revenons à l'article de S&V. On y trouve un tableau assez intéressant montrant la marge de
manoeuvre théorique par pays, rapport entre le record de consommation enregistré et la capacité de
production d’électricité installée dans le pays. Il en ressort que la Suède et la Finlande sont en dessous
de la limite de sûreté : à la moindre panne sur les interconnexions, c’est le black out assuré pour les 2 pays.
Les Pays Bas et la Belgique sont un petit peu mieux, ainsi que la Grèce et la Hongrie.
Les gros pays avec une forte capacité de production maximale (théorique) sont dans l’ordre : la France,
l’Allemagne, le Royaume Unis, l’Italie et l’Espagne (l’Allemagne étant au dessus de la France pour sa
capacité théorique maximale, mais derrière la France pour la capacité réelle de production).
Une fois produite l'électricité est difficile à conserver. Les capacités de stockage sont de deux ordres :
- voie de l’air comprimée (l'électricité de Marseille aurait engendré un rendement de 96 %) ;
- voie hydraulique (les barrages sont remplis en période de surproduction, rendement 70 %)
Les projections a partir de 2010 sont pessimistes : il faudrait, d'après l'auteur de l’article, créer une tranche nucléaire par an (1200 MW). Une autre piste est à la décroissance de la consommation, voire à l’optimisation comme en Italie (abonnement spécifique avec réduction sur signal de la consommation chez les particuliers).
Une alerte est levée sur l’Angleterre et l’Irlande, qui n’ont qu’un unique câble sous marin installé il y a 20 ans, fragilisant le reste du réseau européen en cas de panne. De même pour le Portugal, l’Espagne l’Italie et la Grèce, ces pays sont des péninsules électriques vulnérables. La France et l’Allemagne (réseau très vieux) sont centrales dans l’architecture du réseau. En cas de panne touchant ses 2 pays, c’est le black-out général (en cas de saturation, les coupures sont automatiques).
Et pour information, il faut 10 ans pour installer une nouvelle ligne très haute tension entre deux pays.
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