L'impasse énergétique


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- Partie 1 -

L'énergie bon marché, le mythe d'une croissance infinie dans un monde fini, la croyance aveugle dans le progrès et l'ignorance grandissante de l'histoire sont autant de facteurs qui ont conduit nos sociétés dans une situation de plus en plus instable qui, pour la première fois dans l'histoire de l'homme moderne, a une répercution à l'échelle mondiale et pourrait marquer la fin de la civilisation industrielle de masse.

« C’est l’histoire d’une société qui tombe et qui au fur et à mesure de sa chute se répète sans cesse pour se rassurer : "Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien" …
L’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage. »

Tiré du film La Haine

Pourquoi toujours plus ?

De l'utilisation de la nature et de ces ressources

À l'échelle géologique l'Homo Sapiens moderne vient tout juste de débarquer sur Terre (100 000 à 200 000 ans). Et à l'échelle de notre espèce le passage de la prédation, qui caractérise les activités des peuples de chasseurs-cueilleurs, à celui de la production, qui distingue les sociétés pratiquant l'agriculture et l'élevage, est lui aussi très récent (10 000 ans environ). Quand à l'industrie, née il y a un peu plus de deux siècles (1760, Grande-Bretagne), nous ne savons même pas encore en maîtriser le processus à long terme et encore moins toutes les conséquences négatives qu'elle entraîne sur les humains et l'environnement.
Je me permet de rappeler ces points qui sont fondamentaux si l'on veut pouvoir prendre du recul et s'essayer à une prospective, incomplète certes, mais néanmoins indispensable dans le contexte de crise globale que nous connaissons aujourd'hui : crise écologique, sociale, politique, géopolitique, financière...

Dans ce dossier nous allons traiter d'un sujet d'actualité brûlant, celui de la fin des énergies bon marché. Un sujet brûlant car remettant en cause, d'un point de vue purement technique notamment, toute la logique de développement et de croissance sur laquelle est basée la société industrielle depuis toujours.
Notre société, comme toutes les sociétés humaines, prélève des ressources sur son environnement pour assurer sa survie. Une société de prédation, même si elle peut occasionner des dégâts à l'environnement, n'a pas besoin et ne peut que rarement, dans un milieu très favorable, se permettre de prélever plus que ce qui est nécessaire à sa propre survie. Ce mode de vie nécessite généralement de nomadiser pour ne pas épuiser les ressources et laisser du temps à la biosphère pour se reconstituer.

Un phénomène récent dans notre évolution est la naissance de société qui sont passés à la production après s'être sédentarisées. La sédentarisation a entraînée la pratique de l'agriculture et de l'élevage. Ces processus de domestication de la nature ont finalement rendu le travail humain plus efficace même si les épreuves à surmonter ont été très nombreuses : « Contrairement à ce qu'une vision évolutionniste pourrait laisser croire, cela ne signifie pas forcément, dans un premier temps, une amélioration des conditions de vies des habitants. Beaucoup de travail, de rendements médiocres, une absence de maîtrise technique des conditions de productions qui font des famines et des épidémies des preuves encore plus terrible pour une population densifiée et rivée au sol par la sédentarisation, tel sera le lot de ces civilisations jusqu'à une période proche de nous. » (Jacques Lévy).
Depuis ces époques les techniques de production se sont nettement améliorées. Le prélèvement des ressources s'est constamment accéléré au point que certains peuples en soient venu à provoquer leur propre chute en détruisant leur environnement par la surexploitation.

Une société de chasseurs-cueilleurs, bien que pouvant être d'une très grande complexité d'un point de vue sociale et culturelle, reste relativement simple dans ses besoins et l'utilisation des ressources prélevées dans l'environnement. Par contre une société industrielle ne cesse de faire croître la variété et la quantité de ressources nécessaire à son maintien et – concept plutôt récent – à sa croissance. La maîtrise de la nature a beaucoup progressée et a permis à l'Homme de se multiplier et de peupler tous les continents. Cette maîtrise se fit par une considérable complexification de la structure de la société et, de ce fait, celle-ci s'est aussi énormément fragilisée.

Manger la Terre

Une société qui ne sait pas s'autolimitée

Pour entretenir la structure d'un tel système il faut assurer un approvisionnement constant et croissant en matières premières et en énergie. Or à moins que ces matières ne soit disponible dans des quantités énormes et largement exploitable sur le long terme sans risquer une pénurie, cela tient du bon sens de dire qu'à un moment ou à un autre le manque de ressources entraînera inévitablement une crise.
Jusqu'à maintenant les sociétés de la production, sans avoir toujours su évité ces crises, ont pu améliorer les moyens de productions et/ou exploiter de nouvelles ressources pour surmonter ces périodes de tension. Ainsi la machine à vapeur et le charbon ont remplacés les chevaux et permis de récupérer des terres agricoles, autrefois occupés pour la production d'avoine, pour éviter des famines et laisser des forêts se reconstituer. Puis, alors que les sous-sols surexploités de l'Europe produisaient de moins en moins de charbon de bonne qualité et ne pouvaient plus subvenir à la demande, l'invention du moteur à explosion et l'exploitation du pétrole offrit une nouvelle alternative.

Ces nouvelles formes d'énergies plus rentable et plus facilement transportable ont nécessitées une réadaptation des moyens de production et de consommation pour être accueilli dans la structure générale de la société. Cette réadaptation est d'une importance capitale, surtout lorsque les nouvelles formes d'énergies et de ressources sont très différentes de celles qui furent employés jusqu'alors.

Consommation énergétique mondiale de 1860 à 2005
Evolution constatée de la consommation totale d'énergie commerciale (c'est à dire hors bois, dont une large part échappe aux circuits commerciaux), depuis 1860, en millions de tonnes équivalent pétrole (une tonne équivalent pétrole = 11600 kWh).
Source : Jean-Marc Jancovici (Manicore.com).

Or que constatons nous à notre époque : après des décennies d'exploitation ininterrompue, les énergies fossiles à très bon rendement et très bon marché que sont le pétrole, le gaz naturel et le charbon ne sont plus du tout en mesure d'assumer l'inextinguible soif en énergies des pays industrialisés pour qui la croissance est une question de principe, voire une véritable religion. Aujourd'hui ces trois ressources couvrent à elles seules près de 90% de la demande énergétique mondiale (toutes formes d'énergies confondues), et, chose que nous semblons avoir oublié, elles s'épuisent et ne se renouvellent que sur le très long terme (des centaines de millions d'années).
Il n'y a que le charbon qui reste relativement abondant et bien répartit autour du globe mais poursuivre son exploitation entraînera une aggravation considérable des effets du réchauffement climatique et des problèmes respiratoires, ce qui ne mènerait qu'à une "sauvegarde" discutable et très provisoire de la société pour finalement entraîné une crise encore plus grave.

C'est dans ce contexte qu'une crise énergétique globale, aggravée par le manque grandissant en matière première, à pris naissance et s'aggrave. Entre 2001 et 2006 le prix des matières premières est monté en flèche : pétrole +200%, blé +100%, aluminium +100%, caoutchouc +450%, indium + 1 150%, cuivre +320%, zinc +250%, minerai de fer +165%...

Les causes de cette escalade sont multiples : croissance économique mondiale record de ce début de siècle, émergence de la Chine et de l'Inde, manque d'investissement dans la production minière entre 1990 et 2002, défaut d'anticipation de la boulimie asiatique aggravée par une multitude de facteurs spécifiques (le cours de l'uranium, par exemple, est resté longtemps bas à cause de l'abondance sur le marché de stocks issus du désarmement, laissant la prospection au point mort), manque de gisements riches en métal, manque de gisements pétroliers, tensions géopolitiques majeurs (guerre en Irak, menaces nucléaires en Iran, instabilité en Russie, au Moyen-Orient et dans les pays producteurs de pétrole en Afrique...), etc.

Pour la première fois nous sommes en train de découvrir la notion de rareté, à l'échelle mondiale, pour des ressources indispensables à la sauvegarde de la structure de la civilisation industrielle de masse. Dans nos pays riches nous avons été habitué à ce que tout coule à un flot continu et quand le manque se faisait sentir on n'avait simplement besoin d'ouvrir un peu plus le robinet. Ainsi on nous a appris à considérer comme "normale" que chacun de nous dispose d'une voiture, d'une maison climatisé, de viande en grande quantité, de légumes et de fruits qui ne sont pas de saison, de l'électricité et de l'eau à bas prix, d'un ordinateur... Mais c'est oublier que toutes ces choses nécessitent énormément de ressources et de grosses infrastructures pour être produites, entretenues et alimentées en énergie en permanence.

Comment réfléchir sur notre avenir sans faire de prospective sur l'énergie ?
Dans les prochains chapitres sur ce sujet nous allons aborder des questions centrales sur l'actualité et l'avenir des énergies en essayant de répondre à plusieurs problématique : quelle est la dépendance aux états par rapport au pétrole mais aussi au gaz naturel et au charbon ? D'où viennent ces ressources ? Quel est l'état des réserves ? Quelles sont les alternatives ?

Prochain chapitre : L'impasse énergétique - 2/3

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