Contexte mondial en l’an 2000


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Pour comprendre les motivations qui sont à l’origine du déclenchement de la « guerre globale au terrorisme » en 2001 et prendre toute la mesure des enjeux impliqués et de l’ampleur des conséquences d’une telle stratégie, il est essentiel d’avoir une vision globale des circonstances générales qui caractérisent l’humanité et le monde dans lequel elle évolue à l’aube de cette « destinée manifeste ». Le prétendu « choc des civilisations » est une réponse anticipatrice globale et combinée à tous les niveaux de la vie sociale pour d’un côté faire face à des bouleversements majeurs et d’autre part pérenniser et renforcer un système social et économique déterminé par les valeurs capitalistes.

1- Crise énergétique
2- Saturation du système capitaliste industriel
3- Réchauffement et bouleversements climatiques
4- Mondialisation néolibérale
5- Emergence de nouveaux fronts de résistance au système capitaliste
6- Reconversion de l’archipel militaire occidental


L'an 2000

Crise énergétique majeure

Au cours des trois dernières années, les inquiétudes concernant la sécurité des approvisionnements énergétiques se sont considérablement aggravées. Elles portent désormais non plus seulement sur les exportations pétrolières du Proche-Orient, zone de turbulences chroniques, mais aussi sur l’ensemble du système mondial de production, de raffinage et de transport du pétrole et du gaz naturel. La sonnette d’alarme est de plus en plus fréquemment tirée tant par de hauts responsables politiques que par des experts indépendants. Dans son dernier rapport biannuel, « Perspectives énergétiques mondiales », publié le 7 novembre 2005, et qui couvre la période 2004-2030, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) exprime une opinion quasi générale en soulignant que « les risques pour la sécurité énergétique s’exacerberont à court terme » et que « la vulnérabilité à des perturbations des approvisionnements s’accentuera avec l’expansion des échanges mondiaux ». Lors de ses vœux du nouvel an, le 5 janvier 2006, le président Jacques Chirac a pour sa part élevé au rang de « grande affaire du siècle » la nécessité de « préparer l’après-pétrole ».

Considéré comme la principale solution de rechange au pétrole, le gaz naturel suscite lui aussi des interrogations, surtout depuis que le premier exportateur mondial, la Russie, a, au début de 2006, brutalement suspendu ses livraisons à l’Ukraine et à la Géorgie, et les a, pour des raisons de disponibilité, réduites à destination de la Hongrie, de l’Autriche et de l’Italie. Ces perturbations ont été jugées suffisamment alarmantes pour que le problème de la sécurité énergétique domine les pourparlers de la réunion ministérielle du G8 tenue en février 2006 à Moscou.

Saturation du système capitaliste industriel

Entre 1920 et 1945, la production d'énergie par habitant a augmenté à un rythme modéré de l'ordre de 0.79% par an. La production mondiale d'énergie a crû entre 1945 et 1973 à une vitesse folle de 3,45% par an. Ensuite, depuis 1973 jusqu'au pic absolu de 1979, elle s'est ralentie à un modeste 0,64% par an. Alors soudainement – pour la première fois dans l'Histoire – la production d'énergie par tête entama un déclin à long terme, de 0,33% entre 1979 et 1999. Si la production d'énergie au cours de cette période a augmenté à un rythme annuel moyen de 1.34%, la population mondiale a en effet connu une croissance plus rapide encore. Le sommet de la courbe représentant la production mondiale d'énergie par habitant élaborée par BP Amoco se situe aussi en 1979, et chaque année suivante confirme le mouvement de déclin.

Selon les calculs effectués par Richard Duncan (expert en énergie), la production mondiale d'énergie par habitant devrait décroître à un rythme annuel d'environ 0.70% entre 2000 et 2011. Vers 2012, explique-t-il, des pannes d'électricité d'abord récurrentes puis permanentes se produiront un peu partout dans le monde. La production d'énergie continuera à décliner à un rythme de 5.44% par an entre 2012 et 2030. Autour de cette date, elle sera retombée à 3.32 barils d'équivalent pétrole par an, soit son niveau de 1930.

La théorie Olduvai développée par Duncan depuis 1989 s'appuie sur deux postulats : le développement de la civilisation industrielle peut être caractérisé par un seul indicateur : la production mondiale d'énergie par habitant; et la période industrielle ne durera qu'une centaine d'années.
Ce n'est qu'en 1996 que Duncan a pu disposer de suffisamment de données pour vérifier sa théorie. Quatre faits émergent :

La civilisation industrielle et tertiaire est donc sur le déclin.

Réchauffement et bouleversements climatiques

La quantité de carbone émise annuellement par l’économie mondiale représente environ le double de ce que les écosystèmes (océans, sols, végétation) sont capables d’absorber. Le cycle naturel tend vers la saturation. En s’accumulant dans l’atmosphère, le surplus provoque une intensification de l’effet de serre naturel, donc un réchauffement de la surface de la planète. Le phénomène s’est amorcé avec la Révolution industrielle et le décollage du capitalisme. Ses deux causes principales sont la combustion des combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) et le changement d’affectation des terres (défrichement, labour,...). La première de ces causes est devenue la plus importante avec l’explosion du parc automobile, dans les années cinquante du siècle passé. La responsabilité historique du changement climatique incombe à plus de 75% aux pays développés mais les émissions des pays en développement augmentent à vive allure (surtout celles des grands pays tels que l’Inde, la Chine, le Brésil).

Selon les spécialistes, la riposte devrait viser à maintenir la hausse de la température moyenne à la surface du globe au-dessous de 2°C par rapport à la période pré-industrielle, faute de quoi les conséquences deviendraient très sérieuses pour les écosystèmes et l’humanité (en particulier les pays du Sud et les pauvres en général, selon le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat). Pour prendre toute la mesure du défi, il faut savoir que, au point où nous en sommes, la limitation de la hausse de température à 2°C ne peut plus être assurée par une action des seuls pays développés : dans le cas hypothétique où ceux-ci ramèneraient immédiatement toutes leurs émissions à zéro, et où les pays en développement ne prendraient aucune mesure, la hausse de température pourrait néanmoins atteindre 4° à 5°C en un siècle, soit un écart thermique aussi important que celui qui sépare notre époque de la dernière glaciation. Découvrant un gigantesque revers du « progrès » capitaliste, le genre humain risque d’entrer dans une situation qu’il n’a jamais connue et dont les conséquences seraient à tout le moins redoutables.

Mondialisation néolibérale

L’écart entre les riches et les pauvres s’est considérablement élargie depuis l’accélération du processus de mondialisation économique, et il condamne toujours plus d’habitants du « tiers-monde » au pire dénuement, avec moins d’un dollar par jour pour vivre. En dépit des promesses de réduction de la pauvreté si souvent réitérées dans la dernière décennie du XXe siècle, le nombre réel des pauvres s’est accru de près de cent millions. Et cela dans une période où, globalement, le revenu mondial a augmenté en moyenne de 2.5% par an.

La croissance économique mondiale n’a jamais été aussi élevée qu’à l’aube du XXIè siècle et l’accumulation de richesses atteint des proportions phénoménales. Pourtant les ¾ de la planète vivent dans l’extrême pauvreté, 30 000 enfants meurent de faim chaque jour, et dans les pays « industrialisés » la précarité et le chômage sont institutionnalisés.

Selon le rapport 2001 du PNUD, 1% des plus riches mondiaux disposent d'un revenu cumulé égal à celui des 57% les plus pauvres. De plus, pour 45 des 77 pays disposant d'une statistique sur l'inégalité de revenu, celle-ci a cru à l'intérieur des pays entre 1960 et 1990, renforçant les inégalités intra-nationales. Entre 1990 et 2000, malgré l'accroissement des forces productives, illustré par le doublement du PNB mondial, le nombre des victimes de la faim n'a pas évolué significativement (+/- 810 millions de personnes).

L’Occident a organisé la mise en place de la mondialisation de façon à recevoir une part disproportionnée de ses bénéfices, aux dépens du monde en développement. Les tensions sociales et internationales qui en découlent tendent à s’aggraver sous la double pression du réchauffement planétaire et de la crise énergétique.

Depuis le début 2002 le dollar a entamé une baisse qui continue encore et qui selon la plupart des experts va s'aggraver dans les prochains mois. Le déclin a commencé peu de temps après l'événement du 11 septembre 2001, c'est-à-dire du lancement de l'offensive de guerre globale des Etats-Unis. Il existe un enchaînement de causes claires entre la décadence économique des Etats-Unis et la tentative désespérée de ses dirigeants pour la freiner à travers une succession de victoires militaires en Asie Centrale et au Moyen Orient. L'Union Européenne, spécialement ses principaux pays, présentent une interpénétration industrielle, commerciale et financière, avec les Etats-Unis, d'une telle ampleur que leur destin est absolument attaché à ce dernier.

Emergence de nouveaux fronts de résistance au système capitaliste

En 1989, l’effondrement du bloc communiste et l’adhésion de vastes régions du monde au modèle néolibéral ont entretenu l’illusion que le système capitaliste représentait l’horizon indépassable de l’humanité. Lors des années 90, « l’âge d’or du néolibéralisme », les excès de la mondialisation, les crises financières catastrophiques à répétition (Argentine, Mexique, Asie du sud-est, Turquie, Russie, etc…) et le dérèglement climatique ont suscité la naissance de nouveaux fronts d’activisme politique à l’échelle mondiale au sein de la société civile. Ces mouvements contestent le modèle libéral de la mondialisation et revendique un mode de développement plus soucieux de l'homme et de l'environnement.

Le mouvement altermondialiste a pris racine petit à petit tout au long du XXe siècle. Il a commencé à prendre une plus grande ampleur au début des années 1980 dans les pays du Sud avec la lutte contre la dette du tiers monde, l'OMC et les plans d'ajustement structurels du FMI; mais il reste alors inaperçu en Occident. Il apparaît en Europe, aux États-Unis et en Corée à partir de 1994, dans le cadre d'une critique du chômage, de la précarisation du travail et la remise en cause de la protection sociale. Les manifestations de Seattle en 1999 sont les premières manifestations médiatisées altermondialistes. Elles sont suivies par un premier Forum social mondial, alternatif au Forum économique mondial de Davos, et par le rassemblement de Gênes en 2001 (avec la mort d'un manifestant tué par balle par la police italienne) contre le sommet du G8. Les Forums sociaux mondiaux ont lieu chaque année soit à Porto Alegre (de 2001 à 2003), à Mumbai en 2004 ou encore polycentrique. En novembre 2002 s'est également tenu le premier Forum social européen à Florence, au cours duquel 450.000 à 1 million de personnes ont défilé contre la guerre en Irak et pour un autre monde. En tant que lieux d'échanges et évènements médiatiques, les forums sociaux sont les espaces et les moments privilégiés du mouvement. Il s'est développé durant les dernières années plusieurs forum sociaux mondiaux, continentaux et locaux.

Le mouvement altermondialiste résulte de la convergence et de la multiplicité de mouvements. Il regroupe des personnes d'horizons très divers: paysannerie, couches populaires et petite bourgeoisie du Sud, pauvres et salariés précaires des pays industrialisés, syndicats ouvriers et enseignants, associations de consommateurs, de chercheurs, de jeunes, mouvements écologistes, anti-militaristes, féministes, communistes, marxistes, nationalistes, keynésiens et anarchistes… Pour cette raison, cette mouvance est appelée parfois le mouvement des mouvements.
Les altermondialistes considèrent que la mondialisation par le marché n'est pas un synonyme de progrès humain, celle-ci ne profitant pas équitablement à tous. La croissance des inégalités et la pauvreté permanente dans le monde sont des effets pervers du libre marché mondialisé.

Reconversion de l’archipel militaire occidental

Les États-Unis ont mis en place « un système opérationnel de coordination entre l’État fédéral et les entreprises d’armement », au sein de ce que l’on appelle le « complexe militaro-industriel ». Le complexe militaro-industriel états-unien prend corps en 1947, lorsque le président Truman fait adopter le National Security Act, le 26 juillet 1947 : ce texte institue un appareil d’État secret capable de conduire la Guerre froide. Il comprend trois instances : la CIA, l’état-major interarmes et le Conseil national de sécurité (National Security Council - NSC). Ce dernier devient l’« instance suprême du pouvoir », coordonnant le département d’État, donc la diplomatie, au département de la Défense. Pouvoir civil et militaire font donc plus que collaborer : ils se confondent au sein d’un même organisme.

Ce système produit une idéologie qui le justifie. Ainsi, en 1957, Samuel Huntington publie Le Soldat et l’État. Il part du postulat que, dans une économie libertarienne, c’est-à-dire sans État, une main invisible régulerait le libre marché pour le bien de tous. Il serait donc juste que le pouvoir politique échoie aux dirigeants des plus grandes entreprises. Cependant le marché ne serait pas en mesure de résoudre les problèmes de Défense. Les dirigeants économiques devraient sur ce point s’en remettre à la caste des soldats, qui déterminerait la politique étrangère et la guerre. Cette thèse fut qualifiée de « fasciste » par la presse états-unienne de l’époque. Elle en est aujourd’hui à sa treizième réimpression et est devenue une référence dans les académies de guerre. Samuel Huntington, quant à lui, a acquis la célébrité avec une autre théorie, la guerre des civilisations, dont se réclament les dirigeants civils actuels du Pentagone.

La chute de l’URSS aurait dû occasionner, à partir de 1991, une réduction des dépenses militaires. Après plus de quarante ans de Guerre froide au cours desquels l’humanité avait cru plusieurs fois frôler la vitrification nucléaire, on pouvait envisager un nouveau mode de fonctionnement permettant d’engranger « les "dividendes" socio-économiques de la paix retrouvée : la reconstruction, le développement, la croissance économique, l’enrichissement, la sécurité ». L’ampleur de l’hégémonie militaire des États-Unis s’évalue au regard des différents budgets de la Défense à travers le monde. En 2004, les dépenses militaires états-uniennes officielles ont atteint 410 milliards de dollars. La dépense mondial a quand à elle atteint environ 900 milliards de dollars en 2003.

Le complexe militaro-industrielle états-unien associé à l’alliance militaire occidentale (OTAN) s’est progressivement converti de structure de défense face à l’Union soviétique en formidable instrument militaire au service des marchés mondialisés et des intérêts du système économique néolibéral.

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