Agencement unilatéral du système néolibéral


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1- Une mise au pas généralisée
2- Briser la résistance du tiers monde et la lutte anti-mondialisation


Way of life

Alors que les déséquilibres fondamentaux des politiques néolibérales se font jour, que les limites du « progrès » capitaliste apparaissent clairement, et que le mode de production industriel représente une menace toujours plus grande pour l’avenir de l’humanité et de la planète, les gouvernements, les multinationales et les institutions financières internationales n’ont jamais autant exalté les mérites du modèle social néolibéral.

Face à ce gigantesque rouleau compresseur, des mouvements d’opposition ont émergé dans les années 1990 et ont repris le flambeau des luttes sociales et politiques des années 1960 avec des ramifications au niveau mondial. Ces mouvements se côtoient au sein du « mouvement des mouvements », l’altermondialisme. Son ampleur est proportionnelle aux dévastations socio-environementales cataclysmiques engendrées par le système économique en place et les politiques qui l’alimentent.

Le déclenchement de la « guerre globale et sans fin au terrorisme » par les élites politico-économiques n’est pas moins qu’une réponse massive et globale à la montée des oppositions au système économique, politique et médiatique en place qui réduit la condition humaine au seul mode de vie consumériste, transforme la planète en supermarché et les Etats du sud en ateliers de production surexploités. Cette stratégie appliquée à des degrés divers mais qui tend à la coopération interétatique vise entre autre à briser et criminaliser toute forme de remise en question du modèle social établi, des valeurs que véhiculent le néolibéralisme et des graves déséquilibres écologiques provoqués par le capitalisme industriel et la division international de la production, la mondialisation.

En effet les politiques néolibérales conduisent à de tels déséquilibres sociologiques, culturels et écologiques, et à un accroissement sans précédent des inégalités et injustices sociales, que ses promoteurs ont entrepris de manipuler la menace terroriste de sorte à détourner l’attention des populations des véritables enjeux de société, d’entretenir la peur de l’autre, dans la perspective de renforcer et légitimer ce système économique, la répression et la criminalisation de toute opposition dérangeante.

Une mise au pas généralisée

La politique impériale états-unienne porte une responsabilité majeure dans l’exacerbation de la violence qui secoue le monde. Non pas que le passé ait été pacifique, mais cette violence et les menaces pour l’avenir aujourd’hui identifiables sont clairement marquées par l’empreinte des menées visant à l’établissement d’une domination sans partage du système néolibérale garanti par le bras armé des marchés, le complexe militaro-industriel états-unien.

Pour les dirigeants des Etats-Unis, il n’est évidemment pas possible de se limiter à affirmer purement et simplement que leur politique vise à garantir les intérêts de leur pays dans le monde. De 1945 à 1991, la peur de l’URSS permit de rassembler le monde occidental derrière la bannière étoilée. Elle contribua aussi à assurer la cohésion politique interne dans le pays et au-delà des Etats dits « libéraux » ou « capitalistes ». Une fois la menace communiste disparue, il devint nécessaire d’identifier un nouvel adversaire. Celui-ci revêt désormais les traits du « terrorisme international ».

L’expérience de la guerre froide

Le plus grand amalgame a toujours été pratiqué par les Etats-Unis entre l’existence de prétendues menaces extérieures, la nécessité d’accroître leur capacité d’intervention militaire et, d’une manière générale, celle de renforcer la puissance du pays. Pendant la guerre froide, la droite ultra-nationaliste et le complexe militaro-industriel ont systématiquement et délibérément surestimé la menace soviétique dans le but de consolider leur pouvoir, de trouver des marges de manœuvre à l’étranger et d’assurer le maintien d’une «  économie de guerre permanente », selon l’expression du chercheur Seymour Melman. Par exemple, après le lancement du satellite Spoutnik en 1957, ils prétendirent que l’URSS avait pris une avance significative sur les Etats-Unis en matière de missiles balistiques. Cette question devint un enjeu central de la campagne précédant l’élection présidentielle de 1960. De la même manière, au cours des années 1970, les ultras, dont Donald Rumsfeld, accusèrent la CIA de sous-estimer la menace soviétique, arguant que l’URSS préparait une frappe nucléaire préventive en pleine période de détente Est-Ouest. Cela frisait parfois le ridicule, comme lorsque l’administration Reagan a laissé croire que les sandinistes au Nicaragua représentaient une menace stratégique pour les Etats-Unis.

De la même manière, au lendemain du 11 septembre 2001, la mise en scène d’une nouvelle guerre mondiale, baptisé « guerre contre le terrorisme », permit de donner une nouvelle légitimité à la domination incertaine du clan Bush et à son bellicisme. C’est une menace que le président Bush agitait en 2002 quand il lançait son avertissement : « Nous nous attendons à ce que les cellules de meurtriers professionnels essaient de se regrouper pour assassiner, semer le chaos. » Ou encore : « Des milliers de tueurs dangereux, rompus aux méthodes de l’assassinat, souvent soutenus par des régimes hors la loi, sont aujourd’hui disséminés un peu partout dans le monde, véritables bombes à retardement prêtes à exploser sans avertissement. […] L’intensité de leur haine n’a d’égale que la folie de la destruction qu’ils envisagent. Nous avons trouvé des schémas de centrales nucléaires et d’installations d’alimentation en eau américaines, des instructions détaillées pour la fabrication d’armes chimiques, des cartes de reconnaissance de villes américaines et la description précise de sites particuliers aux Etats-Unis et dans le reste du monde. » Enfin : « Des centaines de terroristes ont été arrêtés, et pourtant, il reste des dizaines de milliers de terroristes bien entraînés. Ces ennemis assimilent le monde entier à un champ de bataille, et nous devons les pourchasser, où qu’ils se trouvent. Tant qu’il restera des camps d’entraînement, tant que des Etats donneront asile aux terroristes, la liberté sera compromise ; cela, les Etats-Unis et leurs alliés ne doivent pas le tolérer, et ils ne le toléreront pas. »
La mise en scène de l’administration Bush, reprise et amplifiée par certains médias, a produit les effets escomptés. Si, en septembre 2001, seuls 3% des habitants des Etats-Unis estimaient que l’Irak était à l’origine des attentats du 11 septembre, un an plus tard, plus de 50% pensaient que Saddam Hussein en était responsable. Au scrutin de novembre 2002, les républicains ont remporté un succès en dépit des scandales financiers, de la montée du chômage, des coupes dans les dépenses sociales, etc. D’une manière générale, ce même climat d’insécurité se révèle hautement favorable à la poursuite des politiques néolibérales.

Tenir les médias, modeler les esprits

L’indépendance des médias n’est la plupart du temps qu’une fiction. Leur orientation reflète largement les intérêts des capitaux qui les possèdent et les dirigent, lesquels sont concentrés dans une trentaine de mégacompagnies. On y compte d’ailleurs beaucoup de fabricants d’armes, par exemple General Electric qui détient la chaîne NBC aux USA (comme Lagardère et Dassault pour les journaux et l’édition en France). Noam Chomsky et Edward Herman expliquent ainsi en quoi « les médias américains sont essentiellement de grandes sociétés privées qui vendent un produit – des lecteurs et un public – à d’autres compagnies privées : les publicitaires. Les médias se focalisent sur les « élites » dominantes et se mettent à leur service. S’ils ne présentent pas un portrait relativement réaliste et tolérable du monde, les médias ne satisfont pas les besoins de leur clientèle. Mais ce « dessein social » exige en même temps que leur interprétation médiatique du monde reflète les intérêts et les préoccupations des vendeurs, des acheteurs et des institutions privées et gouvernementales qui les dominent.

CNN

Une telle soumission des médias aux élites conduit à la sélection d’un personnel ayant fortement intériorisé les normes et les priorités. Les rédacteurs doivent savoir, spontanément, exclure ou minimiser les sujets mettant en question l’ordre établi ; à l’inverse, ils souligneront les informations confortant les valeurs de leurs commanditaires répondant à leurs attentes. Bien entendu, les violences militaires et sociales n’ont pas l’exclusivité de cette mystification. Les miracles de la technique font aussi partie des sujets les plus prisés, alors que les dégâts du progrès et ses « dommages collatéraux », par exemple les méfaits de la dioxine ou de l’agent orange répandu au Vietnam par l’aviation américaine, ne méritent qu’une couverture marginale.

Le climat d’insécurité qu’instaure le pouvoir politique est aisément orchestré dans un tel contexte. Aux Etats-Unis, comme dans le reste du monde, les systèmes de désinformation produisent et propagent ces visions d’un monde empli de dangers. Sur cette base, les sondages contribuent à l’établissement d’un sentiment artificiel d’unanimité de la population.

L’argumentaire est parfaitement rodé. Les médias contribuent à populariser la vulgate dominante par la diffusion de multiples récits, plus ou moins réels et fantaisistes, mais dont on peut dégager certains traits caractéristiques. Les victimes innocentes d’un attentat sont présentées de manière à ce que la majorité du public puisse s’identifier à elles sans se poser de questions ; les ennemis sont dépeints sous des traits caricaturaux ; le récit des agressions montre des figures du mal qui frappent par surprise des figures du bien, comme les milliers « d’innocents » lors des attentats du 11 septembre 2001 ; toute interrogation concernant les responsabilités des politiques menées par les pays occidentaux dans la montée des sentiments de haine est évacuée. Ainsi, dans cette logique, le monde se divise simplement en deux fractions : d’un côté, ceux qui soutiennent les victimes ; de l’autre, les « méchants », soit ceux qui ne prêtent pas secours aux victimes, soit ceux qui, en posant des questions, fragilisent la cohésion du camp du bien. A cela s’ajoute l’opposition entre les forts, les « gagnants » selon le concept états-unien, qui maîtrisent les techniques et possèdent des armes redoutables, et les faibles ou « perdants », qui n’ont ni armes efficaces ni volonté de se battre contre le mal. Ce qui suggère clairement de quel côté les peuples doivent se ranger s’ils veulent obtenir une protection, c'est-à-dire derrière les Etats-Unis et leurs alliés, autoproclamés défenseurs du monde « civilisé » et de la « liberté ».

Briser la résistance du tiers monde et la lutte anti-mondialisation

Partout, croît la résistance à la mondialisation impérialiste. Parmi les peuples du tiers monde, mais aussi dans les pays riches.

Mac Do

Contenir le clivage « nord – sud »

Le tiers monde d’abord. Des pays très divers, mais qui ont en commun de refuser de se mettre à genoux. Cuba défend son socialisme. L’Irak qui résistait passivement avant l’invasion, malgré dix ans d’embargo et de bombardements. Le nouveau Congo tente de préserver son indépendance. Les Coréens, des deux côtés, aspirent à la réunification et à la paix. Et des mouvements révolutionnaires progressent à nouveau, inspirés par un projet de société alternatif : Venezuela, Bolivie, Argentine, Mexique, Cuba, etc.

Le Nord de l’Amérique latine inquiète particulièrement Washington qui craint de voir s’y former un triangle progressiste : Bolivie, Venezuela, Equateur. Ce triangle sort Cuba de son isolement et bouleverse le rapport de forces dans tout le continent. Offrant un appui et de nouvelles perspectives aux luttes populaires du Brésil et d’Argentine.

Dans ce monde de guerres et de révoltes, l’Intifada (soulèvement civil palestinien) a constitué un facteur très important. Si l’Otan a réussi à infliger une défaite aux Serbes, les Palestiniens ont montré, eux, qu’un peuple finit toujours par se relever. Que les oppressions les plus fortes ou les trahisons les plus pernicieuses ne peuvent venir à bout de l’esprit de résistance. Là où il y a oppression, il y aura toujours résistance. La deuxième Intifada a fortement renforcé la colère des masses arabes et musulmanes.

Police

Dans les pays industrialisés, aussi, la résistance vient de connaître un développement très important. Avec Seattle 1999 et Gênes 2001, une nouvelle génération s’est lancée dans la lutte, entre autre par une prise de conscience des problématiques environnementales planétaires. Jeune, combative, inventive. Alors que la gauche traditionnelle et le mouvement ouvrier s’étaient laissés endormir par les promesses d’un monde meilleur à condition de ne pas combattre le système, voici le réveil. Un mouvement de masse : des jeunes surtout, implantés dans de nombreux pays et avec un début de coordination, ne tolèrent plus l’injustice, le pillage du tiers monde, la destruction de la planète, ils proclament « qu’un autre monde est possible » et se battent pour le préparer tout de suite, en inventant leurs propres modes de lutte.

La génération Internet. Une arme nouvelle et formidable qui permet à des millions de jeunes de s’informer et d’informer en dehors des médias dominants. « Don’t hate the media. Be the media. » (Ne haïssez pas les médias. Soyez les médias), propose la nouvelle agence Indymedia, qui fut à la pointe de cette info alternative à Gênes et, à cause de son succès, la cible des matraques de Berlusconi. Après IndyMedia Belgique, des sections se sont créées ou dans les autres pays européens et au delà.

Grâce à Internet, les cyber-activistes ont réussi de spectaculaires mobilisations internationales, mettant en difficulté la Banque Mondiale, l’OMC et autres FMI, habitués à régler le sort des peuples hors la présence de ceux-ci. Le huis clos a vécu. Le débat sur l’avenir de la planète est devenu global. Et quand on lit les documents de la Banque mondiale ou des services policiers US, on mesure combien ils craignent ce nouveau mouvement et son efficacité sur Internet.

Bien sûr, ce mouvement est très divers, ce qui en fait d’ailleurs la richesse et l’ampleur. Bien sûr, les gouvernants occidentaux tentent déjà de le récupérer en lui proposant, après les matraques, le "dialogue". Tentant de les persuader qu’il ne faut pas dénoncer le système actuel mais seulement lui ajouter quelques touches plus humaines et plus participatives, bref du bricolage à court terme et généralement dans des perspectives électoralistes.

Et, bien sûr, ce mouvement aura à résoudre plusieurs questions délicates. Comment réussir la jonction avec le mouvement ouvrier, avec ces luttes actuelles des travailleurs, victimes un peu partout en Europe de la même logique ? Comment surmonter le barrage que posent encore des dirigeants syndicaux généralement crispés à l’égard de ces jeunes et de toute remise en cause trop sérieuse de l’Europe des multinationales ? Comment élargir le mouvement altermondialiste en un mouvement anti-guerre, ce qu’ont déjà réussi les jeunes Grecs et les jeunes Italiens (150.000 manifestants anti-guerre en Italie en octobre 2001), mais qui prend davantage de temps en France et dans d’autres pays européens ? Enfin, comment définir plus clairement cet "autre monde" auquel ils aspirent, en tirant les leçons des sociétés socialistes, mais de façon objective et sans se laisser impressionner par les bilans déformés qu’on en dresse, non sans arrière-pensée ?

Police et lacrymo

L’avenir du mouvement dépendra des réponses à ces questions. Et de celle-ci, tout d’abord : participer au système ou le contester radicalement ? Les chants de sirènes ne manquent pas. Face à la contestation et à sa popularité, les dirigeants du capitalisme occidental ne cessent de répéter qu’ils ont compris le message et vont en tenir compte. Mais dans la réalité, c’est l’inverse qui se produit. Alors que la privatisation tous azimuts et la destruction des protections étatiques se sont avérées catastrophiques pour les pays du tiers monde, à chaque négociation, les pays riches essaient d’imposer le même "remède" qu’avant.

100 des 142 pays membres de l’OMC ont affirmé que les accords déjà réalisés (commerce, propriété intellectuelle, services, etc) sont déséquilibrés et favorables aux pays riches. Malgré cela, dirigeants et médias occidentaux ne cessent de répéter qu’il faut poursuivre dans la même direction et généraliser à d’autres matières. Que le salut viendra de l’ouverture totale du marché.

En réalité, ce remède est un poison, explique Raoul Jennar, analyste de l’ONG Oxfam : « Permettre aux investisseurs et en particulier aux sociétés transnationales de se comporter partout comme bon leur semble, mettre les entreprises nationales en concurrence avec les firmes transnationales, imposer aux pays du Sud des contraintes en matière d’environnement alors que les gros pollueurs sont au Nord, telles sont quelques unes des intentions de l’Union européenne. Le colonialisme historique a trouvé de nouveaux instruments pour se perpétuer. » La nécessité de former un front international s’impose. Mais, d’ores et déjà, la naissance de ce mouvement altermondialiste est un événement d’une importance historique, dépassant probablement celle de Mai 68. Aujourd’hui, il devient possible de créer un front international contre l’injustice et contre la guerre. Réunissant le Nord et le Sud, le combat du tiers monde et celui des progressistes des pays riches.

Une guerre "sans limites"

La guerre déclenchée en octobre 2001 sera très longue. Elle ne s’achèvera pas avec un changement de pouvoir à Kaboul, ni même, s’ils y arrivent durablement, par une occupation transformant l’Afghanistan en un protectorat US ou international.

Combien de temps cela durera-t-il ? Le vice-président US Cheney parle d’une guerre « qui durera plus longtemps que nos vies ». Le chef d’état-major adjoint affirme que les Etats-Unis n’ont pas planifié des opérations militaires d’une telle ampleur depuis la Seconde Guerre mondiale.

Marketing oblige, les dirigeants des Etats-Unis avaient d’abord baptisé leur guerre du beau nom de "Justice sans limites". Ils ont dû très vite retirer le premier mot. Mais les deux autres sont parfaitement adaptés : nous sommes entrés en effet dans une guerre sans limites. La guerre globale.

Et c’est bien une guerre pour imposer la mondialisation. En 2000, le président de la société française d’armements Aerospatiale avait annoncé, à la recherche de commandes bien sûr : « Il faudrait être aveugle pour ne pas voir les prémices d’une guerre froide étendue à l’échelle de la planète. Il est clair que la mondialisation n’est pas seulement celle de l’économie. »

Guerre froide ? Un euphémisme. Les victimes ne la trouvent pas si froide. Et il y en aura de plus en plus. Lorsqu’il déclencha les bombardements sur l’Irak en 1991, le père Bush avait solennellement promis que cette "dernière guerre" permettrait d’inaugurer un Nouvel ordre mondial de justice et de paix. Depuis, il n’y a jamais eu autant de guerres : Bosnie, Somalie, Yougoslavie, Macédoine, Caucase, Congo, Colombie, Afghanistan et d’autres. Et Bush II fait tout pour accélérer encore ce rythme infernal.

Criminaliser tous les mouvements dissidents

L’Union Européenne a accepté l’exigence de Bush : tous les pays alliés aux USA devront sur leur propre territoire dresser la liste des organisations "terroristes", interdire tout soutien à ces organisations, renforcer l’appareil policier et judiciaire par des mesures plus répressives comme la détention préventive sans limites dans le temps.
Aujourd’hui, ces mesures concernent surtout les organisations intégristes. Mais, au gré des priorités américaines, nous pouvons déjà affirmer que demain le Front Populaire de Libération de la Palestine, le FARC colombien ou la Nouvelle Armée Populaire des Philippines seront sur la liste.

Le 13 novembre 2001, le gouvernement britannique a présenté un projet dit "antiterroriste" qui contredit explicitement l’article 5 de la Convention européenne des Droits de l’Homme. Toute personne non seulement accusée mais simplement soupçonnée d’activités terroristes pourra être détenue pour une durée illimitée sans procès, ni inculpation.

Le même jour, Bush signait un ordre militaire permettant « le jugement de terroristes présumés, de nationalité étrangère, par une cour militaire spéciale et non des juridictions civiles. » Les sources de l’accusation pourront rester secrètes, les accusés ne disposeront d’aucun recours et, comme l’écrit, le New York Times, « les droits de la défense seront sévèrement limités. »

D’un côté, les Etats-Unis s’opposent farouchement à la création de tout tribunal international qui pourrait juger leurs crimes de guerre. De l’autre côté, ils se préparent à juger eux-mêmes, dans l’arbitraire, ceux qui osent tenter de libérer leurs peuples. Et qui seront évidemment baptisés "terroristes" après une campagne de démonisation médiatique.

Eliminer toute résistance au néolibéralisme

Mais les attentats ont aussi fourni un prétexte idéal pour criminaliser le mouvement altermondialiste.
Et même toute opposition politique ou populaire dans les pays occidentaux. A Gênes, cela n’avait pas du tout marché. Les matraques de Berlusconi n’avaient réussi, selon plusieurs sondages européens, qu’à rendre le mouvement altermondialiste bien plus sympathique que le G-8 et les organes dirigeants du capitalisme international.

Seattle

A présent, les circonstances sont bien plus favorables. Et tout d’un coup, l’Europe voit des terroristes partout. Le 21 septembre 2001, le Conseil européen a décidé que tous les États mettraient immédiatement et systématiquement leurs données sur le terrorisme à la disposition d’Europol. Celui-ci pourra dorénavant effectuer des enquêtes sur tout le territoire de l’Union et même y contraindre certains Etats.

Le mot terrorisme recevant une signification très large, nous allons connaître bientôt une centralisation sans précédent de l’information sur l’opposition politique dans l’Union européenne Et ces données, que personne ne contrôle, seront transmises aux États-Unis.
Le 30 septembre 2001, la Commission européenne a adopté une proposition de "lutte contre le terrorisme". Sa définition montre qu’elle voit bien plus loin que les attentats perpétrés aux USA : « Les actions terroristes minent les lois et règlements et les principes fondamentaux sur lesquels reposent les traditions constitutionnelles et la démocratie des États membres de l’Union. Elles sont commises contre un ou plusieurs États, leurs institutions ou leur population dans l’intention de les intimider et de modifier ou de détruire les structures politiques, économiques et sociales de ces pays. »

Parle-t-on ici seulement de meurtres, kidnappings ou utilisation d’armes ? Non. Deviennent aussi actes terroristes, s’ils sont commis pour un des buts ci-dessus : « la prise de possession ou la destruction de propriétés d’État, de moyens de transport public, de lieux publics ou le blocage de besoins de base comme l’électricité ou la mise en danger de personnes, de biens, d’animaux ou de l’environnement ». L’Union européenne admet elle-même que la violence de rue à caractère politique tombe sous le coup de sa définition.

Oaxaca

José Bové pourra donc être étiqueté "terroriste". Comme tout militant syndical ou altermondialiste en Europe s’il recourt à une des formes traditionnelles d’action de rue. En fait, cette définition du crime politique vise un large éventail d’oppositions au capitalisme.

La mobilisation par Internet du mouvement est également entravée : Les « attaques par le moyen de systèmes informatiques » constituent aussi un délit terroriste s’ils tombent sous le concept politique de terrorisme esquissé ci-dessus.

Sources documentaires

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