Accession à la domination militaire globale


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« Si nous restons vulnérables à une attaque de missiles, un groupe terroriste ou un État voyou qui se montrerait capable de frapper les États-Unis ou leurs alliés depuis des lieux éloignés aurait le pouvoir de tenir notre pays entier en otage du nucléaire ou d'un autre chantage ».
Propos tenus par Donald Rumsfeld le 11 septembre 2001 dans son bureau du Pentagone, quelques minutes avant le premier attentat à New-York et rapportés par Christopher Cox, président du comité politique républicain à la Chambre des représentants.

Missile
1- Bouclier anti-missiles : l'invincibilité spatiale
2- Les Forces spéciales : Les milices de l'Empire
3- Réorientations tactiques impériales

> Alors qu'il était administrateur de la Rand Corporation et juste avant qu'il ne devienne secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld a théorisé l'Arme spatiale dont le bouclier anti-missile fait parti.

> Le bouclier anti-missile, s'il est mis en place intégralement, modifiera totalement les rapports de force internationaux fondés sur la stabilité stratégique, rendant caduques la logique de la dissuasion nucléaire entre les grandes puissances et le Traité ABM de 1972.

> Les projets américains de défense nationale antimissile (NMD) élargis désormais à une " défense antimissile " (MD) qui se veut extraterritoriale et globale sont porteurs d'un risque majeur sur les équilibres globaux et en particulier sur la reprise de la course aux armements.

> La Commission Rumsfeld du 11 janvier 2001 écrit : « L'histoire est pleine de situations dans lesquelles on a ignoré les avertissements et résisté au changement jusqu'à ce qu'un événement extérieur, jugé jusque-là "improbable", vienne forcer la main des bureaucraties réticentes. » Les évènements du 11 septembre 2001 seraient donc perçus par le Secrétaire à la Défense comme une divine surprise.

> La « guerre globale au terrorisme » a justifié le développement d'une armée parallèle au sein du Pentagone, les « Forces spéciales ». Dotées de moyens d'intervention rapide, ces unités paramilitaires s'affranchissent de la chaîne de commandement traditionnel et des règles du droit international.

> Ces unités spéciales seraient, d'après plusieurs enquêtes, infiltrées depuis les années 90 par des mouvances d'extrême droite américaines proches de certains membres du pouvoir.

> Sur le plan militaire, les attentats ont en outre permis de légitimer la préservation et le renforcement de l'archipel militaire occidental issue de la guerre froide, et son réagencement tactique conformément à l'agenda militaire impérial et aux nouvelles préfigurations « d'interventions rapides et dévastatrices ».

Bouclier anti-missiles : l'invincibilité spatiale

Le bouclier anti-missile est un projet militaire agressif qui incitera une nouvelle course aux armes nucléaires, qui placera des armes dans l'espace, qui répandra le militarisme américain et augmentera les dépenses militaires.

La première phase du bouclier américain qui se met en place actuellement repose sur un ensemble de radars et de silos à missiles capables de détecter toutes ogives ennemies dans l'espace extra atmosphérique. Les missiles sont lancés dès la détection confirmée d'ogives de façon à les intercepter et les détruire avant qu'elles entrent dans l'atmosphère.

Une centaine de Ground Based Interceptor (missiles balistiques anti-missiles) sont en cours d'installation en Alaska et en Californie pour pouvoir intercepter une vague d'une vingtaine de missiles balistiques provenant d'Asie. Les premiers de ces missiles ont été déclarés opérationnels en 2005.

Qu'est-ce qu'un missile balistique ?

Un missile balistique est une fusée qui peut avoir différentes portées - courte (moins de 1 000 km), moyenne (de 1 000 à 3 000 km), intermédiaire (de 3 000 à 5 500 km) ou grande (plus de 5 500 km) - et qui peut porter une ou plusieurs ogives conventionnelles, nucléaires, biologiques ou chimiques.

Les missiles à grande portée suivent une trajectoire courbe dans l'espace extra-atmosphérique et peuvent atteindre des vitesses supérieures à 22 000 kilomètres à l'heure, ce qui leur permet d'atteindre une cible intercontinentale en moins de 25 minutes.

Qui possède des missiles balistiques ?

Trente-cinq pays (comprenant beaucoup de nos alliés de l'OTAN et d'autres pays amis) possèdent des missiles balistiques. Depuis 1985, six pays - l'Arabie saoudite, la Corée du Nord, l'Inde, l'Iran, Israël et le Pakistan - se sont procurés des missiles balistiques de moyenne portée.

La Corée du Nord est en train de mettre au point des missiles à grande portée.

Pourquoi les missiles balistiques constituent-ils une menace ?

Les missiles balistiques peuvent constituer des vecteurs d'armes de destruction massive (ADM).

Qu'est-ce que la stabilité stratégique ?

Le concept de stabilité stratégique a fait son apparition durant la guerre froide. La stabilité stratégique visait à garantir qu'il n'y ait pas d'avantage à lancer une attaque de « première frappe » à l'aide d'armes nucléaires. La stabilité stratégique se fondait sur l'hypothèse de la « destruction mutuelle assurée » (MAD), c'est-à-dire que le lancement d'une première frappe déclencherait immédiatement une seconde frappe en représailles, l'une et l'autre ayant des effets dévastateurs.

Depuis la fin de la guerre froide, on considère de plus en plus que le concept de la stabilité stratégique s'est maintenu grâce aux régimes existants de non-prolifération, de contrôle des armements et de désarmement ainsi qu'à l'établissement de la confiance et de la transparence grâce à une coopération et à un dialogue de nature multilatérale.

En quoi consistait le Traité ABM ?

Le Traité concernant la limitation des systèmes antimissiles balistiques (ou Traité ABM) a été signé et ratifié en 1972 par les États Unis et l'ancienne Union des Républiques socialistes soviétiques. Ce traité visait à maintenir la vulnérabilité mutuelle en interdisant la mise au point de systèmes nationaux de défense antimissiles et visait ainsi à préserver la stabilité stratégique fondée sur la destruction mutuelle assurée. Il limitait le déploiement de missiles défensifs à un seul site pour chacune des deux parties. Ce site pouvait compter 100 intercepteurs, 100 lanceurs et plusieurs radars au sol. De plus, le traité interdisait aux États-Unis et à l'Union soviétique de faire participer des alliés à leurs programmes antimissiles et à placer de tels systèmes sur des plates-formes aériennes, navales, ou dans l'espace. Le traité réglementait également certains aspects du développement et des essais.

En décembre 2001, le président George W. Bush a annoncé que les États-Unis se retireraient du traité, ce qu'ils ont effectivement fait en juin 2002.

Pourquoi les États-Unis se sont-ils retirés du Traité ABM ?

Le gouvernement américain a soutenu que ses relations avec la Russie avaient progressé au point que ni l'un ni l'autre des deux pays n'avait désormais besoin de fonder ses rapports avec l'autre sur la doctrine de la destruction mutuelle assurée. Pour les États-Unis, la destruction mutuelle assurée, ou même la simple dissuasion, ne suffisait plus dans un monde caractérisé par des menaces asymétriques. Washington a également affirmé que le Traité ABM empêchait les États-Unis de développer des moyens de défense contre le lancement accidentel de missiles ou contre des attaques de missiles balistiques provenant de certains États « inquiétants ».

En 1983, le président Reagan a fait valoir l'idée d'un système national de défense antimissiles en proposant son Initiative de défense stratégique (ISD), mieux connue dans le langage populaire sous le nom de « Star Wars » ou « Guerre des étoiles ».

Selon lui, le concept de la destruction mutuelle assurée était immoral et déstabilisant. Il envisageait un système complet qui pourrait possiblement protéger les États-Unis contre une attaque nucléaire massive au moyen de milliers d'armes implantées dans l'espace.

Des difficultés techniques extrêmes, des estimations de coûts astronomiques, une forte opposition du Congrès et un manque d'appui de la part des alliés (seul le Royaume-Uni était favorable à l'idée) se sont avérés des obstacles insurmontables à la réalisation des plans du président Reagan.

Après la première guerre du Golfe (1991), le gouvernement du président George Bush (1988-1992) a révisé les plans nationaux de défense antimissiles pour les axer sur la défense des États-Unis contre une attaque limitée ainsi que sur la défense des forces déployées au moyen de systèmes de défense contre les missiles balistiques de courte portée.

Le gouvernement Clinton (1992-2000), réagissant à l'évolution de la menace des missiles après la fin de la guerre froide, a consacré quelque 27 milliards de dollars US, répartis sur huit ans, à un programme qui aurait pu mener, dès 2003, au déploiement de 100 intercepteurs terrestres.

Après le lancement par la Corée du Nord, en 1998, d'un missile balistique de portée moyenne, le Congrès a adopté en 1999 le National Missile Defense Act, imposant par voie législative le déploiement d'un système de défense antimissiles « aussitôt qu'il sera techniquement réalisable ».

Le 17 décembre 2002, le président George W. Bush a annoncé que les États-Unis déploieraient, avant la fin 2004, un système de défense antimissiles (ou bouclier antimissiles) destiné à défendre le territoire américain contre une attaque limitée.

Au cours de l'année 2002, un Commandement central d'Amérique du Nord a été créé. En violation de l'esprit, sinon de la lettre, du Comitatus Act, il place la Garde nationale dépendant des gouverneurs et les forces armées présidentielles sous un commandement unique permettant une ingérence des militaires dans la politique intérieure. En outre, par voie de traité, le Commandement central a de facto pris autorité sur ce qui reste de l'armée canadienne. Le 9 décembre 2002, le gouvernement canadien a rendu public un accord de défense avec les États-Unis. En théorie, les deux pays ont désormais un système de défense commun, coordonné au sein du Commandement de l'Amérique du Nord. En pratique, cet état-major est purement états-unien.

Le Posse Comitatus Act (PCA), adopté à l'issue de la guerre de sécession et incorporé au Titre 18, Section 1385 de l'US Code, interdit aux forces armées (mais pas à la Garde nationale) de participer au maintien de l'ordre, sauf dérogation expresse du Congrès.

Le Commandement du Nord établi en 2002 a reçu du gouvernement le mandat de veiller à la défense du territoire américain. Le NORTHCOM partage les locaux du NORAD à Colorado Springs et son commandant est également à la tête du NORAD. Il s'agit d'un commandement exclusivement américain dont la zone de responsabilité comprend le territoire continental des États-Unis, l'Alaska, le Canada, le Mexique et les territoires insulaires américains.

Une « divine surprise » pour Donald Rumsfeld

Alors qu'il était administrateur de la Rand Corporation et juste avant qu'il ne devienne secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld a théorisé l'Arme spatiale. Son ambition est de créer un nouveau type d'armée dont le coûteux bouclier anti-missiles n'est qu'un élément parmi d'autres. Pour réaliser ce rêve qui consacrera "la puissance militaire illimitée des États-Unis", M. Rumsfeld s'est demandé "si, comme cela a déjà été le cas par le passé, le seul événement capable de galvaniser les énergies de la Nation et de forcer le gouvernement des États Unis à agir doive être une attaque destructrice contre le pays et sa population, un Pearl Harbor spatial".

Pour calmer les ardeurs belliqueuses du Parti républicain, les Démocrates acceptèrent, à l'occasion du vote de la loi de finances 2000, la constitution d'une commission d'évaluation de l'organisation et de la planification de la sécurité des États-Unis en matière spatiale. La commission rendit son rapport le 11 janvier 2001, quelques jours avant que son président, l'honorable Donald Rumsfeld, ne devienne secrétaire à la Défense de l'administration Bush et ne quitte son fauteuil au conseil d'administration de la Rand Corporation. Huit de ses douze membres étaient des généraux en retraite. Tous étaient des partisans du " bouclier anti-missiles ". De sorte que les trente-deux jours de travaux de la commission ne furent pas consacrés à un audit de la situation, mais à la recherche d'arguments justifiant a posteriori les convictions communes de ses membres.

Pour la " Commission Rumsfeld ", l'espace est un domaine militaire comparable à la terre, l'air et la mer. Il doit disposer de sa propre Arme, à équivalence avec l'Army, l'Air Force et la Navy. Les États-Unis doivent occuper ce domaine et empêcher toute autre puissance de s'y installer. Grâce à cette asymétrie des moyens, leur suprématie militaire sera incontestable et illimitée.

La Commission Rumsfeld a dégagé dix propositions :
1- L'Arme spatiale doit dépendre directement du président.
2- Le président doit s'adjoindre un conseiller en matière spatiale pour que les États-Unis exploitent au mieux leur avantage.
3- Les diverses agences de renseignement doivent être coordonnées et subordonnées à l'Arme spatiale à l'intérieur du Conseil national de sécurité.
4- L'Arme spatiale étant à la fois un outil de renseignement et une arme létale, son usage suppose une coordination du secrétaire à la Défense et des nombreux services de renseignements ; ces derniers étant placés sous l'autorité unique du directeur de la CIA.
5- Le secrétaire à la Défense doit s'adjoindre un sous-secrétaire pour l'espace.
6- Le commandement de l'espace doit être distingué du commandement aérien.
7- L'Arme spatiale doit pouvoir utiliser les services des autres armes.
8- La NRO (agence de l'imagerie spatiale) doit être rattachée au sous-secrétaire à l'Air Force.
9- Le secrétaire à la Défense doit lui-même superviser les investissements en recherche et développement spatial, de manière à accroître l'asymétrie entre les forces US et celles des autres puissances militaires.
10- De très importants moyens budgétaires doivent être débloqués pour le programme spatial militaire.

Outre la dénonciation du traité ABM de 1972, cet ambitieux programme suppose de telles réformes de l'organisation et de la stratégie américaine qu'il semble irréalisable. C'est pourquoi, la Commission Rumsfeld écrit :
« L'histoire est pleine de situations dans lesquelles on a ignoré les avertissements et résisté au changement jusqu'à ce qu'un événement extérieur, jugé jusque-là "improbable", vienne forcer la main des bureaucraties réticentes. La question qui se pose est de savoir si les États-Unis auront la sagesse d'agir de manière responsable et de réduire au plus vite leur vulnérabilité spatiale. Ou bien si, comme cela a déjà été le cas par le passé, le seul événement capable de galvaniser les énergies de la Nation et de forcer le gouvernement des États Unis à agir doive être une attaque destructrice contre le pays et sa population, un "Pearl Harbor spatial" ».

« Nous avons été alertés, mais nous ne sommes pas en alerte. »

Pour Donald Rumsfeld, les événements du 11 septembre constituent une "divine surprise", selon l'expression employée par les fascistes français lorsque la défaite leur permit de renverser "la Gueuse" et de confier les pleins pouvoirs à Philippe Pétain.

Le 11 septembre, à 18 h 42, Donald Rumsfeld donna une conférence de presse au Pentagone. Pour manifester l'unité de l'Amérique dans ce moment difficile, les leaders démocrates et républicains de la commission sénatoriale de la Défense s'étaient joints à lui. On était sans nouvelles du président Bush et le monde attendait avec inquiétude la réponse US. Or, au milieu de la conférence, en direct devant les caméras de la presse internationale, Donald Rumsfeld prit à partie le sénateur Carl Levin (Démocrate-Michigan) : " Vous, ainsi que d'autres représentants démocrates au Congrès, avez exprimé la crainte de ne pas avoir les moyens de financer l'importante augmentation des budgets de défense sollicitée par le Pentagone, notamment la défense anti-missiles. Vous craignez d'avoir à puiser dans les fonds de la Sécurité sociale pour financer cet effort. Est-ce que le genre d'événements qui vient de se produire suffit à vous convaincre qu'il est urgent pour ce pays d'augmenter les dépenses consacrées à sa défense et que, s'il le faut, il faudra puiser dans les fonds de la Sécurité sociale pour payer les dépenses militaires ? - l'augmentation des dépenses militaires ? "

Les Forces spéciales : Les milices de l'Empire

En développant très rapidement les Forces spéciales, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld ne cherche pas seulement à doter les États-Unis de moyens d'intervention rapides échappant au droit international. Il constitue surtout une armée parallèle pour vaincre les résistances de l'establishment militaire. Mais en affranchissant les Forces spéciales aussi bien du droit international que de la chaîne de commandement traditionnelle, il en fait des milices incontrôlables et s'expose à devoir assumer leurs pires exactions.

À Washington, les partisans de l'impérialisme militaire US -et principalement les membres du Center for Security Policy - considèrent chaque jour un peu plus la Charte de San Francisco et le Conseil de sécurité des Nations Unies comme des obstacles à leurs ambitions. Ils interviennent sans cesse dans les médias pour mettre en cause la suprématie des traités internationaux sur la Constitution et les lois adoptées par les États-Unis. Ils rencontrent surtout l'opposition d'officiers supérieurs qui se considèrent comme responsables de la sécurité collective et redoutent donc, par principe, de faire parler les armes ; ainsi que l'opposition de diplomates, par nature peu enclins à souhaiter des affrontements généralisés. Ces partisans du multilatéralisme ont fait du général-secrétaire d'État Colin L. Powell leur porte-parole.

La réforme des armées est devenue l'un des points essentiels de cristallisation de ce débat. Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, ne manque aucune occasion de stigmatiser en public la lourdeur bureaucratique de sa propre administration et d'exhorter le corps des officiers à s'adapter à ses exigences. Cette crise perpétuelle est devenue si aiguë qu'elle paralyse partiellement l'état-major interarmes et rend difficile toute nomination.

Le concept des Forces spéciales en tant qu'Arme a été présenté par Donald Rumsfeld dans un discours à la National Defense University. Il s'y enthousiasmait pour la bataille de Mazar-i-Sharif, paradigme de l'affrontement asymétrique, où l'arsenal utilisé allait « des armes sophistiquées guidées au laser aux antiques B-52 de quarante ans d'âge mis à jour avec de l'électronique moderne, et aussi le plus rudimentaire, un homme à cheval. Ils ont été utilisés ensemble d'une manière sans précédent, avec des effets dévastateurs sur les positions ennemies, sur le moral ennemi, et cette fois, sur la cause du diable dans le monde ».

Cependant, il y a un revers à cette description hollywoodienne. La bataille de Mazar-i-Sharif, loin d'être glorieuse, fut le théâtre du massacre de plusieurs milliers de prisonniers perpétrés par les Forces spéciales et les hommes du général Dostun. Ces éléments ont été attestés depuis par des témoignages recueillis dans « Massacre in Mazar », un film du documentariste irlandais Jamie Doran, et par la découverte de charniers par les Nations unies. Ils démontrent la dangerosité d'unités agissant en dehors des lois de la guerre.

Quoi qu'il en soit, cette bataille fournit le modèle que Donald Rumsfeld souhaite développer. Mais, en pratique, il fait apparaître des « frictions » entre des unités disparates, obéissant à des règles différentes.

Les forces non conventionnelles

Le fait de joindre des unités non-conventionnelles et conventionnelles au combat est une volonté constante des responsables politiques auxquels les militaires renâclent. Au cours des soixante dernières années, ce schéma a souvent été mis en place, mais jamais maintenu. Ce fut d'abord le cas de l'OSS durant la Seconde Guerre mondiale, qui travaillait aussi bien avec son homologue britannique qu'avec des forces classiques (1942-44). Puis ce fut le SOG au Vietnam, au Cambodge et au Laos (1964-72). Et plus récemment le JSOTF durant l'opération Tempête du désert (1991). Pour sa réforme, Donald Rumsfeld a commencé par mettre en place des états-majors permanents, dans chaque région du globe, pour assurer la coordination des forces.

Troupes des SOG et des JSOTF
Special Operation Group (SOG, Vietnam, 1968), et les Joint Special Operations Command (JSOTF)

Dans le cas de la Deuxième Guerre mondiale, l'OSS n'était pas une unité militaire, mais un service d'espionnage ancêtre de la CIA. Mais dans les cas de l'Asie du Sud-Est et de l'Irak, les états-majors incluaient à la fois des Forces spéciales militaires et des Forces spéciales paramilitaires de la CIA. Cette combinaison d'unités non-conventionnelles militaires/paramilitaires a donné lieu aux pires dérapages. De sorte qu'en 1975 Harry Rositzke puis, en 1987, l'amiral Stanfield Turner envisagèrent de recentrer la CIA sur ses missions classiques et de fermer sa branche paramilitaire pour que les Forces spéciales deviennent une prérogative du seul Pentagone. Il n'y fut pas donné suite parce que dans le système administratif états-unien, la différence entre ce que font le département de la Défense et la CIA ne tient pas à la nature de l'action, mais à son statut : le président revendique toutes les actions du Pentagone, il peut nier celles de la CIA. On retrouve aujourd'hui le doublon de forces spéciales que l'on a connu par le passé. Pis, les rapports exécrables qu'entretiennent le secrétaire à la Défense et le directeur de la CIA les poussent à la surenchère. Puisque le président Bush a déclaré que tous les moyens nécessaires devaient être mis en oeuvre pour vaincre le terrorisme, on ne regarde plus à l'inflation des coûts et des personnels. Les « frictions » ne sont plus seulement entre militaires, mais aussi avec la CIA.

Par le passé, les Forces spéciales avaient pour mission de préparer le terrain avant la bataille. Elles n'étaient donc que des forces d'appoint, détachées de chaque Arme. Aujourd'hui, elles doivent aussi agir préventivement avant qu'une menace ne soit totalement concrétisée. Leur intervention ne prépare plus seulement la bataille, elle s'y substitue lorsque c'est encore possible. C'est ce qui a été clairement explicité par George W. Bush dans son discours devant les cadets de l'Académie militaire de West Point et confirmé dans son document doctrinal, The National Security Strategy. Les forces spéciales sont donc des unités de projection et de renseignement. Plus elles se développent en tant qu'Arme autonome, moins elles remplissent leur fonction de préparation du champ de bataille et de renseignement, simplement parce qu'elles conservent jalousement leurs informations pour leurs propres opérations. Le moment ne va donc pas tarder où l'Army, la Navy, l'Air Force et le Marine Corps voudront reconstituer leurs Forces spéciales et l'on se trouvera alors face à une multiplicité d'unités concurrentes qui utiliseront l'essentiel de leur énergie à se neutraliser mutuellement, selon un schéma bureaucratique caractéristique de l'Empire états-unien.

La multiplication des milices

Le développement exponentiel des Forces spéciales, avec une augmentation de leur budget de 35 % en 2004, peut être observé comme le symptôme de la paralysie qui guette l'armada états-unienne. Sur 47 000 hommes qu'elles comptent, elles ne peuvent en aligner plus de 1 500 au combat à la fois, les autres étant retenus par des tâches logistiques et bureaucratiques. Les forces classiques, conçues pour vaincre une Union soviétique qui n'existe plus, sont irréformables. Il faut déplacer 300 000 hommes pour vaincre un pays du tiers-monde comme l'Irak, parce qu'on ne sait agir qu'en frappant avec un marteau même pour écraser une mouche. Simultanément, l'administration Bush détourne le Pentagone de sa fonction de défense pour en faire une milice mondiale au service des intérêts de grandes compagnies multinationales qui qualifient de « terroristes » toutes les résistances locales à leur expansion. Les forces spéciales sont alors des unités, mobilisables n'importe où dans le monde en quelques heures, pour défendre des « intérêts US » ou assassiner les gêneurs. La concurrence entre paramilitaires de la CIA et Forces spéciales militaires ne correspond à aucune différence de mission ou de moyens, mais sert les intérêts économiques de clans rivaux au sommet du pouvoir. Or, d'un point de vue technique, pour ne pas dire cynique, le recours à des commandos de tueurs pour « lutter contre le terrorisme » n'offre qu'une solution immédiate aux problèmes et ne constitue pas une stratégie à long terme. On ne peut occuper l'Irak avec des commandos. Là encore, c'est l'expression d'une certaine impuissance. Le Pentagone ne parvient plus à contrôler le fonctionnement de ses forces classiques, qui disposent d'une vraie stratégie mais sont des mastodontes inadaptés aux problèmes contemporains, et ne parvient pas non plus à résoudre ces problèmes avec des Forces spéciales, qui sont mobiles mais ne peuvent jouer que les expédients.

Une dissidence terroriste au coeur de l'appareil militaire atlantiste

Dans un éditorial publié fin 1999, The Resister, publication de la Major General Edwin A. Walker Society, développait une violente critique de la politique étrangère et de défense du président Clinton. En conclusion, l'auteur anonyme assignait comme prochain objectif aux Special Forces Underground de détruire le Pentagone.

L'attentat d'Oklahoma City

L'attentat d'Oklahoma City The Resister n'est publié qu'à quelques milliers d'exemplaires. La dangerosité de ses imprécations ne se mesure pas à son tirage, mais à son influence. La revue cimente le " mouvement patriote " et de nombreuses milices d'extrême droite. L'opinion publique américaine en apprit l'existence après qu'on eut arrêté un lecteur assidu : Timothy McVeigh.

Le 19 avril 1995 à 9h02 du matin, l'immeuble fédéral Alfred P. Murrah, siège du FBI à Oklahoma City, était soufflé par une violente explosion, tuant cent soixante-huit personnes. Une bombe, confectionnée classiquement avec un mélange d'engrais et de fuel, avait été placée dans une voiture garée à proximité. Immédiatement les commentateurs politiques établissaient un rapprochement avec l'attentat commandité, en 1993, par cheik Oussama Ben Laden contre le World Trade Center de New York et dénonçaient le terrorisme moyen-oriental. Ils s'inquiétaient de voir le sol américain si exposé.
L'enquête allait contredire cette interprétation et montrer que l'attentat avait été commis par deux ressortissants américains, Timothy McVeigh et son complice Terry Nichols. Elle ne devait pas aller plus loin. Malgré les indices laissant penser que les deux hommes n'avaient pu agir seuls et avaient disposé de l'appui d'une organisation, les enquêteurs arrêtèrent leurs recherches. Au cours du procès, Timothy McVeigh s'appliqua à endosser toute la responsabilité et à dédouaner son complice qui aurait fourni une aide logistique sans en connaître la finalité.

McVeigh justifia son geste avec sang-froid. Il dressa un réquisitoire contre le dévoiement du gouvernement fédéral et précisément du FBI. D'abord, il entendait venger la famille du suprémaciste blanc Randy Weaver, abattue par le FBI lors de son interpellation à Rudy Bridge (1992). Ensuite, il voulait combattre la loi limitant la vente et la détention d'armes adoptée en 1993 à l'initiative de James Brady, l'attaché de presse de Ronald Reagan, blessé lors d'un attentat contre le président et paralysé à vie ; il interprétait la loi Brady comme une manière pour le gouvernement fédéral de désarmer les citoyens américains et les priver des moyens de se révolter contre sa tyrannie. Enfin, il voulait venger les soixante-seize membres de la secte des Davidiens assassinés par le FBI à l'issue de cinquante et un jours de siège à Waco (1993). Il interprétait ce drame comme une volonté du gouvernement fédéral de limiter la liberté de culte avant d'imposer l'athéisme.

Timothy McVeigh fut reconnu coupable et condamné à mort. Pendant sa détention, il échangea une importante correspondance avec l'écrivain Gore Vidal, qui fut impressionné par sa détermination et sur lequel il exerça une profonde fascination. Son avocat demanda la révision de son procès, après qu'il se soit rétracté et ait décidé de révéler les complicités dont il avait bénéficié. Mais les 4000 pages de documents sur ce sujet furent soustraites par le FBI. La sentence fut néanmoins confirmée et McVeigh exécuté.

Timothy McVeigh McVeigh était un brillant soldat. Pendant la guerre du Golfe, il fit preuve de courage au combat et assura la sécurité rapprochée du général Norman Schwarzkopf. Ces faits d'armes lui valurent d'être décoré de l'Étoile de bronze. Revenu aux États-Unis, il échoua à entrer dans les Bérets verts en raison d'une condition physique insuffisante, mais il fut sélectionné par le stay-behind au vu de son mental exceptionnel. Il suivit une formation à Fort Bragg, puis à Fort Benning, où il se lia d'amitié avec Terry Nichols [Photographie ci-contre : Timothy McVeigh à Fort Benning]. Les deux hommes furent enrôlés dans une organisation secrète interne au stay-behind : les Forces spéciales clandestines (Special Forces Underground).

Nichols, quant à lui, s'enrôla tardivement dans l'US Army. Après un divorce difficile, il se remaria avec une Asiatique, connue par l'entremise d'une agence matrimoniale. Alors qu'il se rendait aux Philippines pour faire sa connaissance, il établit un contact avec le Kumander Abou Sayyaf.

Abou Sayyaf, mi-bandit, mi-guérillero, a constitué en 1990 un groupe armé islamiste et revendique l'indépendance de la région de Mindanao. Il a successivement bénéficié de l'appui logistique et financier de la Libye, d'Oussama Ben Laden et de la CIA. En effet, les États-Unis ne voyaient pas d'un mauvais ?il l'armée des Philippines s'embourber dans une lutte anti-guérilla plutôt que de remettre en cause la présence de bases militaires US dans le pays. Abou Sayyaf fut tué, en 1998. Son groupe retint des otages occidentaux sur l'île de Jolo, en 2000, avant d'enlever un ressortissant américain et d'exiger en rançon la libération de Ramzi Youssef, un des auteurs de l'attentat contre le World Trade Center le 26 février 1993.

Les Special Forces Underground (SFU)

L'inquiétude provoquée en haut lieu par ces informations sur les biographies de Mc Veigh et de Nichols, ainsi qu'une série de crimes racistes commis par des GI's aux alentours de Fort Bragg, conduisirent le président Bill Clinton à diligenter une enquête sur les " groupes de la haine " dans les armées. Cette inspection fut placée par le sous-secrétaire à l'Armée de terre, Togo West, sous le commandement du major général Larry Jordan. Le rapport final de cette enquête conclut que l'Amérique peut avoir confiance dans son armée et que les problèmes qui y existent sont marginaux. Au-delà de cette langue de bois, il confirme que la revue trimestrielle des milices, The Resister, et le supplément bimensuel, Periodic Intelligence Report permettant aux Special Forces Underground d'encadrer secrètement diverses milices d'extrême droite sont imprimés à Fort Bragg. Il confirme aussi le goût prononcé des officiers de Fort Bragg pour décorer leurs locaux avec des drapeaux sudistes, des KKK et des swastikas. La seule conséquence de l'inspection semble avoir été le renvoi des Bérets verts du rédacteur en chef du Resister, le sergent Steven Barry.

The Resister

L'affaire a rebondi avec la mise en cause de commandos canadiens, formés à Fort Bragg, accusés de crimes alors qu'ils servaient sous mandant de l'ONU en Somalie. À cette occasion, la presse a révélé que les problèmes " marginaux " de Fort Bragg avaient également influencé des commandos allemands, anglais, australiens, français, et ukrainiens venus se former sur place.

Malgré le rapport Jordan, le rôle des Special Forces Underground reste difficile à apprécier tant il renvoie aux contradictions internes de l'appareil d'État américain.

En 1994, alors que les États-Unis déployaient leurs troupes en Haïti (Operation Restore Democracy), le président Jean-Baptiste Aristide accusait des membres des forces US de mener une opération secrète visant à réarmer en sous-main les escadrons de la mort du FRAPH qu'ils étaient pourtant officiellement chargés de neutraliser. Pour la première fois apparaissait le nom du sergent Stephen Barry. Un démenti formel fut opposé à ces allégations.

En 1995, après la vague de crimes racistes aux alentours de Fort Bragg, le Congrès procéda à des auditions. Un témoin affirma que les crimes avaient été commis par des membres des Special Forces Underground qui jouissaient de protections haut placées en raison des services secrets qu'ils avaient rendus lors de l'opération en Haïti. Mais il ne cita aucun nom.

En 1999, la presse haïtienne publiait le témoignage d'un ancien responsable de l'Operation Restore Democracy, Stan Goff. Celui-ci indiquait avoir été relevé de ses fonctions alors qu'il avait mis en évidence l'existence d'une opération secrète pro-FRAPH de la CIA à laquelle participait Stephen Barry en totale contradiction avec la politique officielle des États-Unis. Il indiquait aussi que l'étouffement des affaires impliquant les Special Forces Underground était, selon lui, devenu indispensable à certains dirigeants politiques après que le FBI eut découvert l'appartenance de Timothy McVeigh à ce réseau.

En 1999, les Special Forces Underground ont créé une vitrine légale, la Major General Edwin A. Walker Society qui est devenue l'éditrice des revues destinées aux milices.

Le Major Général Edwin Walker

Cette association prend son nom du général Edwin Walker, figure emblématique de l'extrême droite militaire US. Né en 1909, il commanda le 1st Special Service Force, une unité américano-canadienne, lors de la campagne d'Italie pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette unité devait ultérieurement donner naissance aux Bérets verts. Animé par un anticommunisme obsessionnel, Walker considérait que, après la rupture du pacte germano-soviétique, les USA auraient dû s'allier avec le Reich pour combattre l'URSS et non l'inverse. À la Libération, Walker organisa l'élimination des résistants communistes grecs et fonda la Toison Rouge, branche locale du réseau stay-behind. Pendant la guerre de Corée, Walker commanda une unité d'artillerie et soutint le projet de MacArthur d'utiliser la bombe atomique. Face au refus du gouvernement et au rappel de MacArthur, Walker développa une analyse selon laquelle le gouvernement américain se serait lancé dans une politique d'abandon sous la pression de l'ONU et d'un puissant club, le Council for Foreign Relations.

De retour aux États-Unis, Walker fut affecté comme commandant du district de Little Rock (Arkansas). C'est précisément le moment où l'université locale devint le théâtre de célèbres affrontements relatifs à l'intégration des élèves de couleur. Walker fut déplacé en Allemagne où il se vit confier le commandement de la 24ème division d'infanterie. Mais la presse révéla qu'il dispensait un training anticommuniste et raciste à ses soldats et diffusait la propagande de la John Birch Society. Devant le scandale, il fut relevé de ses fonctions par le secrétaire à la Défense, Robert McNamara, le 17 avril 1961, et reçut un blâme. Le président John F. Kennedy adopta alors le Fullbright Memorandum pour limiter le droit d'expression des officiers.

Walker devint le lobyiste des milieux militaro-industriels les plus belliqueux. Il organisa une émeute à l'Université du Mississipi pour protester contre l'engagement d'un professeur noir. Il fut alors poursuivi par l'Attorney général, Robert Kennedy, et arrêté pour conspiration séditieuse, insurrection et rébellion. Bénéficiant du soutien de la presse conservatrice qui le désignait comme "le prisonnier politique des Kennedy", il fut remis en liberté après avoir acquitté 100 000 $ de caution. Des documents déclassifiés du FBI semblent indiquer qu'il était alors à la fois membre de la John Birch Society et des Authentiques Chevaliers du Klu Klux Klan.

Proche de MacArthur, Walker bénéficia du soutien financier inconditionnel du milliardaire Haroldson L. Hunt, alors considéré comme "l'homme le plus riche du monde". Walker finança l'OAS, avec qui il était en contact par l'entremise du mercenaire Jean-René Souêtre, par le biais du Centro Mondiale Comerciale et de la Permindex. Il commandita au moins un attentat raté contre le général De Gaulle, qu'il accusait aussi de conduire une politique d'abandon face à la poussée communiste en Afrique du Nord. En 1963, Walker anima le " Comité 8F ", dont firent partie une dizaine de personnes incluant le vice-président Lyndon Johnson. Le 8F militait pour l'intensification de la guerre au Vietnam et contre les atermoiements du président John F. Kennedy.

En novembre 1963, peu après un ultime entretien entre le général Edwin Walker et Lee Harvey Oswald, Kennedy était assassiné et Oswald inculpé. Pour se dédouaner, Walker prétendit avoir lui-même fait l'objet d'une tentative d'assassinat par Oswald.

Le général Edwin Walker est décédé à Dallas, le 31 octobre 1993. Ses frères d'armes continuent son combat.

Réorientations tactiques impériales

Le Pentagone procède à un vaste redéploiement de ses installations militaires dans le monde. A l'issue de nombreuses fermetures et créations de bases, les troupes U.S. accroîtront leur rapidité de projection sur les théâtres d'opération les plus sensibles. L'analyse des emplacements retenus, à laquelle se livre le colonel Daniel Smith de l'U.S. Army, montre que ces théâtres sont les zones de production et de transport pétrolier. Les forces états-uniennes se voient assigner prioritairement la mission de sécuriser l'approvisionnement énergétique de l'économie américaine.

Les États-Unis possèdent plus de 730 installations militaires dans le monde, réparties dans plus de 50 pays
[Source : Peace Pledge Union Information 2003]

Une page de l'histoire s'est écrite le 2 avril 2004 quand les anciennes républiques soviétiques d'Estonie, de Lettonie et de Lituanie ont formellement rejoint l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). À la plus grande consternation de Moscou, presque immédiatement quatre avions de chasse belges étaient positionnés en Lituanie, à partir d'où ils patrouilleront l'espace aérien des nouveaux membres.

Les responsables de l'OTAN ont insisté sur le fait que ce déploiement ne préfigurait pas de nouvelles bases, ni de présence permanente de troupes aux frontières de la Russie. Mais les inquiétudes du Kremlin n'ont pas été apaisées lorsque l'Ukraine, située entre des pays de l'OTAN et le rivage russe de la mer Noire, a permis aux forces de l'OTAN de transiter par son territoire. Reste à savoir « vers où » ? Compte-tenu de la géographie, la réponse est manifestement : « vers les pays du Sud-Caucase et de l'Asie centrale » - à la frontière de la Russie.

Quelques jours plus tôt et à l'autre bout du monde, le 31 mars, l'U.S. Navy faisait elle-aussi l'histoire en mettant un terme à une présence de 60 ans sur la base navale Roosevelt Road à Puerto Rico. Considéré pendant la Seconde Guerre mondiale comme le pivot du Système de Défense du Bassin des Caraïbes, dans ses dernières années la base organisait des exercices navals sur l'île adjacente de Vieques qui ont pris fin en mai 2003.

Ce ne sont là que deux des derniers changements dans le cadre d'une réévaluation par le Pentagone des lieux où les États-Unis souhaitent installer des bases aériennes, navales ainsi que des postes des forces terrestres, des droits d'accès ou de stationnement et des accords de transit. De tels réexamens et repositionnements ne sont pas nouveaux ; depuis 1988, le Pentagone a mené quatre importantes séries de fermetures de bases ou restructurations de ses installations domestiques, et mettra en place une cinquième série en 2005. Les bases à l'étranger n'ont fait l'objet que d'une série de grandes restructurations - après la Guerre du Golfe de 1991 - mais des ajustements plus limités ont été effectués en réponse à la fois aux circonstances politico-militaires (qui ont mis en place la rotation continuelle d'une brigade de forces terrestres au Koweït dans les années 90 pour dissuader Saddam Hussein) et aux demandes des gouvernements des pays hôtes (consolider les bases de Marines à Okinawa et quitter les installations navales de la Baie de Subic aux Philippines).

Le Pentagone espère que son projet, le Global Posture Review, une fois entièrement mis en place, rendra possible des réponses rapides et adaptées aux contingences qui pourraient survenir en provenance de l'un des « intérêts nationaux vitaux ». Toutefois, deux de ces circonstances sont primordiales : contrer toute nouvelle émergence (et contenir celles qui existent) dans la « guerre globale au terrorisme » (Global War On Terror, ou GWOT) - avec l'Afghanistan, l'Irak et la traque de Oussama Ben Laden en corollaires - et des accès fiables aux ressources énergétiques.

Le Rapport sur les structures de base (Base Structure Report) énumère 702 bases qui appartiennent ou son louées par le Pentagone, avec environ 6 000 installations supplémentaires sur le sol des États-Unis ou de ses possessions. Aussi vaste que puisse paraître ce réseau, le Rapport sur les structures de base s'abstient étrangement d'inclure un quelconque site en Afghanistan, Ouzbékistan, Kyrgyzistan, Koweït, Qatar et Kosovo. À cela il conviendrait d'ajouter au moins quatorze garnisons en Irak.

Il y a aussi le problème des « informations minimisées ». En Asie, les dix installations du Corps de Marine d'Okinawa, dont la vaste base aérienne de 1200 hectares USMC Futenma, ne sont représentées que par une seule entrée. Le maillage d'installations de collectage de renseignement et autres installations militaires en Grande-Bretagne sont totalement absentes du rapport, possiblement parce qu'elles sont toutes, techniquement, des installations de la Royal Air Force. De plus, si un système de défense antimissile « phase de décollage » pour contrer les missiles nord-coréens peut être déployé sur des navires croisant dans les eaux internationales de la mer du Japon, une vouverture efficace par un système basé à terre pour contrer les missiles iraniens nécessiterait des sites de lancement au moins en Afghanistan et en Irak (ainsi que possiblement au Turkménistan), selon une étude du Congressional Budget Office achevée en juillet 2004.

Un peu d'histoire

« Destin manifeste » est le raccourci sémantique employé couramment pour qualifier la série de guerres, d'acquisitions et d'accords rompus qui ont alimenté l'expansion continentale vers l'Ouest par les colons européens du Nouveau Monde et leurs descendants du XIXe siècle. Il recouvre aussi une kyrielle de prétextes qui ont mené à l'annexion de Hawaï (7 juillet 1898), déclarée en vertu d'une résolution parlementaire conjointe, de même qu'à la guerre hispano-étasunienne (de mars à août 1898), qui a permis aux États-Unis d'obtenir Puerto Rico, Guam, la cession « permanente » de la Baie de Guantanamo à Cuba et le contrôle politique direct de Cuba jusqu'en 1902, ainsi que des Philippines jusqu'en 1946.

Avec le début du XXe siècle, les prouesses industrielles états-uniennes s'allièrent avec l'appui traditionnel du pays sur la liberté de circulation en mer pour un commerce sans restrictions, ce qui permit l'émergence d'un centre de pouvoir alternatif vis-à-vis de ceux en Europe qui se dirigeaient vers l'effondrement du « Concert européen ». Mais si la guerre, avec ses embargos et ses zones d'exclusion, était néfaste aux intérêts commerciaux états-uniens, une Europe sous un pouvoir unique pouvant réguler l'accès aux échanges continentaux au détriment des États-Unis.

Cette dernière considération a motivé deux politiques états-uniennes interconnectées qui, malgré quelques modifications, restent aujourd'hui pertinentes. La première est tactique : l'acquisition de bases stratégiquement situées ou de droits de stationnement et d'escale pour les navires de guerre états-uniens (et aujourd'hui les avions basés à terre ainsi que les forces terrestres) - « stations d'approvisionnement en charbon » dans le jargon de l'époque. Bien que les groupes de bataille de porte-avions états-uniens incluent des navires de réapprovisionnement très efficaces, le fait de pouvoir compter sur l'accès immédiat à un port pour des urgences, embarquements ou rotation d'équipage est une diplomatie prudente.

La seconde, une politique stratégique, s'oppose à toute tentative d'hégémonie sur le continent eurasien. Par coïncidence, au moment où les États-Unis obtenaient pour la première fois des territoires d'outre-mer, Sir Halford Mackinder proposait (en décembre 1904) ce qui s'est illustré comme la « théorie du coeur continental » (Heartland theory) :

Qui gouverne l'Europe de l'Est domine le heartland ;
qui gouverne le heartland domine l'île-monde (Eurasie et Afrique) ;
qui gouverne l'île-monde domine le monde.

Si la formule de Mackinder ne faisait probablement que donner une tonalité pédante à un impératif politique déjà défini (ce qui n'est même pas certain), le problème de l'accès continu aux marchés européens influença la décision des États-Unis de s'opposer à l'Allemagne impériale. La même logique se retrouve dans le soutien apporté par Franklin Roosevelt au Royaume-Uni (par exemple au travers du Lend-Lease) pendant la période allant de l'invasion nazie de la Pologne (1er septembre 1939) à Pearl Harbor (7 décembre 1941). D'une certaine façon, la Seconde Guerre mondiale se « métamorphosa » alors en Guerre froide, l'Union Soviétique communiste et la République populaire de Chine remplaçant l'Allemagne fasciste - au moins jusqu'à la rupture sino-soviétique en 1959.

Pendant que l'effondrement de l'Empire soviétique en 1989 et celui de l'URSS elle-même en 1991 mettaient un terme à la compétition idéologique Est-Ouest pour l'Europe, l'Europe elle-même avait tranquillement créé sa propre identité collective - l'Union européenne. Ironiquement, au travers de l'Organisation Mondiale du Commerce, les États-Unis rencontrent une opposition à certaines de leurs politiques commerciales, tarifaires et fiscales qui, sans le faire physiquement, menacent psychologiquement et économiquement de fermer l'accès au coeur continental aux affaires et échanges états-uniens.

Une dépendance énergétique croissante

Avec la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l'opposition des États-Unis à une Europe hégémonique fut étendue à une autre région. En février 1945, le président Franklin D. Roosevelt rencontrait le dirigeant du Royaume moderne d'Arabie Saoudite. Anticipant le fait que le pétrole deviendrait de plus en plus vital pour les États-Unis dans pratiquement tous les secteurs, Roosevelt conclut un marché : le garantie d'accès au pétrole saoudien en retour de la protection des États-Unis. En 1991, après avoir été informé par les renseignements états-uniens de l'invasion du Koweït par Saddam Hussein et le déploiement de troupes irakiennes le long des zones frontalières, les Saoudiens en appelèrent aux États-Unis pour qu'ils honorent la promesse de Roosevelt en 1945.

La guerre de 1991 n'était pas la première fois que l'« or noir » était le catalyse de la guerre. Les besoins d'Hitler en pétrole pour la machine de guerre et l'industrie allemandes étaient en toile de fond lors de son assaut de l'Union soviétique, et les actions de Roosevelt visant à couper l'accès du Japon au pétrole avaient contribué à la décision de Tokyo d'attaquer les États-Unis. Aujourd'hui, selon la « doctrine Bush », le pétrole est devenu le catalyse pour la guerre préventive.

La raison pour laquelle il en est ainsi est évidente au vu des vastes quantités de pétrole que consomme l'économie états-unienne - 26 % de la consommation globale par 5 % de la population du globe. Quatorze de ses quinze principales sources de pétrole brut durant les deux premiers mois de l'année 2004 étaient des pays avec un accès direct au territoire états-unien (Canada et Mexique) ou un accès aux océans pour le transport direct. (Le quinzième, le Tchad, coincé dans les terres, dont la production pétrolière a démarré fin 2003, exporte son pétrole par le Cameroun). Le maintien de cet accès immédiat garde les prix bas sans restreindre sérieusement la mentalité « easy rider » largement répandue dans une portion significative de la population.

Lire aussi : Accession à la domination énergétique

Répartition des commandements militaires américains

Liste partielle des bases d'opération avancée existantes et bases de coopération militaires

Afrique :
* Cameroun [Entraînement]
* Dakar, Sénégal [US Air Force]
* Djibouti [USMC et forces spéciales]
* Entebbe, Ouganda [US Air Force]
* Maroc [Entraînement]
* Mauritanie [Entraînement]
* Niger [Entraînement]
* Sao Tome et Principe [Installations navales]
* Tunisie [Entraînement]
* Tchad [Entraînement]
 
Europe / Méditérrannée Est :
* Chypre [US Air Force]
* Bosnie [Camp Bondsteel]
* Bulgarie [Aérodrome Sarefovo]
[Aérodrome Graf Ignatievo]
* Roumanie [Base aérienne Mihail Kogalniceanu]
[Base d'entraînement de Babadag]
[Installations navales de Mangalia]
 
Proche-orient et Golfe Persique :
* Bahrein [Base Naval Juffar, quartier général de la 5ème flotte]
* Irak (17 camps opérationnels) [Camp Dogwood (occupé par les troupes du Royaume Uni)]
[Camp Ramadi (US Army et Marine)]
[Camp Liberty]
[Camp Honor]
[Camp Justice]
[Camp Freedom]
[Camp Solidarity]
[Site du bouclier antimissiles US (lieu ?)]
* Koweït [Camp Doha]
* Oman [Base aérienne al Musnanab]
* Qatar [Camp al Sayliyah]
* Yemen [Installations navales Aden]
 
Asie du Sud-Ouest :
* Afghanistan [Kandahar]
[Shindand]
[Site du bouclier antimissiles US (lieu ?)]
* Pakistan [Base aérienne Dalbandin : logistique]
[Base aérienne Jacobabad : logistique]
[Base aérienne Khwost : logistique]
[Pasni]
 
Asie centrale :
* Kighizistan [Base aérienne de Manas]
* Ouzbekistan [Karshi Khanabad]
* Turkmenistan [Site du bouclier antimissiles US (lieu ?)]
 
Asie de l'Est et du Sud-Est :
* Australie (34 installations) [Pine Gap : communications / radar]
[Nummungar : radar]
[Northwest Cape : communications]
[Accès à la base aérienne de Delamere]
[Accès à la base d'entraînement de Bradshaw]
[Accès à la zone d'entraînement deShoalwater Bay]
* Corée du Sud [Centre mobile de contrôle de drones]
* Diego Garcia [Base aérienne]
* Singapour [Quai pour porte-avion à Changi]
[Transit et ravitaillement à la base aérienne de Paya Lebar]
 
Amérique du Sud et centrale et Atlantique Sud :
* El Salvador [Ile Ascension : communications / radar]
* Équateur [Base aérienne de Manta : transit ravitaillement et unités anti-drogue]
[Aruba : transit et ravitaillement]
[Curaçao : transit et ravitaillement]
Sources :
New York Times 22 septembre 2004
Rapport CBO « Altenatives To Present Army Basing », mai 2004
Rapport CBO « Alternatives for Boost-Phase Missile Defense », juillet 2004

Le plan états-unien évolutif de bases militaires

Avant d'aller plus loin, il pourrait être utile d'expliquer la récente terminologie du Pentagone en ce qui concerne les bases à l'étranger et de décrire les actions actuelles liées à l'installation de bases.

Dans un briefing de fond conjoint des départements d'État et de la Défense sur la Global Posture Review, les officiers de briefing notèrent que 202 des 230 principales bases U.S. dans le monde sont aux États-Unis ou dans ses possessions. Mais ils signalèrent également que l'armée états-unienne est présente dans 5 458 « installations militaires distinctes et discrètes de par le monde ». Celles-ci se divisent en trois principales catégories :

> Principales bases d'opérations (main operating bases, MOB) avec des forces stationnées en permanence avec leur famille. Les bases actuelles en Allemagne entrent dans cette catégorie. Mais lorsque la nouvelle brigade moyenne remplacera les quatre brigades lourdes actuellement présentes en Allemagne, elle sera probablement stationnée au vaste complexe d'entraînement Grafenwoehr/Vilseck/Hohenfels - une « base d'opération rapide » (voir ci-dessous). Parallèlement, les bases aériennes de Ramstein et Spangdahlem (qui abrite deux escouades de chasseurs F-16) resteront des MOBs. L'Italie accueillera d'autres MOBs telles que la 173ème brigade aéroportée de Vicenza, les quartiers généraux de l'U.S. Navy en Europe à Naples, deux escouades de F-16 à Aviano ;

> Des sites d'opérations avancées (forward operating locations, FOL) avec des installations « chaudes » comprenant des équipements pré-déployés ainsi qu'un petit groupe de soutien militaire, mais sans familles ;

> Des sites de sécurité coopérative (cooperative security locations, CSL) pourvus d'installations rudimentaires uniquement occupées pour des entraînements, exercices et autres « interactions » militaires. Par exemple des locaux en Thaïlande pour pour des exercices conjoints Cobra gold avec les Thaïs et d'autres partenaires régionaux.

Zones stratégiques pour la production et le transfert énergétiques

Environ un mois après le briefing conjoint des départements (23 septembre 2004), le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld décrivit pour le Comité sénatorial des forces armées la stratégie globale derrière le Global Posture Review :

« En Asie, nos idées se basent sur notre accès terrestre, aérien et naval actuel pour surmonter de grandes distances, tout en apportant des capacités aériennes et navales supplémentaires dans la région. Nous envisageons de consolider les installations et quartiers généraux au Japon et en Corée, d'établir des postes pour les forces d'opérations spéciales, et de créer de multiples avenues d'accès pour les opérations de contingences.
En Europe, nous prévoyons des forces terrestres plus légères et déployables ainsi que des forces d'opérations spéciales renforcées - le tout positionné pour être déployé plus rapidement vers d'autres régions si nécessaire - et des installations d'entraînement avancées.
Au Moyen-Orient au sens large, nous proposons de maintenir ce que nous appelons des installations "chaudes" pour les forces en rotation et les tâches contingentes, en s'appuyant sur la coopération et l'accès accordé par les nations hôtes lors des opérations Enduring Freedom et Iraqi Freedom.
En Afrique et dans l'hémisphère Ouest, nous prévoyons un maillage diversifié de sites de sécurité coopérative pour un accès contingent. »

Sources principales ou potentielle de pétrole pour les US Route de transit de pétrole effective ou potentielle vers l'Atlantique ou le Pacifique Accès, transit ou présence militaire US effective ou potentielle
Dans le pays Dans un pays adjacent
Canada N/A X -
Arabie Saoudite Golfe Persique ; Mer Rouge X Koweït, Irak, Bahrein
Irak Golfe Persique ; Syrie ; Turquie X (occupé) Koweït, Turquie
Koweït Golfe Persique - Arabie Saoudite, Irak
Iran Golfe Persique - Arabie Saoudite, Irak
Mexique N/A -
Venezuela Oléoduc vers le canal de Panama - Colombie, Aruba, Équateur
Nigeria N/A - Sao Tome et Principe
Equateur N/A X -
Oléoducs vers l'Europe et la Chine - Kazakstan, Bulgarie, Roumanie, Azerbaïdjan, Géorgie
Angola N/A - Sao Tome et Principe
Algérie N/A - Italie
Gabon N/A - Sao Tome et Principe
Guinée Équatoriale N/A - Sao Tome et Principe
Tchad Cameroun - -
Sources potentielles significatives
Kazakstan Russie (Mer Noire) ; Iran ; Azerbaïdjan-Géorgie-Turquie ; Chine - Afghanistan, Ouzbekistans
Turkmenistan Afghanistan-Pakistan ; Iran - -
Azerbaïdjan Géorgie, Turquie - Géorgie
Ouzbekistan - X Afghanistan
Colombie Vénézuela pour la Chine X -

La sécurité énergétique et la présence militaire états-unienne

À première vue, la superposition des sites de bases militaires ou de pays alliés et des quinze principaux pays exportant du pétrole vers les États-Unis présente une divergence significative.

En excluant les alliés de l'OTAN que sont le Canada, la Norvège et le Royaume-Uni, seuls trois des 12 principaux fournisseurs actuels restants ont passé des accords de stationnement de troupes avec les États-Unis : l'Arabie Saoudite, le Koweït et l'Équateur, et l'un d'entre eux, l'Irak, est actuellement occupé par des unités militaires états-uniennes.

Dans le cadre de la guerre visant officiellement à écarter les Talibans du pouvoir en Afghanistan, les États-Unis ont sécurisé des FOLs (sites d'opération avancées) en Ouzbékistan (la base aérienne de Khanabad) et au Kirghizstan (la base aérienne de Manas près de Bishkek) pour environ 1000 ou 1200 militaires. Ces deux bases sont des FOLs toujours actifs. En Afghanistan même, les États-Unis paraissent certains de garder le contrôle de la base aérienne de Bagram à l'extérieur de Kandahar. De plus, une base aérienne à Shindand, qui se situe à seulement quinze kilomètres de la frontière iranienne, abrite quelques 100 membres de forces spéciales avec un appui héliporté. Il a été rapporté que les Iraniens soupçonnent une possible transformation de Shindand en une base d'interception ou une base avancée pour une future attaque états-unienne.

Cela dit, la situation est différente lorsque les pays n'appartenant pas à l'OTAN et qui (1) sont les principales sources ou sources potentielles de pétrole pour le marché états-unien, (2) ont les plus grandes réserves de pétrole, et (3) ont des installations de transit vitales pour acheminer le pétrole sont comparés avec des pays qui ont des accords militaires avec les États-Unis, abritent une présence militaire états-unienne ou ont été identifiés comme possibles hôtes.

D'autres têtes de pont importantes dans le Golfe persique incluent le Bahrein et le Qatar, qui tous les deux accueillent des installations militaires stratégiques ; les Émirats arabes unis et Oman. En Europe de l'Est, suite à la fin des hostilités majeures en Irak, 150 Marines demeuraient stationnés dans une FOL du port de Constanta sur le rivage roumain de la mer Noire. En revanche, la présence états-unienne sur la base de Incirlik, en Turquie, a été nettement réduite, passant de 3000 à 500 militaires.

Le défi pour maintenir la domination

Les puissances militaires dominantes ont toujours dû s'occuper des pays ne faisant pas partie de leur « empire » - que l'empire soit formel ou informel. Cette règle s'applique toujours au XXIe siècle en dépit de la prétention états-unienne à un pouvoir et une influence « démesurés ». Par ailleurs un corollaire de cela s'applique toujours également : la tendance « naturelle » de ceux qui sont extérieurs à l'empire est de travailler ensemble pour séparer des morceaux de l'empire ou même saper l'édifice entier de l'empire.

Au commencement du XXIe siècle, les deux principaux acteurs extérieurs étaient la Russie et la Chine. Ils avaient eu une relation d'amour et de haine pendant le XXe siècle, une relation qui, après 1959, incluait une série de confrontations militaires le long de leur frontière longue et toujours militarisée. Dans les années 70, Richard Nixon jouait la « carte de la Chine » contre les Soviétiques en établissant des relations diplomatiques avec la Chine et en rétablissant des relations commerciales.

Mais le XXIe siècle a apporté avec lui un autre défi à la domination U.S. : l'émergence de groupes sub-nationaux enclins à terroriser des populations entières. La réaction initiale de l'administration Bush, suite aux attaques d'Al Qaïda le 11 septembre 2001, semblait destinée à rallier le monde contre la terreur. Pourtant, en l'espace de 18 mois, l'association de l'ultimatum du président aux autres nations, leur demandant d'être « avec nous ou contre nous », et l'invasion états-unienne de l'Irak a permis à l'unilatéralisme de triompher. Les États-Unis, embourbés en Irak, étaient probablement moins sûrs en conséquence.

Irak Ceux qui se complaisaient dans la « victoire » états-unienne face à l'empire soviétique, et qui sont arrivés au pouvoir en 2001 étaient singulièrement aveuglés par les leçons de la Guerre froide en matière de pouvoir des relations coopératives. Ils semblaient penser que les États-Unis étaient si dominants qu'ils pourraient assurer une sécurité unilatérale - ignorant totalement le principe de base qui veut que chaque action entreprise pour se rapprocher de ce but engendre une ou plusieurs contre-actions. La phase post-combats majeurs de l'aventure irakienne a finalement forcé l'administration à renverser sa tactique en invitant les Nations-Unies à les aider - mais a perdu son soutien ainsi que l'assistance vitale des agences non-gouvernementales en raison du chaos incessant dans de nombreuses parties de l'Irak.

L'unilatéralisme états-unien dans son effort pour contenir et réduire le nombre d'actes terroristes a eu d'autres conséquences négatives. Washington a tenté d'obtenir un soutien en ajoutant à sa liste d'individus et groupes suspects tous ceux nommés par ses « alliés » dans la « guerre au terrorisme ». Par exemple, le 1er avril 2004, l'ambassadeur J. Coffer Black, le coordinateur de la lutte anti-terroriste au Département d'État, s'est présenté devant le sous-comité pour le terrorisme international du Comité des relations internationales de la Chambre des représentants pour témoigner au sujet d'Al Qaïda et la « guerre globale au terrorisme » (GWOT).

Sur Al Qaïda, il a affirmé que l'organisation présente toujours une menace en dépit de la perte de ses bases d'entraînement en Afghanistan et de l'arrestation ou de la mort de 70 % de ses dirigeants officiels et plus de 3 400 « agents ou associés ». Sur la guerre globale au terrorisme, il a isolé six organisations terroristes ou lieux dignes d'être mentionnés : Ansar al-Islam et le réseau al Zaquaoui, tous les deux en Irak, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat et le Salafiya Jihadyia, tous deux en Afrique du Nord, Jemaah Islamiya en Asie de l'Est et du Sud-Est et le Mouvement islamique d'Ouzbékistan. Il a aussi fait référence aux « milliers de jihadistes de par le monde qui se sont battus lors des conflits au Kosovo, au Cachemir, en Tchétchénie et ailleurs. »

Certains observateurs pensent que la mention du Mouvement islamique d'Ouzbékistan était un alibi pour l'utilisation de bases dans ce pays. Cependant le paysage « terroriste » d'Asie centrale-Chine de l'Ouest est confus, et c'est le moins qu'on puisse dire. Depuis des années, la Chine a minimisé les fréquents incidents violents dans la région autonome du Xinjiang-Oïgour (XUAR). Mais après le 7 octobre 2001, quand les premières bombes états-uniennes se sont abattues sur l'Afghanistan, Beijing a commencé à les exagérer, les attribuant aux « terrorists » islamistes du Turkestan oriental qui feraient partie du réseau terroriste international et seraient à ce titre une cible légitime de la Coalition menée par les États-Unis.

Au premier abord, Washington a résisté aux pressions de Beijing. Après sa rencontre du 6 décembre 2001 avec les vice-ministres des Affaires étrangères chinois Li Zhaoxing et Wang Yi, Francis Taylor, le coordinateur de la lutte anti-terroriste du Département d'État, déclarait : « Les problèmes économiques et sociaux auxquels sont confrontés les peuples de Chine occidentale ne sont pas nécessairement des problèmes de terrorisme et devraient être résolus politiquement plutôt que par le recours à des méthodes de contre-terrorisme. » Néanmoins, l'opposition se transforma en ambivalence jusqu'à ce que finalement le Turkestan oriental soit ajouté à la liste.

Un autre groupe, Hizb-e Tehir (HT) ou Parti de la libération, affirme qu'il compte de nombreux membres en Ouzbékistan, au Tadjikistan et au Kyrgyzystan. Son agenda inclut l'instauration d'un califat qui unirait le Turkestan de l'Est et de l'Ouest (le XUAR en Chine et les républiques d'Asie centrale, respectivement). Les médias russes les associent au Mouvement islamique d'Ouzbékistan, qui aurait adopté les vues de Hizb-e Tehir.

Un regard vers l'avenir

Comment définir l'avenir à partir de tout cela ? Pour le moins brumeux, jusqu'à ce que la Commission de déploiement outre-mer finisse son travail. Mais d'autres examinent des options basées sur des critères définis par le Pentagone.

En mai 2004, le Bureau parlementaire du budget (CBO) publiait une étude qui examinait les bases à l'étranger et des options de redéploiement allant du status quo par des consolidations mineures à un retrait complet de la plupart des forces basées de manière permanente.

L'un des principaux critères pris en compte par le CBO était le « temps nécessaire pour déployer une brigade lourde de combat de l'armée (BCT) par voie maritime » jusqu'aux zones de conflits potentiels - l'un des arguments de l'administration pour demander un changement. (Le programme de « transformation » de Donald Rumsfeld prévoit de s'en tenir à une chronologie 10-30-30 : 10 jours pour déplacer les forces jusqu'à n'importe quel endroit du globe, 30 jours pour vaincre un ennemi et 30 jours pour récupérer en vue d'une autre guerre.) CBO s'est particulièrement intéressé au Nigeria, à l'Azerbaïdjan (importantes sources potentielles futures de pétrole), à l'Ouganda et à Djibouti (bases opérationnelles potentielles pour conduire des opérations en Afrique et sur la péninsule Arabique pour contrer l'instabilité et le terrorisme).

CBO a comparé les délais nécessaires pour déplacer un BCT d'hypothétiques FOBs en Bulgarie, en Pologne et en Roumanie avec les bases actuelles dans l'océan indien avec Diego Garcia (équipement sur les bateaux) ainsi qu'en Allemagne. L'Azerbaïdjan est la seule destination qui pourrait être atteinte plus rapidement (six jours) à partir de FOBs - mais seulement de Bulgarie et de Roumanie. Dans tous les cas, les départs de Pologne mettent autant de temps (ou un jour de plus) que d'Allemagne, alors que les départs de Bulgarie et de Roumanie prennent un, trois et six jours de plus que depuis Diego Garcia pour atteindre la Nigeria, Djibouti et l'Ouganda respectivement.

(Changer la configuration du BCT de tank-lourd pour adopter la nouvelle configuration équipée de Stryker permettrait d'économiser encore plus de temps par rapport au temps actuel, mais cette différence est davantage due au fait que les BCT équipés de Strykers peuvent être déplacés par voie aérienne plus efficacement.)

CBO s'est également intéressé au temps nécessaire pour déplacer les unités de service de combat et les unités de soutien de service de combat qui assurent la logistique des BCTs. Le laps de temps depuis l'Allemagne était égal ou plus court que depuis les États-Unis dans tous les cas, mais depuis le Qatar, qui abrite l'équipement d'une division entière, l'Ouganda et Djibouti pouvaient être atteints neuf et sept jours plus rapidement, respectivement, que depuis l'Allemagne.

L'étude du CBO suggère deux conclusions. D'abord, resituer les bases en Europe n'améliore pas le temps de réponse opérationnelle sauf pour la région de la Caspienne. Néanmoins, le Pentagone semble déterminé à poursuivre le retrait des plus importants sites principaux d'opération (MOBs) de troupes à l'extérieur des États-Unis tout en augmentant le nombre de FOLs et CSLs pour améliorer sa « liberté d'action ». Ces deux derniers types de bases sans aucun doute se multiplieront en Afrique sub-saharienne, en Europe de l'Est et en Asie du Sud-Ouest.

Ensuite, malgré les consolidations actuellement en cours en Allemagne (13 installations en cours de fermeture) et en Corée du Sud (18 installations en cours de fermeture), ce qui reste confirmé dans le rapport CBO est la remarque émise par des observateurs extérieurs selon laquelle les futurs sites de bases états-uniennes en Europe, au Moyen Orient, en Asie du Sud-Ouest et en Asie centrale seront liés aux sources de pétrole et aux considérations en termes de transport de pétrole.

Malgré des fermetures et consolidations supplémentaires aux 701 « installations » d'outre-mer (381 pour l'armée, 44 pour la marine, 2 pour les corps navals, 275 pour l'armée de l'air) identifiées par le CBO, les États-Unis continueront à maintenir la structure de bases à l'étranger la plus étendue de tous les pays. Pour le Pentagone, semble-t-il, non seulement « les sites de déploiement sont le plus important », mais ils sont aussi « partout ».

La section sur le redéploiement stratégique est fondée entre autre sur le texte de Daniel Smith Colonel de l'U.S. Army, expert en affaires militaires, contributeur régulier de Foreign Policy in Focus, publié par le Réseau Voltaire.

Sources documentaires

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