LE « CHOC DES CIVILISATIONS »
Le terrorisme mental légitimant l’émergence du « libéral-fascisme »


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La vision d’un « choc des civilisations » sert à mobiliser les opinions contre l’Autre, à justifier le désordre établi ; elle permet de légitimer les inégalités et les injustices caractérisant le système néolibéral au nom d’un péril multiforme.

Prepar for the end

1- Une Croyance au service du Capital
2- Une politique internationale fondamentaliste
3- Origines d’un modèle de capitalisme théologique
4- Le théoricien mondial de l’Islamophobie
5- L'Axe de la guerre des civilisations
6- Sauver la « civilisation » face à la « faillite morale de l'ONU » et à l’héritage des luttes sociales

> La théorie du complot islamique mondial et du clash des civilisations a été progressivement élaborée, depuis 1990, pour fournir une idéologie de remplacement au complexe militaro-industriel états-unien après l’effondrement de l’URSS.

> L’orientaliste britannique Bernard Lewis, le stratège états-unien Samuel Huntington et le consultant français Laurent Murawiec en ont été les principaux inventeurs. Elle permet de justifier, de manière pas toujours rationnelle, la croisade états-unienne et plus largement occidentale pour le contrôle du pétrole et du gaz, et l’élaboration d’« Etats policier » dans les prétendues démocraties des Etats industriels.

> Les attentats du 11 septembre 2001, imputés par l’administration Bush à un « complot islamiste », ont été interprétés aux États-Unis et en Europe comme la première manifestation d’un « clash des civilisations ».

> Le monde arabo-musulman serait entré en guerre contre le monde judéo-chrétien. Cet affrontement ne pourrait trouver de solution que dans le triomphe de l’un au détriment de l’autre, soit celui de l’islam avec l’imposition d’un Califat mondial (c’est-à-dire d’un Empire islamique), soit celui des « valeurs de l’Amérique » partagées avec un islam modernisé dans un monde globalisé.

>Voici la carte des civilisations décrite par le professeur américain Samuel Huntington, amenées selon lui à entrer en guerre les unes contres les autres (notez l'amalgame simpliste entre culture, religion et civilisation) :

Tiré de l'émission Le Dessous des cartes.

Une Croyance au service du Capital

La théorie du complot islamique et du clash des civilisations offre une explication holistique du monde. Elle ordonne le monde d’après la disparition de l’URSS. Il n’y a plus d’affrontement Est-Ouest entre deux super-puissances animées d’idéologies antagonistes, mais une guerre entre la civilisation moderne incarnée essentiellement par « l’American Way of life » et des groupes dissidents très diverses qualifiés de forme archaïque de barbarie et plus particulièrement la résistance structurelle du monde arabo-musulman autant laïque que fondamentaliste.

En posant que l’islam est en guerre contre les valeurs de l’Amérique, cette théorie sous-entend en premier lieu que l’islam n’est pas modernisable. Cette culture est indissociable de la société arabe au VIIIe siècle dont elle perpétue les structures, notamment le statut inférieur des femmes. Elle ne conçoit son expansion que par la violence sur le modèle des guerres du Prophète.

Cette théorie suppose également que « l’Amérique » est porteuse de liberté, de démocratie et de prospérité. Qu’elle incarne la modernité et représente le point ultime du progrès et la fin de l’Histoire.

Le 11 septembre 2001 est la première bataille de cette guerre des civilisations, comme Pearl Harbour est la première bataille de la Seconde Guerre mondiale vue des États-Unis. C’est dire que cette guerre ne ressemble pas aux précédentes. Au cours des deux premières Guerres mondiales, des coalitions militaires se livraient un combat de titans. Au cours de la Guerre froide (ou 3ème guerre mondiale), les combats militaires sont limités à des zones périphériques, voire à des conflits de basse intensité (guérillas)non moins destructeurs, tandis que l’affrontement central oppose idéologiquement deux super-puissances.

Au cours de la Quatrième Guerre mondiale qui vient de commencer, les batailles militaires classiques disparaissent au profit des guerres asymétriques : une unique puissance, leader de tous les États, combat un terrorisme non-étatique omniprésent.

Les expéditions militaires en cours dans les Etats du Golfe et la valorisation des unités d’Elite et autres Forces spéciales au sein des corps d’armées occidentaux préfigurent les conflits caractéristiques de la géopolitique du XXIème siècle. Un système militaire globalisé répondant à la nouvelle organisation économique (mondialisation néolibérale et division internationale du travail) qui affronte des groupes armés non étatiques issus de la société civile et dont l’intensité du rapport de force est fonction du degré d’importance stratégique du territoire concerné.

Du point de vue impérialiste il ne s’agit pourtant pas d’une guerre entre le despotisme des États et des groupes de résistants, mais bien au contraire d’une insurrection des démocraties contre la tyrannie islamiste qui opprime le monde arabo-musulman et tente d’imposer le Califat mondial. Les résistances extérieures au monde arabo-musulman comme celle qui s’exprime au Vénézuella depuis 2002 sont systématiquement associées au fondamentalisme islamique ou au traffic de drogues (c’est le cas pour les FARC qui contrôlent pourtant 20% seulement de la production de cocaïne colombienne).

Cette lutte du Bien et du Mal trouve son point de cristallisation à Jérusalem. C’est en effet là que selon les Evangélistes au pouvoir aux USA, à l’issue de l’Armageddon, doit avoir lieu le retour du Christ qui marquera le triomphe de la « destinée manifeste » des États-Unis, « seule nation libre sur terre », chargée par la Divine Providence d’apporter « la lumière du progrès au reste du monde ». Dès lors le soutien inconditionnel à Israël face au terrorisme islamiste est un devoir patriotique et religieux pour tout citoyen états-unien, même si les juifs ne peuvent espérer le salut qu’à travers la conversion au christianisme.

Une politique internationale fondamentaliste

Cet exposé de la théorie du complot islamiste et du clash des civilisations ne force aucunement le trait. Elle est fidèle à la vulgate des médias et des partis politiques aux États-Unis. On peut, bien entendu, s’interroger à la fois sur les préjugés qui la fondent, sa cohérence interne et sa nature irrationnelle.

Les concepts de monde arabo-musulman et de monde judéo-chrétien sont eux-mêmes contestables. Originellement le terme judéo-chrétien ne désigne pas l’ensemble Juifs plus Chrétiens, mais au contraire le groupuscule des premiers Chrétiens lorsqu’ils étaient encore juifs, avant que l’Église ne se sépare de la Synagogue. Mais à la fin des années soixante, c’est-à-dire après le rapprochement israélo-états-unien et la guerre des Six jours, ce terme prend un sens politique. Il désigne le bloc atlantiste, qualifié d’Occident, face au bloc soviétique, appelé Est.

On observe ici un recyclage des concepts. L’Occident reste à peu près le même aujourd’hui, tandis que l’adversaire n’est plus l’Est, mais l’Orient. Ces concepts n’ont rien à voir, ni avec la géographie, ni avec la culture, mais uniquement avec la propagande. Ainsi, l’Australie et le Japon sont politiquement occidentaux, comme d’ailleurs deux États européens à population musulmane, la Turquie et la Bosnie-Herzégovine. On se heurte d’ailleurs là au plus gros problème : dans de nombreux États, et particulièrement alentour de la Méditerranée, il est impossible de distinguer actuellement civilisation judéo-chrétienne et civilisation arabo-musulmane. La guerre des civilisations suppose donc que l’on suscite des guerres civiles pour séparer les populations afin d’affaiblir les Etats et par la même prévenir l’émergence d’un monde multipolaire.

De ce point de vue, une expérience réussie a été réalisée en Yougoslavie. La poursuite et l’achèvement du projet de séparation impliquent la liquidation de l’idéalisme laïque. Il est donc inévitable, sur le long terme, que la résistance structurelle la plus importante à l’intérieur du camp « occidental » soit la République française.

Par ailleurs le préjugé selon lequel l’islam est incompatible avec la modernité et la démocratie suppose une grande ignorance. À la fois l’expression monde arabo-musulman souligne que l’islam est aujourd’hui bien plus large que le monde arabe, mais en même temps la représentation que l’on s’en fait est on ne peu plus étriquée. Très rares sont les États-uniens qui savent que l’Indonésie est le premier État musulman au monde. Peut-on raisonnablement dire qu’Abou Dhabi et Dubaï sont moins modernes que le Kansas ? Peut-on sincèrement affirmer que le Bahreïn est moins démocratique que la Floride ? L’un des ressorts de ce discours est d’assimiler l’islam à l’Arabie du VIIIe siècle, mais vient-ils à l’esprit de quiconque d’assimiler le christianisme à l’Antiquité proche-orientale ?

Corrélativement, cette théorie repose sur la croyance dans « les valeurs de l’Amérique ». Et c’est bien de croyance dont il s’agit car comment peut-on tenir en si haute estime un pays dont la constitution ne reconnaît pas la souveraineté populaire, dont le président n’est pas élu mais nommé, où la corruption des parlementaires n’est pas interdite mais réglementée, où des justiciables peuvent être tenus au secret, qui entretient des camps de concentration à Guantanamo et ailleurs dans le monde, qui pratique la peine de mort et la torture, où les patrons des grands journaux reçoivent hebdomadairement leurs ordres de la Maison-Blanche, qui bombarde des populations civiles en Afghanistan et en Irak, qui kidnappe un président démocratiquement élu à Haïti, qui finance des mercenaires pour renverser des régimes démocratiques au Venezuela et à Cuba, etc. ?

Enfin, cette théorie est indissociable d’une pensée religieuse à caractère apocalyptique. La révolution américaine est un mouvement complexe où se sont mêlées des idéologies différentes. Mais en définitive, c’est sur un projet religieux qu’ils se sont fondés et c’est de ce projet originel que se réclame l’actuelle administration. Le serment d’allégeance, en vigueur depuis la Guerre froide et actuellement contesté devant la Cour suprême, implique qu’il faut croire en Dieu pour être citoyen des États-Unis. George W. Bush a accédé à la Maison-Blanche en présentant sa foi en Jésus comme programme politique. Il a professé des croyances fondamentalistes selon lesquelles l’humanité a été créée il y a seulement quelques milliers d’années et sans évolution des espèces. Il a installé un Bureau des initiatives fondées sur la foi à la Maison-Blanche. L’attorney général John Ashcroft a fait sienne la devise « Nous n’avons d’autre roi que Jésus ». Le secrétaire à la Santé a coupé des programmes prophylactiques au nom de ses convictions religieuses. Le secrétaire à la Défense a embarqué les missionnaires de l’Église du pasteur Graham dans les forces de la Coalition en Irak avec mission de convertir les Irakiens. Etc. Au vu de tout cela, on peut raisonnablement se demander si les États-Unis sont bien un pays moderne, ouvert et tolérant, où s’ils n’incarnent pas le sectarisme et l’archaïsme.

Origines d’un modèle de capitalisme théologique

Bernard Lewis L’expression « clash des civilisations » est apparue pour la première fois dans un article de l’orientaliste Bernard Lewis, en 1990 aimablement intitulé « Les racines de la rage musulmane ». Le propos est lancé : l’islam ne donne rien de bon et les musulmans en conçoivent une amertume qui se transforme en fureur contre l’Occident. Mais la victoire des États-Unis est certaine, ainsi que la libanisation du Proche-Orient et le renforcement d’Israël.

Agé aujourd’hui de 88 ans, Bernard Lewis est né au Royaume-Uni. Il a suivi une formation de juriste et d’islamologue. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il a servi dans les services militaires de renseignement et au Bureau arabe du Foreign Office. Dans les années soixante, il est devenu un expert écouté du Royal Institute of International Affairs où il est apparu comme le spécialiste de l’ingérence humanitaire britannique dans l’Empire ottoman et l’un des derniers défenseurs du British Empire. Sous les auspices de la CIA, il a participé au Congrès pour la liberté de la culture qui lui a commandé un ouvrage, Le Moyen-Orient et l’Occident. En 1974, il a émigré aux États-Unis. Il est devenu professeur à Princeton et a été naturalisé. Il est bientôt devenu un collaborateur de Zbigniew Brzezinski, le conseiller national de sécurité du président Carter. Ils ont ensemble théorisé le concept d’« arc d’instabilité » et mis au point la déstabilisation du gouvernement communiste en Afghanistan. En France, Bernard Lewis a été membre de la très atlantiste Fondation Saint-Simon pour laquelle il a rédigé, en 1993, un opuscule, Islam et démocratie. À cette occasion, il a été interviewé par le quotidien Le Monde. Au cours de l’entretien, il s’est appliqué à nier le génocide arménien, ce qui lui a valu d’être condamné par la justice.

Cependant la notion de clash des civilisations a rapidement évolué. Elle est passée d’un discours néo-colonial sur la suprématie de l’homme blanc à la description d’un affrontement mondial dont l’issue est incertaine. Cette nouvelle acception est due au professeur Samuel Huntington qui n’est pas islamologue, mais stratège. Il la développe dans deux articles, « Le clash des civilisations ? » et « L’Occident est unique, pas universel », et un livre dont le titre originel est Le clash des civilisations et le remodelage de l’Ordre du monde.

Samuel Huntington Il ne s’agit plus seulement de se battre contre les musulmans, mais d’abord contre eux, puis contre le monde chinois. Comme dans le mythe des Horiaces et des Curiaces, les États-Unis doivent éliminer leurs adversaires l’un après l’autre pour espérer la victoire finale.

Samuel Huntington est un des grands intellectuels de notre temps. Non pas que ses ouvrages soient rigoureux et brillants, mais parce qu’ils forment le corpus idéologique du fascisme contemporain. Dans son premier livre, Le Soldat et l’État, paru en 1957, il tente de démontrer qu’il existe une caste militaire idéologiquement unie alors que les civils sont toujours politiquement divisés. Il développe une conception de la société où le commerce serait dérégulé, où le pouvoir politique serait détenu par les patrons des multinationales sous la tutelle d’une garde prétorienne.

Fascisme corporatif
Le Fascisme corporatif :

Multinationales > > ONG-Lobbying > > Gouvernements > > Citoyens-clients

Le Gouvernement n’est plus au service du citoyen mais de l’agent économique dominant : la multinationale qui dicte ses prérogatives via les réseaux de lobbying crée de fait une société pyramidale qui sape les fondements démocratiques essentiels.

En 1968, il publie L’ordre politique dans les sociétés en changement, une thèse dans laquelle il affirme que seuls des régimes autoritaires sont capables de moderniser les pays du tiers-monde. Secrètement, il participe à la constitution d’un groupe de réflexion qui présente un rapport au candidat à la présidence, Richard Nixon, sur la manière de renforcer les actions secrètes de la CIA. En 1969-70, Henry Kissinger, qui apprécie son goût pour les actions secrètes, le fait nommer à la Commission présidentielle pour le développement international. Il préconise un jeu dialectique entre le département d’État et les multinationales : le premier devra exercer des pressions sur les pays en voie de développement pour qu’ils adoptent des législations libérales et renoncent aux nationalisations, tandis que les secondes devront faire profiter le département d’État de la connaissance qu’elles ont des pays où elles sont implantées.

Il rejoint alors le Wilson Center et crée la revue Foreign Policy. En 1974, Henry Kissinger le fait nommer à la Commission des relations USA-Amérique latine. Il participe activement à la mise en place des régimes des généraux Augusto Pinochet au Chili et Jorge Rafael Videla en Argentine. Il teste pour la première fois son modèle social et prouve qu’une économie dérégulée est compatible avec une dictature militaire. C’est là qu’apparaît la notion de « libéral-fascisme ». Parallèlement, son ami Zbigniew Brzezinski le fait entrer dans un cercle privé, la Commission trilatérale. Il y rédige un rapport, « La Crise de la démocratie », dans lequel il se prononce pour une société plus élitiste, où l’accès aux universités serait raréfié et la liberté de la presse contrôlée.

Alors que les membres des administrations Nixon et Ford sont renvoyés par Jimmy Carter et que les Etats-Unis renversent leur politique en Amérique latine, Huntington est repêché par son ami Brzezinski, devenu conseiller national de sécurité. Du coup, il reste à la Maison-Blanche et devient coordinateur de la planification au Conseil. C’est à cette période qu’il commence à collaborer étroitement avec Bernard Lewis et qu’il conçoit la nécessité de dominer d’abord les zones pétrolières de l’arc d’instabilité avant de pouvoir attaquer la Chine communiste. Ça ne s’appelle pas encore le clash des civilisations, mais ça y ressemble. Mais le professeur Samuel Huntington doit faire face à un bien pénible scandale. On révèle qu’il est appointé par la CIA pour publier des articles dans des revues universitaires justifiant le recours à l’action secrète pour maintenir l’ordre dans les pays où des dictateurs amis décèdent soudainement. Cet épisode oublié, Frank Carlucci le nomme à la Commission conjointe du Conseil de sécurité nationale et du département de la Défense pour la stratégie intégrée à long terme. Son rapport servira de justification au programme de « guerre des étoiles ».
Le professeur Huntington est aujourd’hui administrateur de la Maison de la liberté (Freedom House), une association anti-communiste présidée par l’ancien directeur de la CIA, James Woolsey.

Jérusalem et La Mecque

Laurent Murawiec La théorie de la guerre des civilisations se cristallise sur les questions religieuses. Le contrôle judéo-chrétien de Jérusalem est un talisman nécessaire à la victoire globale. Si l’Occident perdait la ville sainte, il perdrait la force pour accomplir sa destinée manifeste, sa mission divine. Réciproquement, si les musulmans perdaient le contrôle de La Mecque, leur religion se déliterait. Bien sur, tout ça n’est pas très rationnel, mais ces superstitions sont omniprésentes dans les médias populaires états-uniens. Elles s’inscrivent aussi dans un discours politique structuré.

Le 10 juillet 2002, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz ont convoqué la réunion trimestrielle du Comité consultatif de la politique de Défense. Seule une douzaine de membres est présente. On y écoute un exposé d’un expert français de la Rand Corporation, Laurent Murawiec : « Mettre les Séoud hors d’Arabie ». La conférence se déroule en trois parties et vingt-quatre diapositives. Dans un premier temps, Murawiec reprend les théories de Bernard Lewis : le monde arabe traverse une crise depuis deux siècles. Il a été incapable de réaliser aussi bien sa révolution industrielle que sa révolution numérique. Cet échec suscite une frustration qui se transforme en rage anti-occidentale. D’autant que les Arabes ne savent pas débattre car dans leur culture la violence est la seule forme de politique. De ce point de vue, les attentats du 11 septembre ne sont que l’expression symptomatique de leur débordement.
Dans un second temps, Murawiec décrit la famille royale saoudienne comme dépassée après les évènements. Elle a développé dans le monde le wahhabisme aussi bien pour lutter contre le communisme que contre la révolution iranienne, mais aujourd’hui, elle est débordée par ce qu’elle a créé.
Enfin, le conférencier propose une stratégie : les Saoud détiennent à la fois le pétrole (nous y voilà), les pétrodollars et la garde des lieux saints. Ils sont le pilier central et unique autour duquel s’organise le monde arabo-musulman. En se débarrassant d’eux, les Etats-Unis peuvent récupérer le pétrole dont ils ont besoin pour leur économie, l’argent provenant du pétrole qu’ils ont eu tort de payer par le passé, et surtout les lieux saints, donc le contrôle de la religion musulmane. Et lorsque l’islam se sera effondré, Israël pourra annexer l’Égypte.

Laurent Murawiec a été consultant auprès du ministre français de la Défense, Jean-Pierre Chevènement et chargé de cours à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Conseiller de Lyndon LaRouche pendant plusieurs années, il le quitte brusquement et rejoint les néo-conservateurs. Il est aujourd’hui expert au Hudson Institute de Richard Perle et collabore au Middle East Forum de Daniel Pipes.

Cette réunion a fait grand bruit. L’ambassadeur d’Arabie saoudite a demandé des explications et M. Perle, organisateur de cette réunion, a été prié de se faire plus discret quelques temps et M. Murawiec a été invité à quitter la Rand Corporation. Quoi qu’il en soit cette réunion avait été convoquée par Rumsfeld et Wolfowitz en pleine connaissance de cause. Il s’agissait seulement de tester jusqu’où le Pentagone peut aller.
La vision d’un « choc des civilisations » sert à mobiliser les opinions contre l’Autre, à justifier le désordre établi ; elle permet de légitimer les inégalités et les injustices au nom d’un péril multiforme.

Le théoricien mondial de l’Islamophobie

Expert incontournable aux États-Unis des plateaux de télévision et des pages opinions des grands quotidiens, Daniel Pipes est devenu le théoricien mondial de l’islamophobie. Fils de Richard Pipes, le soviétologue qui relança la course aux armements sous la présidence Ford, et fils spirituel de Robert Strausz-Hupé, le visionnaire du nouvel ordre mondial, il anime une kyrielle d’instituts stratégiques. On lui doit les concepts à la mode de « nouvel antisémitisme », de « militants de l’islam » et de « conspirationisme ». Partisan de l’écrasement des Palestiniens, il a été nommé par George W. Bush administrateur de l’Institut des États-Unis pour la paix.

Au milieu des années 80, Pipes s'installe à Philadelphie où il prend la direction de l'Institut de recherche en politique étrangère (Forign Policy Research Institute) de l'université de Pennsylvanie, un laboratoire créé par le géopoliticien Robert Strausz-Hupé, qui deviendra son maître à penser. Fondé en 1955, l'institut publie depuis 1957 la revue Orbis.

Robert Strausz-Hupé Le premier numéro contient le manifeste de Strausz-Hupé : L'Équilibre de demain. On peut y lire : « L'ordre mondial qui se profile sera-t-il celui de l'empire universel américain ? Il doit en être ainsi, dans la mesure où il portera le sceau de l'esprit américain. L'ordre à venir marquera la dernière phase d'une transition historique et en finira avec la période révolutionnaire de ce siècle. La mission du peuple américain consiste à enterrer les États-nations, guider leurs peuples endeuillés vers des unions plus larges, et intimider par sa puissance les velléités de sabotage du nouvel ordre mondial qui n'ont rien d'autre à offrir à l'humanité que de l'idéologie putréfiée et de la force brute… Pour la cinquantaine d'années à venir le futur appartient à l'Amérique. L'empire américain et l'humanité ne seront pas opposés, mais simplement deux noms pour un même ordre universel sous le signe de la paix et du bonheur. Novus orbis terranum (Nouvel ordre mondial) ». Ce manifeste sera ultérieurement republié par Daniel Pipes.

De 1986 à 1993, Daniel Pipes est rédacteur en chef du journal Orbis. Il y publie à l'époque des articles prônant le soutien à l'Irak contre l'Iran, comme « L'alternative de Bagdad » de Laurie Mylroie. En 1990, il publie un article dans la National Review intitulé « Les musulmans arrivent ! Les musulmans arrivent ! » où il fait part de ses vues alarmistes sur la question. Il y écrit : « les sociétés d'Europe occidentales ne sont pas suffisamment préparées à une immigration massive de gens à la peau mate, cuisinant des plats étranges et n'appliquant pas vraiment les normes d'hygiènes allemandes ».

Dans cette période, ses livres et ses articles se démarquent par la position extrêmement dure qu'ils préconisaient à l'encontre des pays arabes, qu'il s'agisse de la Syrie, de l'Iran, ou même de l'Arabie saoudite, pourtant alliée de Washington. Déjà, il met en garde contre la menace que feraient peser les « musulmans d'Amérique » sur la sécurité des États-Unis. Dans un article de Commentary, il s'érige ainsi contre les « atermoiements » des organisations musulmanes états-uniennes, face à la discrimination dont elles s'estimaient victimes.

Une logique qui l'amène loin : se faisant l'écho de son ami Steven Emerson, également expert en terrorisme, il déclare à USA Today que l'attentat d'Oklahoma City, en 1995, démontre que l'Occident est attaqué et que les fondamentalistes « nous visent ».

En 1990, Daniel Pipes fonde une section du FPRI, le Forum du Moyen-Orient (Middle East Forum - MEF), pour « promouvoir les intérêts américains » dans la région. Celle-ci devient une association indépendante, en 1994, et publie depuis le Middle East Quaterly, ainsi que, depuis 1999, le Middle East Intelligence Bulletin.

En 1997, Daniel Pipes a participé à la création du Comité américain pour un Liban libre (US Committe for a Free Lebanon - USCFL) autour du banquier Ziad K. Abdelnour, expert du Forum du Moyen-Orient.

Daniel Pipes et les experts du FPRI, du MEF et de l'USCFL participent activement aux travaux de l'Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient (Washington Institute for Near East Policy - WINEP) où l'on retrouve les faucons les plus en vue et la fine fleur du Likoud.

Le penseur de l'islamophobie

Daniel Pipes Daniel Pipes est l'inventeur de plusieurs concepts qui ont été imposés dans le débat public.
Il est en premier lieu l'inventeur du « Nouvel antisémitisme ». Cette expression désigne initialement l'opposition des groupes de pression musulmans états-uniens contre les groupes de pression juifs états-uniens à propos de la Palestine. Elle introduit un amalgame entre anti-sionisme et antisémitisme. Il est aussi l'inventeur des « Militants de l'islam ». L'expression désigne des musulmans qui ne se contentent pas de leurs prières domestiques, mais adhèrent à des organisations communautaires et défendent les droits des Palestiniens au détriment des israéliens soutenus par les États-Unis. Elle introduit un nouvel amalgame entre identité musulmane, lutte contre l'État d'Israël, et contestation de la politique de Washington. Il s'ensuit que les États-uniens de religion musulmane sont par essence des traîtres. Enfin, il a inventé « la théorie moyen-orientale du complot ». Les Arabes, qui refusent d'admettre qu'ils sont incapables de résoudre leurs problèmes, s'imaginent qu'ils sont victimes de complots occidentaux.

L'islamophobie est l'obsession de Daniel Pipes. En 1999, il publie un article dans The Forward dans lequel il écrit « les Musulmans qui détestent l'Amérique, et notamment les Juifs qui y vivent, sont de plus en plus nombreux et de plus en plus puissants, grâce à la protection offerte par l'État de droit et l'indulgence d'une société pluraliste et charitable ». Les attentats du 11 septembre vont conforter l'analyste dans ses convictions, en même temps qu'ils lui permettent d'obtenir une plus large audience. Selon lui, c'est cela qui lui a permis de publier en 2002 Militant Islam Reaches America, un livre « impubliable » jusque là et qui met en garde contre le fait que les populations musulmanes américaines abritent « un nombre important » de gens qui « soutiennent les objectifs des détourneurs d'avion », et qui « détestent les États-Unis et souhaitent, en fin de compte, le transformer en pays musulman ». Jim Lobe, de l'Inter-Press Service, dit avoir obtenu un projet de demande de subvention dans lequel Daniel Pipes propose de lancer un « Institut de l'Islam Progressiste » qui « pourrait élaborer un point de vie modéré, moderne et pro-américain » au nom de la communauté musulmane. Selon lui, les fondamentalistes musulmans sont des « Nazis », des « tueurs potentiels » qui représentent « de vrais dangers » pour les Juifs, les Chrétiens, les femmes et les homosexuels.

La guerre d'Irak a été la consécration des théories de Daniel Pipes, puisqu'il y a vu « une chance unique de remplacer le régime le plus excité du monde ». Depuis la chute du régime de Saddam Hussein, il est un peu revenu sur cette position : en effet, il a décrété que l'Irak avait désormais besoin d'un « homme fort à l'esprit démocratique » puisque les Irakiens « vivent dans un univers mental de théorie du complot » et ne sont pas tout à fait prêt à s'auto-gouverner comme les occidentaux.

« L'Axe de la guerre des civilisations »

Caricature : Des occidentaux bien pensant contre des

Le Sommet de Jérusalem, qui s'est tenu du 12 au 14 octobre 2003 à l'hôtel King David de Jérusalem, a scellé l'alliance entre trois groupes bellicistes : les anciens de la Guerre froide à Washington, les fondamentalistes évangélistes et la mafia russe en Israël. Autour de Richard Perle et de ministres du gouvernement Sharon, ils ont célébré la « théopolitique » qui conduira à l'avènement de la « Jérusalem Céleste » après l'anéantissement de l'Islam. Réunis ensemble pour la première fois, ils ont fondé un organisme permanent pour coordonner leur politique commune.

« Israël est l'alternative morale au totalitarisme oriental et au relativisme moral occidental. Israël est le "Ground Zero" de la bataille centrale de notre civilisation pour sa survie. Israël peut être sauvé, et le reste de l'Occident avec lui. Il est temps de nous unir à Jérusalem. » Ainsi est rédigé l'appel du Sommet de Jérusalem, qui vient de se conclure à l'hôtel King David de Jérusalem.

L'alliance de trois fanatismes

Cette manifestation, réunissant les principaux leaders de l'extrême droite israélienne et des extrêmes droites religieuse et militaire états-uniennes, a permis de fonder un think tank international des amis d'Israël. Il est composé de personnalités intellectuelles et de leaders spirituels capables d'opposer un discours enraciné dans des valeurs morales supérieures à celui des gouvernements représentant les masses sans conscience.

Il ne s'agit, ni plus ni moins, que d'unir enfin trois groupes différents :

- Les « Guerriers froids » de Washington. Souvent formés au cabinet du sénateur démocrate Henry Scoop Jackson, ils ont appartenu au plus haut niveau à l'appareil d'État pendant la Guerre froide (CIA, état-major interarmes, Conseil national de sécurité). Ayant progressivement rejoint le Parti républicain et s'étant identifiés au lobby militaro-industriel, ils sont regroupés au sein du Center for Security Policy.

- Les membres de « La Famille ». Un groupe de chrétiens fondamentalistes qui, pendant la Guerre froide, a fourni l'argumentaire idéologique contre le communisme athée, et dont les pasteurs Bill et Franklin Graham sont les porte-parole. Leur siège est situé dans la propriété des Cèdres à côté du Pentagone.

- Le parti israélien d'Union nationale, composé du Ichud Leumi et du Yisrael Beiteinu, qui milite pour l'annexion des territoires occupés et la création du Grand Israël. Ce parti est financé par des « hommes d'affaires » d'origine russe.

Voici plusieurs années que ces trois groupes ont préconisé des politiques convergentes. Ils ont souvent collaboré par paires, mais c'est la première fois qu'ils travaillent tous les trois ensemble et se dotent des moyens nécessaires à la conduite d'une stratégie commune.

Sous le haut patronage de la mafia russe

Techniquement le sommet a été organisé par Dmitry Radyshevsky au nom de la Fondation Michael Cherney. M. Cherney est l'une des figures les plus controversées du monde des affaires. Parti de rien, il fit fortune en Russie sous l'ère Eltsine, « achetant » pour pas grand-chose les principaux combinats producteurs d'aluminium et créant le TransWorld Group. Rapidement considéré, à tort ou à raison, comme le « parrain des parrains de la mafia russe », Michael Cherney déplaça une partie de ses activités vers la Bulgarie où il devint le principal investisseur. Il développa la compagnie de téléphones cellulaires Mobiltel et sponsorisa la principale équipe de football bulgare. Cependant, en août 2000, il fut accusé de complot contre la sécurité de l'État et interdit de séjour en Bulgarie. Il se réfugia alors en Israël, où il avait déjà transféré une partie de sa subite fortune. Après avoir été poursuivi en justice pour son rôle supposé à la tête de la mafia russe, il fut brusquement réhabilité et devint le principal fournisseur de l'industrie d'armement israélienne.

Le Sommet de Jérusalem a été ouvert samedi 11 octobre 2003 par un dîner de gala présidé par Avigdor Lieberman, le ministre des transports du gouvernement Sharon et président du Yisrael Beiteinu. Ancien directeur de cabinet de Netanyahu, Lieberman fut le principal défenseur de Michael Cherney et de son ami Mark Rich, PDG de Glencore. Selon lui, les deux hommes d'affaires d'origine russe étaient « persécutés » par le directeur de la police judiciaire, le général Moshe Mizrachi, qui les accusait à tort d'être des patrons du crime organisé.

Sauver la civilisation face à la « faillite morale de l'ONU » et à l’héritage des luttes sociales

Voici donc venu le temps de la « théopolitique », c'est-à-dire d'une politique prétendument d'inspiration divine, fondée sur une lecture fondamentaliste des « Écritures ». Elle n'est plus l'œuvre d'un clergé, mais d'un groupe de « sages » autoproclamés, les « néo-conservateurs », dans la ligne de leur maître à penser, le philosophe Leo Strauss.

Dimanche matin, une série d'orateurs a décrit la crise morale du monde moderne et préconisé de le régénérer en se tournant vers Israël. Outre trois ministres en exercice (Ehud Olmert, Benjamin Netanyahu, Uzi Landau), on a pu entendre les dirigeants des grandes organisations sionistes (Congrès juif mondial, Organisation sioniste américaine) et des sectes états-uniennes (Ambassade chrétienne internationale de Jérusalem, Centre d'éthique et de politique d'Elliot Abrams). Ils se sont appliqués à dénoncer la « faillite morale de l'ONU » et « l'entretien du problème des réfugiés » par l'Agence des Nations unies pour l'aide aux réfugiés palestiniens.

L'après-midi a donné lieu à des débats hauts en couleurs sur l'immoralité de l'anti-sionisme, la haine du sionisme chez les musulmans, et le rôle « démoniaque » des pacifistes. La journée de lundi a été consacrée à démontrer que la menace pesant sur Israël est le paradigme du danger islamiste pesant sur le « monde libre ». Au cours des débats organisés par le Jewish Institute for National Security Affairs, Yossef Bodansky (biographe de Ben Laden) et Daniel Pipes (le théoricien de l'islamophobie) ont apporté leur « expertise » en soutien aux analyses d'officiers supérieurs israéliens. Mardi, les congressistes ont étudié les moyens de placer les médias occidentaux « au service de la vérité ».

La nouvelle croisade : après l'URSS, l'Islam

C'est mercredi que se tenait le moment fort de ce sommet. On y a discuté de la paix. Frank J. Gaffney Jr., le coordinateur des faucons, avait fait le voyage de Washington pour dénoncer le péril islamique. Benny Elon, le ministre du Tourisme, est venu redire sa détermination à « effacer » Arafat. Advint alors le clou du spectacle avec standing ovation : la remise du Prix Henry Scoop Jackson à Richard Perle. Ce prix tient son nom de feu le sénateur démocrate Jackson (1912-1983), dont Perle fut l'assistant parlementaire. Il se rendit célèbre en cautionnant l'usage de la bombe atomique (dont le beau-père de Perle était le théoricien), en préconisant le premier le développement de la « guerre des étoiles », et en conditionnant les échanges agricoles avec l'URSS finissante au peuplement d'Israël par des juifs soviétiques.

Dans son allocution, M. Perle s'est longuement félicité de l'adoption par le gouvernement Sharon de la doctrine Bush de frappes préventives et de guerre contre les États qui soutiennent le terrorisme. Aussi a-t-il applaudi le raid israélien de la semaine dernière, présenté comme la destruction d'un camp terroriste en Syrie. Surtout, Richard Perle s'est employé à dénoncer l’Accord de Genève, conclu cette semaine entre l'OLP et un groupe de travaillistes réuni autour de Yossi Beilin avec le soutien de démocrates états-uniens et de travaillistes britanniques.

Il existe en effet une alternative à la théopolitique du Sommet de Jérusalem : la paix.

Il n’y a pas de « guerre sainte » sans l’aval des religions

À travers l’histoire, les « guerres de religions » ont servi à cacher les intérêts économiques et stratégiques derrière la conquête et l’invasion des terres étrangères. Les « guerres de religions » ont été livrées constamment en vue de garder le contrôle des routes marchandes et des ressources naturelles.

Les croisades s’étendant du XIe au XIVe siècle sont souvent présentées par les historiens comme une succession ininterrompue d’expéditions militaro-religieuses faites par des chrétiens européens dans l’espoir de reprendre la Terre Sainte aux Turcs infidèles. Cependant, l’objectif des croisades avait peu à voir avec la religion. Les croisades correspondaient en grande partie à des actions militaires contre l’autorité des sociétés marchandes musulmanes qui dominaient les routes commerciales de l’Orient.

La doctrine de la « guerre juste » légitimait les croisades. La guerre se faisait avec l’appui de l’Église catholique, agissant comme un instrument de propagande et d’endoctrinement religieux, servant dans l’ensemble de l’Europe au recrutement de milliers de paysans, de serfs et de vagabonds.

Aux yeux de l’opinion publique, une « cause juste » est cruciale pour faire la guerre. Une guerre sera juste si elle est faite pour des raisons morales, religieuses ou éthiques.

La croisade américaine en Asie centrale et au Moyen-Orient ne fait pas exception. La « guerre contre le terrorisme » prétend défendre la patrie américaine et protéger le « monde civilisé ». Elle est soutenue comme une « guerre de religions », un « choc de civilisations », alors qu’en fait l’objectif principal de cette guerre est de sécuriser la propriété des grandes corporations sur les vastes richesses pétrolières de la région, tout en imposant la domination du FMI et de la Banque mondiale.

La théorie de la guerre juste justifie la guerre comme « opération humanitaire ». Elle sert à camoufler les vrais objectifs de l’opération militaire, tout en fournissant une image morale et des principes aux envahisseurs. Dans sa version contemporaine, elle appelle l’intervention militaire pour des raisons éthiques et morales contre des « États voyous » et des « terroristes islamiques », qui menacent la patrie.

L’argument de la « cause juste » est essentiel pour justifier l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak par l’administration Bush.

Enseignée dans les académies militaires étatsuniennes, une version contemporaine de la théorie de la « guerre juste » a été intégrée dans la doctrine militaire des États-Unis. La « guerre contre le terrorisme » et la notion de « guerre préventive » sont basés sur le droit à « l’autodéfense. » Ils définissent « quand il est permis de faire la guerre ».

La guerre édifie un ordre du jour humanitaire. À travers l’histoire, le dénigrement de l’ennemi a été appliqué maintes et maintes fois. Les croisades consistaient à diaboliser les Turcs en tant qu’infidèles et hérétiques, en vue de justifier l’action militaire.

La diabolisation sert des objectifs géopolitiques et économiques. De même, la campagne contre le « terrorisme islamique » (qui est appuyée par les Services secrets étatsuniens) sert de camouflage à la conquête des richesses pétrolières. L’expression « islamo-fascisme, » sert à avilir les politiques, les institutions, les valeurs et le tissu social des pays musulmans, tout en défendant en même temps les principes de la « démocratie occidentale » et du « marché libre » comme seule solution pour ces pays.

La guerre menée par les États-Unis dans les régions du Moyen-Orient et de l’Asie Centrale consiste à prendre le contrôle de plus de soixante pour cent des réserves mondiales de pétrole et de gaz naturel. Les géants pétroliers anglo-étatsuniens cherchent aussi à prendre le contrôle de l’itinéraire des pipelines pétroliers et gaziers de la région.

Les pays musulmans, l’Arabie Saoudite, l’Irak, l’Iran, le Koweït, les Émirats Arabes Unis, le Qatar, le Yémen, la Libye, le Nigéria, l’Algérie, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, la Malaisie, l’Indonésie et le Brunei, possèdent entre 66,2 et 75,9 pour cent du total des réserves pétrolières, dépendant de la source et de la méthodologie d’évaluation.

Par contraste, les États-Unis possèdent à peine deux pour cent du total des réserves pétrolières. Les pays occidentaux avec ses principaux producteurs pétroliers (Canada, É.-U. A., Norvège, Royaume-Uni, Danemark et Australie) contrôlent à peu près quatre pour cent du total des réserves pétrolières. (Dans une autre évaluation de Oil and Gas Journal qui comprend les sables bitumineux du Canada, ce pourcentage serait de l’ordre de 16,5 pour cent).

La plus grande part des réserves pétrolières mondiales se trouve dans une région s’étendant de l’extrémité du Yémen au bassin de la mer Caspienne et du littoral méditerranéen oriental au golfe Persique. Cette vaste région, du Moyen-Orient à l’Asie Centrale, théâtre de la « guerre contre le terrorisme » menée par les É.-U. A., englobe, d’après les évaluations de World Oil, plus de soixante pour cent des réserves pétrolières mondiales.

La diabolisation sert à créer un ennemi qui possède les trois quarts des réserves pétrolières mondiales. « L’Axe du mal », les « États voyous », les « terroristes islamiques » : la diabolisation et le dénigrement sont les piliers idéologiques de la « guerre contre le terrorisme » occidentale. Ils servent de casus belli pour guerroyer dans la bataille pour l’énergie fossile.

La région de l’Asie Centrale au Moyen-Orient est fortement militarisée. Les gisements pétroliers sont encerclés : navires de guerre de l’OTAN placés dans l’est méditerranéen (en tant qu’éléments de l’opération de « maintien de la paix » de l’ONU), porte-avions des Groupes d’attaques américains et escadres de destroyers dans le Golfe Persique-Arabique, déployés en tant qu’éléments de la « guerre contre le terrorisme ».

L’objectif ultime, de l’action militaire combinée aux opérations secrètes des services secrets et à la propagande guerrière, c’est de briser le tissu national pour transformer les pays souverains en territoires économiques ouverts, dans lesquels les ressources naturelles peuvent être pillées et confisquées sous la surveillance du « marché libre ». Ce contrôle s’étend aussi aux couloirs stratégiques des pipelines pétroliers et gaziers, comme par exemple en Afghanistan.

La diabolisation est une opération psychologique, servant à manipuler l’opinion publique pour construire un consensus en faveur de la guerre. La guerre psychologique est commanditée directement par le Pentagone et l’appareil des Services secrets étatsuniens. Elle ne se limite pas à assassiner ou à exécuter les dirigeants des pays musulmans, elle s’étend aux populations entières. Elle vise aussi les musulmans en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord. Elle prétend casser la conscience nationale et la capacité de résistance à l’envahisseur. Elle dénigre l’Islam. Elle crée des divisions sociales. Elle vise à diviser les sociétés nationales pour déclencher une « guerre civile ». Tout en créant un environnement qui facilite carrément l’appropriation des ressources des pays, en même temps, potentiellement en réaction, elle crée une nouvelle conscience nationale, développe la solidarité entre les communautés ethniques et rassemble les peuples dans la confrontation contre les envahisseurs.

Il vaut la peine de noter que le déclenchement des divisions sectaires et des « guerres civiles » est envisagé dans le processus de refonte de la carte du Moyen-Orient, dans lequel il est prévu que les pays seront morcelés et transformés en territoires. La carte du nouveau Moyen-Orient, bien que non officielle, a été utilisée par l’Académie nationale de la guerre (étatsunien). Elle a été publiée récemment dans le Journal des Forces armées (en juin 2006).

Dans cette carte, les États nations sont morcelés, les frontières internationales sont redéfinies le long des lignes des clans ethniques, le plus souvent en fonction de l’intérêt des géants pétroliers occidentaux et particulièrement anglo-étatsuniens.

Ce dossier a été élaboré dans l’objectif de souligner les liens interactifs entre trois types de dérives politiques actuelles qui trouvent leur paroxysme aux Etats-Unis :

Sources documentaires

Dossiers liés et fil de discutions

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