2001, Odyssée de l'Empire

"En politique, rien n'arrive par hasard. Chaque fois qu'un évènement survient,
on peut être certain qu'il avait été prévu pour se dérouler ainsi."
Franklin D. Roosevelt, président des Etats Unis de 1932 à 1945

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2001, Odyssée de l'Empire
« L'ordre à venir marquera la dernière phase d'une transition historique et en finira avec la période révolutionnaire de ce siècle. La mission du peuple américain consiste à enterrer les États-nations, guider leurs peuples endeuillés vers des unions plus larges, et intimider par sa puissance les velléités de sabotage du nouvel ordre mondial qui n'ont rien d'autre à offrir à l'humanité que de l'idéologie putréfiée et de la force brute. »

L'Equilibre de demain – Revue Orbis fondé par Robert Strausz Hupé, théoricien fondateur de l'idéologie politique et économique néoconservatrice.


Nouvel Ordre Mondial

On s'est beaucoup demandé ce qui avait changé dans la politique internationale à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Après la publication, le 20 septembre 2002, par l'administration américaine, d'un document définissant la nouvelle « stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis », on connaît la réponse.

L'architecture géopolitique mondiale comporte désormais en son sommet une unique hyperpuissance, les Etats-Unis, qui « jouissent d'une force militaire sans égale », et qui n'hésiteront pas « à agir seuls, si nécessaire, pour exercer [leur] droit à l'autodéfense en agissant à titre préventif ». Une fois une « menace imminente » identifiée, « l'Amérique interviendra avant même que la menace ne se concrétise ».

En clair, cette doctrine rétablit le droit à la « guerre préventive » qu'Adolf Hitler appliqua en 1941 contre l'Union soviétique, et le Japon, la même année, à Pearl Harbor contre les Etats-Unis... Elle efface également d'un trait un principe fondamental du droit international, adopté à la fin de la guerre de Trente Ans lors du traité de Westphalie en 1648, établissant qu'un Etat n'intervient pas, et surtout pas militairement, dans les affaires intérieures d'un autre Etat souverain (principe déjà bafoué en 1999 lors de l'intervention de l'OTAN au Kosovo...).

Tout cela signifie que l'ordre international fondé en 1945, à l'issue de la seconde guerre mondiale, et régi par l'Organisation des Nations unies (ONU) a pris fin. A la différence de la situation que le monde connut pendant une décennie, après la chute du mur de Berlin (1989) et la disparition de l'Union soviétique (1991), Washington assume désormais sans complexe sa position de « leader global ». Et le fait de surcroît avec arrogance et mépris.

Selon M. Bush le monde se divise, on le sait, en deux camps : « Ceux qui sont avec les Etats-Unis. Et ceux qui sont avec les terroristes. » Aucune position neutre n'est admise. Nul n'est en dehors de la confrontation en cours. Les Nations Unies elles-mêmes ne peuvent aspirer au rôle d'arbitre. Washington se réserve le droit de désigner lui-même ses adversaires. Ceux-ci ont été classés, selon leur plus ou moins grande hostilité à l'égard de l'Amérique, en deux catégories : « Etats voyous » et pays de l' « axe du Mal ».

Dès le 11 septembre 2001, on pouvait redouter que les spectaculaires attentats de New York et Washington ne fournissent un prétexte idéal à une administration paranoïaque pour relancer, au nom de la « guerre mondiale contre le terrorisme international », une nouvelle guerre froide. Les émissaires des multinationales et les faucons d'extrême droite qui entourent le président, où se mêlent intégristes, ultraconservateurs, et fanatiques pro israéliens chrétiens et juifs (Richard Cheney, Donald Rumsfeld, Condoleeza Rice, Paul Wolfowitz, Karl Rove, Richard Perle, Douglas Feith, J.D. Crouch, John Bolton, etc.), ont utilisé avec un cynisme colossal le traumatisme psychologique provoqué par les attentats pour faire avancer l'ensemble des pièces de l'échiquier et lancer une offensive générale contre tout ce qui pourrait retarder l'accès des Etats-Unis à la position de premier empire planétaire de l'histoire.

Cette condition d'empire, naguère considérée comme une accusation typique d'un antiaméricanisme primaire, est maintenant ouvertement revendiquée par les membres de l'administration Bush.

A peine mentionnées dans le document du 20 septembre 2002, les Nations unies sont effectivement marginalisées ou réduites à une chambre d'enregistrement devant s'incliner face aux décisions de Washington. Car un empire ne se plie à nulle loi qu'il n'ait promulguée. Sa loi a vocation à se transformer en Loi universelle. Et faire respecter cette Loi par tous, au besoin par la force, devient sa « mission impériale ».
Un empire n'a pas d'alliés, il n'a que des vassaux.

Mort du Traité de Westphalie

Le traité de Westphalie est le texte qui mit fin aux guerres de religion de 1618-1648 et établit le cadre juridico-politique de la civilisation occidentale moderne. Les nombreuses références publiques à ce traité trahissent la détermination de certains cercles anglo-américains et de leurs alliés de créer un nouvel ordre mondial néo-impérial, supplantant celui des nations souveraines.

La première vient du Premier ministre britannique Tony Blair, qui a défendu, dans un discours prononcé le 6 mars, la notion d'« intervention militaire prévenptive », déclarant : « Avant le 11 septembre, je cherchais déjà une philosophie des relations internationales différente de celle qui domine depuis le traité de Westphalie de 1648, à savoir que les affaires intérieures d'un pays ne concernent que lui et qu'on ne s'y ingère pas, sauf s'il vous menace ou viole un traité, ou si cela comporte une obligation d'alliance. »

De son côté, le comte Otto Lambsdorff, président de la branche européenne de la Commission trilatérale, a signé un commentaire de pleine page dans le Neue Zuercher Zeitung du 27 mars 2002, dans lequel il fustige ce traité interdisant d'intervenir dans les affaires internes de « pays dictatoriaux », comme la Chine. Il estime que la souveraineté nationale énoncée dans le traité de Westphalie encourage le protectionnisme et la protection sociale et entrave le « marché libre »; et les « sociétés ouvertes », ce qui à son tour représente « une menace à la paix ».

Deux jours plus tard, c'était le tour de l'ancien secrétaire d'Etat américain George Shultz, une des éminences grises des néo-conservateurs au pouvoir à Washington qui contribua beaucoup à la dissolution du système de Bretton Woods, en 1971. Dans un commentaire au Wall Street Journal, il déplorait que le traité de Westphalie ait permis de renforcer la souveraineté d'Etat et de gêner l'ingérence dans les « Etats voyous ».

Rappelons qu'un autre ancien secrétaire d'Etat américain, Henry Kissinger, a déjà proclamé publiquement que le traité de 1648 était « dépassé », par rapport aux crises au Proche et Moyen-Orient.

Le 1er avril, une source d'Europe continentale soulignait que le traité de Westphalie « assurait la souveraineté des nations et l'inviolabilité des traités internationaux. Ces idées furent réaffirmées lors de la conférence de fondation des Nations unies à San Francisco, qui défendit aussi, par le biais du Conseil de sécurité, le concept de "sécurité collective". Franklin Roosevelt le soutenait. Mais ces principes ont été entre-temps bafoués par les Etats-Unis et le Royaume-Uni avec la guerre en Irak et d'autres actions analogues.

« La Vérité, terrassée, se révèlera,
Les âges éternels et divins lui appartiennent ;
Mais l'Erreur, blessée, se tord de douleur,
Et meurt parmi ses adorateurs. »

Robert Byrd Robert Byrd, Sénateur (démocrate) de Virginie occidentale. Doyen du sénat, ancien leader du groupe démocrate (1977-1998), puis président de cette assemblée (1989-1994 et 2001-2002).

« La vérité a un moyen de s'affirmer malgré toutes les tentatives pour l'éclipser. La déformer ne peut que la faire dévier pendant un temps. Peu importe jusqu'à quel point nous, les humains, tendrons à dissimuler les faits ou tromper nos semblables, la vérité parviendra finalement à se glisser hors des fissures. »